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dimanche 8 mars 2026
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Les États membres de l’AES rappellent leurs ambassadeurs en Algérie

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Chefs des juntes du Sahel
Chefs des juntes du Sahel

Dimanche 6 avril, le Mali et ses alliés du Niger et du Burkina Faso ont annoncé le rappel de leurs ambassadeurs respectifs en Algérie qu’ils accusent d’avoir abattu un drone de l’armée malienne.

Si Alger affirme l’avoir pris pour cible parce qu’il avait pénétré dans son espace aérien, Bamako soutient que l’engin a été détruit en territoire malien. L’incident, qui s’est produit dans la nuit du 31 mars au 1er avril, pourrait déboucher sur une nouvelle crise entre les deux pays. 

Dans un communiqué lu à la télévision nationale malienne dans la soirée du dimanche 6 avril, les dirigeants des trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) disent regretter la destruction d’un drone des Forces armées maliennes par le régime algérien. Rappelant aussi que l’espace aérien du Mali, du Niger, et du Burkina Faso représente un seul et même théâtre d’opération militaire, ils considèrent par conséquent la destruction de l’engin comme une agression contre tous les États membres de l’AES.

« Cet incident est d’autant plus grave qu’il ressort des conclusions de l’enquête que la destruction du drone a empêché la neutralisation d’un groupe terroriste qui planifiait des actes terroristes contre l’AES », a déclaré Abdoulaye Diop, le ministre malien des Affaires étrangères.

« Énième provocation du régime algérien »

Les dirigeants malien, nigérien et burkinabè, qui évoquent également un acte irresponsable et en totale violation du droit international, rappellent par ailleurs à Alger que l’éradication du terrorisme demeure une lutte existentielle pour l’AES. Face à ce qu’ils qualifient enfin d’« énième provocation du régime algérien », ils annoncent donc avoir pris la décision de rappeler pour consultation leurs ambassadeurs accrédités en Algérie et de porter plainte contre Alger devant les instances internationales.

Le 1er avril, Alger avait effectivement dit avoir abattu un drone de reconnaissance armé qui avait pénétré dans son espace aérien, ce que conteste le Mali qui, à la suite d’une enquête, affirme conclure « avec une certitude absolue que le drone a été détruit suite à une action hostile préméditée du régime algérien ». Selon les autorités maliennes, l’épave du drone a été localisée à proximité de Tinzaouatène, dans une zone située à 9,5 kilomètres au sud de la frontière entre les deux pays.

RFI

Jean-Noël Barrot à Alger : une rencontre et de bonnes intentions !

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Jean-Noël Barrot à la présidence algérienne.
Jean-Noël Barrot à la présidence algérienne.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé en grande pompe, lors de sa visite à Alger dimanche, la « nouvelle phase » censée redynamiser les relations entre la France et l’Algérie après huit mois de tensions qui ont failli mener à une rupture totale. Mais derrière ces déclarations optimistes, difficile de ne pas y voir une tentative désespérée de rétablir une situation qui aurait pu, selon certains, être évitée.

« Avec le président Abdelmadjid Tebboune, nous avons exprimé la volonté partagée de tourner la page, d’entamer une nouvelle phase et de reconstruire un partenariat d’égal à égal, serein et apaisé », a déclaré Barrot. Pourtant, ces mots, qui résonnent comme des vœux pieux, semblent dénoter plus un besoin de normaliser les relations qu’un véritable changement de fond. Après tout, les tensions récentes, qui ont marqué une période inédite dans l’histoire diplomatique des deux pays, n’ont en rien favorisé les intérêts ni des Algériens ni des Français. Mais est-ce réellement la faute des deux nations, ou plutôt des gesticulations diplomatiques qui n’ont pas su anticiper les frictions ?

Lors de sa visite, M. Barrot a évoqué la « réactivation de l’ensemble des mécanismes de coopération » et la « reprise de relations normales », comme si ces termes suffisaient à effacer une crise où plusieurs sujets épineux demeurent sur la table. Un retour à la « normalité » semble effectivement être le mot d’ordre, mais peut-on vraiment parler de normalité lorsque des questions comme la coopération sécuritaire sur le Sahel, les expulsions de ressortissants et les difficultés économiques de milliers d’entreprises françaises en Algérie continuent de planer comme des épées de Damoclès ?

La coopération sécuritaire et les échanges sur des questions régionales cruciales telles que le Sahel sont nécessaires, certes, mais elles révèlent surtout un manque d’anticipation dans les discussions antérieures, où la France et l’Algérie semblaient se retrouver régulièrement dans une position de faiblesse mutuelle. La question des visas et réadmissions, traitée dans un « cadre normal » et selon « des procédures existantes », ressemble à un compromis de circonstance, sans réelle vision d’avenir.

Quant aux difficultés économiques que rencontrent les entreprises françaises en Algérie, notamment dans des secteurs stratégiques comme l’agroalimentaire et l’automobile, la promesse d’une « nouvelle impulsion » ne semble rien de plus qu’un vague engagement, un sursaut dont les effets risquent de se faire attendre longtemps.

Enfin, l’évocation de Boualem Sansal et de son appel à un geste d’humanité en faveur de l’écrivain algérien condamné à cinq ans de prison pour des motifs très discutables apparaît comme une tentative de la part de la France de se placer en défenseur des droits humains. Toutefois, ce geste humanitaire, bien que louable, risque de se perdre dans les méandres de la politique de réconciliation, noyé dans des priorités bien moins altruistes.

La conclusion, tirée par certains observateurs est qu’il n’y a ni véritable victoire à célébrer, ni rupture à déplorer : les relations franco-algériennes reprennent leur cours, sous une forme diplomatique aseptisée, mais sans réelle capacité à affronter les défis structurels qui demeurent intacts. Car derrière les déclarations pleines de bonnes intentions, il y a des réalités structurelles au régime algérien notamment. Les forces d’inertie particulièrement contradictoires qui dirigent le pays ne veulent pas d’ouverture ni de changement de perspective.

ADN News

Le retour à la « normale » signifie quoi pour la France… et pour l’Algérie ?

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Tebboune et Barrot

Ah, le « retour à la normale ». Cette expression rassurante que les diplomates affectionnent quand ils ne savent plus très bien quoi dire. Après une conversation « cordiale » entre Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune, Paris et Alger se sont promis de « poursuivre le dialogue », de « renforcer la coopération » et de « travailler dans un esprit de respect mutuel ». Traduction : on met un mouchoir sur les tensions du moment, et on espère que le courant d’air les emportera.

Mais que signifie réellement ce « retour à la normale » dans la relation franco-algérienne ? Une question simple, aux réponses… embarrassantes.

Une « normalité » faite de malentendus

La normalité, entre Paris et Alger, c’est un éternel malentendu diplomatique. C’est la France qui parle de mémoire partagée et l’Algérie qui parle de dette historique. C’est un ballet de convocations d’ambassadeurs au moindre mot de travers, de coups de fil tardifs pour éteindre les incendies, et de sourires crispés devant les caméras.

C’est aussi l’art de ne rien régler tout en annonçant qu’un nouveau départ est imminent. En réalité, cette normalité-là, c’est une forme très élaborée de désaccord stable.

Une normalité sélective… et asymétrique

Pour la France, le « retour à la normale » consiste à reprendre le contrôle des flux migratoires, à faire signer des laissez-passer consulaires à un pays qui n’a aucune envie de rapatrier ses ressortissants en situation irrégulière, tout en soignant l’image d’un partenariat « exigeant mais constructif ».

Pour l’Algérie, cela signifie rappeler que la souveraineté nationale n’est pas négociable, tout en négociant discrètement les contrats de gaz, les visas étudiants, et la coopération sécuritaire. La normalité algérienne, c’est aussi garder un œil critique sur les prises de position françaises au Sahara occidental, tout en poursuivant les échanges commerciaux — car l’économie, elle, n’a que faire des susceptibilités historiques.

Une mémoire toujours vive, une liberté toujours sous tension

Dans cette normalité postcoloniale, il y a aussi des anomalies bien normalisées : comme l’affaire Boualem Sansal, écrivain respecté à l’international, emprisonné dans son propre pays pour ses idées — pendant que Paris, d’ordinaire si prompte à brandir les grands principes, choisit de rester discrète, au nom d’un dialogue qui ne doit pas être « pollué » par des considérations « sensibles ».

La liberté d’expression ? Variable diplomatique d’ajustement. Les droits de l’homme ? Un supplément d’âme, mais jamais une ligne rouge. On ne fâche pas un partenaire stratégique pour un intellectuel trop libre. Même Sartre, aujourd’hui, aurait du mal à passer.

Et pendant ce temps…

… les jeunes Algériens continuent de rêver de la France. Les jeunes Français d’origine algérienne continuent de se demander quelle place leur est réellement offerte. Les autorités des deux rives continuent de parler à demi-mot, avec la crainte permanente d’un mot de trop. Et l’histoire continue de peser, comme un sac de pierres que chacun essaie de déposer chez l’autre.

La normalité, c’est l’anormal qui dure

Au fond, le « retour à la normale », dans les relations franco-algériennes, c’est une formule diplomatique pour dire : on ne va pas mieux, mais on a arrêté de se disputer en public.

Alors oui, le climat semble plus calme, les communiqués sont apaisés, et les ambassadeurs sont rentrés à leurs postes. Mais sous la surface, rien n’a vraiment changé. Car dans cette relation singulière, marquée par un passé qui ne passe pas et un présent qui trébuche, la normalité, c’est l’équilibre dans l’inconfort.

« Entre la France et l’Algérie, la normalité n’est jamais qu’un cessez-le-non-dit. » Une formule qui résonne comme un écho moderne aux accords d’Évian de 1962, censés refermer une guerre mais pas une histoire, censés accoucher d’une indépendance mais non d’une réconciliation.

Car depuis plus de 60 ans, la relation franco-algérienne oscille entre mémoire piégée, intérêts croisés et irritations diplomatiques chroniques. Ce « retour à la normale » n’est donc que la répétition d’un vieux scénario : celui d’un dialogue à huis clos entre deux pays qui n’ont jamais vraiment su s’entendre à voix haute.

Dr A. Boumezrag

Droits de douane : panique sur les marchés mondiaux face à l’inflexibilité de Donald Trump

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Bourse
Image par Csaba Nagy de Pixabay

Vent de panique sur les marchés : les Bourses asiatiques plongent lundi et les places européennes s’acheminent vers une nouvelle chute face à l’inflexibilité du président américain Donald Trump sur les droits de douane qu’il a imposés au reste du monde.

De Tokyo à Shanghai en passant par Séoul et Taipei, les principaux indices asiatiques, fermés vendredi, ont emboîté le pas à Wall Street, qui a fini la semaine passée sur sa pire journée depuis 2020. À Hong Kong, l’indice phare Hang Seng s’est effondré lundi de plus de 12% – sa pire séance depuis la crise financière de 2008.

En Europe comme aux États-Unis, les marchés sont attendus en forte baisse lundi. Les Bourses européennes ont ouvert en chute libre ce lundi : Paris -6,46%, Francfort -9,15%, Londres -2,99% Le pétrole a touché un plus bas depuis près de quatre ans dans la nuit. Interrogé sur la réaction violente des Bourses à son offensive commerciale, Donald Trump a fait valoir dimanche qu’il « (fallait) parfois prendre un traitement pour se soigner ». Il a assuré que son pays était « beaucoup plus fort » depuis l’annonce de ces mesures et estimé que la chute des marchés n’était pas une volonté délibérée de sa part.

Le président républicain reproche aux partenaires économiques des États-Unis de les « piller ». En conséquence, il a décidé d’imposer un taux universel de 10% de taxe douanière sur tous les produits importés aux États-Unis, entré en vigueur samedi. Il va être relevé, dès mercredi, pour plusieurs dizaines de partenaires commerciaux majeurs, notamment l’Union européenne (20%) et la Chine (34%).

En réplique, la Chine a annoncé vendredi ses propres droits de douane, alimentant les risques d’escalade destructrice pour l’économie mondiale. Ces contre-mesures – 34% de taxes sur les importations américaines – visent à ramener les États-Unis sur « la bonne voie », a avancé Ling Ji, vice-ministre du Commerce. La Chine restera toutefois « une terre sûre » pour les investissements étrangers, a-t-il assuré.

Le camp Trump justifie ses mesures économiques

Le gouvernement a affirmé dimanche que 50 pays avaient déjà contacté la Maison Blanche pour négocier, mais cela ne fait pas taire les critiques contre le président et pour tenter de les contrer des membres du gouvernement ont cherché à défendre ses politiques sur les plateaux télés, rapporte notre correspondant à Atlanta, Edward Maille. À la question de savoir si Washington était ouvert ou non aux négociations, ou bien si le coût de la vie allait augmenter, certaines réponses manquaient de clarté.

Sur la chaine ABC, Kevin Hassett, le principal conseiller économique de la Maison Blanche a défendu la politique des droits de douane, en dépit du risque inflationniste. « Si des biens moins chers étaient la solution, si des biens moins chers amélioraient les revenus et la richesse des Américains, alors les revenus réels auraient augmenté, mais ils ont en réalité baissé, car les salaires ont diminué », a-t-il assuré

Même son de cloche sur Fox News de son homologue au Commerce et à l’Industrie. Peter Navarro qui assure que les mesures du président rapporteront à l’État six à sept milliers de milliards de dollars sur dix ans. « Chaque dollar qu’on obtient grâce aux frais de douanes des pays étrangers qui nous ont arnaqué va revenir directement aux Américains en baissant les impôts et la dette publique ».

Des droits de douanes élevés pour produire davantage sur le sol américain. Le secrétaire au Commerce Howard Lutnick sur CBS se pose en défenseur de la réindustrialisation des États-Unis. « C’est un problème de sécurité nationale. Nous ne produisons plus de médicaments dans ce pays, nous ne fabriquons pas de navires, nous n’avons pas assez d’acier et d’aluminium pour combattre dans une bataille ». Des arguments qui peinent à convaincre. Un représentant républicain affirme avoir commencé à rallier certains de ses collèges pour tenter de limiter les pouvoirs présidentiels sur les droits de douanes.

Réponse coordonnée de la Chine et de l’UE ?

Une réunion des ministres des Affaires étrangères européens se tient ce lundi à Bruxelles. Elle porte sur les relations commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis et entre l’UE et la Chine. Il sera évidemment question de la suite à donner à ces surtaxes. 

Le vice-ministre chinois du Commerce souhaite une « coopération renforcée entre Pékin et Bruxelles ». La Chine parle même d’une « réponse coordonnée face aux nouvelles taxes douanières américaines ». Il faut dire que ces droits de douane s’élèvent à 54% pour les produits chinois entrant aux États-Unis et 20% pour les produits de l’Union européenne.

La Chine et l’UE travaillant main dans la main pour un commerce mondial stable ? Cela peut sembler difficile étant donné la guerre commerciale que se livrent Pékin et Bruxelles sur les voitures électriques chinoises. En octobre dernier, l’Union a décidé d’imposer 35% de droits de douane sur ces véhicules pour subventions déloyales, la Chine a saisi l’Organisation mondiale du commerce…

Les Européens qui se réunissent ce lundi à Bruxelles vont devoir décider quelle attitude adopter alors que les messages outre-Atlantique semblent confus. Ainsi, le milliardaire Elon Musk, membre de l’administration Trump a déclaré samedi être favorable à « une zone de libre-échange » entre l’Europe et l’Amérique du Nord, avec des « droits de douane nuls ».

RFI

France-Algérie : une étincelle peut briser des siècles de silence

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Drapeaux Algérie France

Il y a une vérité qui échappe souvent aux yeux des puissants : ce que l’on perçoit comme insignifiant, faible, ou même négligeable, peut parfois devenir une force dévastatrice. L’illusion de la faiblesse a toujours été un terrain de jeu pour ceux qui pensent qu’ils peuvent dominer sans crainte. Et pourtant, une étincelle peut enflammer ce qui semble stable et inaltérable.

Prenez l’Algérie, par exemple. À l’heure de l’indépendance en 1962, on croyait que la flamme de la libération suffirait à brûler les chaînes coloniales pour de bon. Mais ce que l’on n’a pas vu, c’est que la vraie liberté ne s’obtient pas en échangeant un joug pour un autre. Au lieu de se débarrasser des liens coloniaux, on les a simplement réajustés sous une autre forme. L’illusion de l’indépendance était une promesse vide : une étincelle en apparence bénigne qui n’a fait qu’entretenir un cycle sans fin.

En croyant que la fin du pouvoir colonial marquerait la fin de la soumission, l’Algérie est entrée dans une nouvelle ère où la dépendance était plus invisible mais tout aussi puissante. La rente pétrolière, le crédit international, et les institutions financières mondiales ont pris la place des colonisateurs physiques. Si les colons français étaient partis, leurs successeurs – des « commis » locaux – ont réinventé un système de domination plus subtil, mais tout aussi destructeur. L’illusion de l’indépendance a cédé la place à une dépendance sans fin.

Qui aurait cru qu’après l’indépendance, les Algériens se retrouveraient pris dans les mêmes chaînes, bien qu’elles aient changé de forme ? Le nationalisme et le socialisme qui auraient dû être les catalyseurs du changement ont été détournés pour masquer une vérité fondamentale : le pouvoir colonial avait changé de mains, mais pas de logique. Le pouvoir politique, comme une étincelle, semblait inoffensif au départ, mais a ravagé les fondements même de la liberté promise.

La colonisation n’était pas seulement une domination visible, mais une structure qui a façonné l’économie, la politique et même la culture. Le système d’exploitation économique, fondé sur la dépendance, n’a pas disparu avec la décolonisation, il a simplement pris de nouvelles formes. L’illusion de l’indépendance, si brillante et éclatante au début, a perdu son éclat lorsque les mêmes rapports de domination ont continué à se reproduire sous des apparences différentes. Une étincelle d’espoir s’est transformée en un incendie qui a tout brûlé, sauf les chaînes invisibles.

e n’est pas l’Algérie seule qui vit ce cycle. C’est une tragédie mondiale où les peuples se battent contre des dominations qui changent d’habits, mais qui ne cessent d’étouffer leurs libertés. Le capitalisme mondialisé et les intérêts des grandes puissances continuent d’entretenir un système qui profite de l’injustice. L’étincelle de l’indépendance, au lieu de brûler le vieux système, a créé de nouvelles illusions : la colonisation a été remplacée par la recolonisation économique et culturelle.

Le nationalisme, loin d’être une solution, a parfois servi de couverture à une dépendance encore plus marquée. Les « héros » de l’indépendance se sont transformés en nouveaux tyrans, enfermant leurs peuples dans un carcan autoritaire. La véritable question n’a jamais été « Qui nous gouverne ? », mais « Comment sommes-nous gouvernés ? » Parce que le changement de pouvoir ne signifie pas toujours un changement de système. La véritable liberté n’est pas une conquête politique, mais une conquête économique et culturelle.

Aujourd’hui, l’Algérie, comme d’autres nations du Tiers-Monde, lutte contre la même étincelle qui brûle les illusions : une forme de domination qui est aussi pernicieuse qu’invisible. Le cycle de la colonisation, de la décolonisation et de la recolonisation semble ne jamais se terminer. Tant que les élites au pouvoir continueront de gérer à leur profit les ressources de leur pays sous prétexte de « souveraineté », les peuples resteront pris au piège de ce cycle sans fin.

Et pourtant, dans ce cycle, il y a toujours une étincelle d’espoir. La véritable révolution ne réside pas dans la lutte pour la souveraineté politique, mais dans la reconquête de l’autonomie économique et culturelle. Ce n’est que lorsque les peuples comprendront que leur destin ne dépend pas des puissances étrangères ou des élites locales corrompues, mais de leur propre capacité à se libérer des chaînes invisibles, que l’illusion de la faiblesse sera définitivement détruite.

Le cycle continue, mais l’étincelle persiste. Et un jour, peut-être, elle mettra le feu à l’ensemble du système, libérant les peuples du joug qu’ils ne voient même plus

La résistance, même discrète, même ignorée, est l’étincelle qui, à terme, peut faire s’effondrer les structures de pouvoir les plus rigides. Ce qu’on perçoit comme de la faiblesse chez les peuples du Tiers-Monde, c’est précisément cette résilience silencieuse, cette capacité à se réinventer malgré les obstacles, qui fait peur aux puissants. Le pouvoir ne se trouve pas uniquement dans l’armée, dans les institutions ou dans les systèmes financiers mondiaux : il réside aussi dans cette étincelle de conscience qui pousse chaque individu à remettre en question son oppression.

L’Algérie, comme bien d’autres nations, n’est pas le seul théâtre de ce cycle interminable de domination et de résistance. L’histoire de la décolonisation et de la recolonisation est une histoire universelle, un reflet des rapports de force mondiaux où les puissances économiques et politiques, en grande partie invisibles, contrôlent les flux de richesse, de pouvoir et de culture. Ces puissances utilisent leurs leviers économiques et financiers pour maintenir des chaînes nouvelles, moins visibles mais tout aussi contraignantes. Et ces chaînes ne sont jamais aussi évidentes que lorsqu’un peuple ose remettre en question la structure qui le maintient en place.

Ce qui semble être un système de « faiblesse » devient, dans cette lumière, une force d’autant plus redoutable. Le plus grand paradoxe réside dans le fait que l’invisible, l’insignifiant, l’infime (comme une étincelle) peut, en réalité, faire vaciller tout un système. La faiblesse apparente d’un peuple colonisé ou décolonisé, opprimé ou manipulé, cache une potentielle force de déstabilisation. L’Histoire regorge de ces moments où des peuples réduits à une forme de dépendance ont vu l’étincelle de la révolte allumer le feu d’une révolution ou d’un changement majeur.

La véritable menace n’est pas le colonisateur visible, mais la soumission silencieuse que beaucoup préfèrent ignorer. La plus grande illusion de l’Histoire, c’est de croire que la domination économique et politique peut être invisible et permanente.

Quand l’étincelle s’allume, quand la conscience collective s’éveille, il devient évident que l’oppression n’est qu’une construction fragile, prête à s’effondrer sous la pression de ceux qui, longtemps réduits au silence, finissent par crier leur vérité.

La question n’est donc pas de savoir si les peuples du Tiers-Monde sont faibles. La question est plutôt : combien de temps les puissances dominantes peuvent-elles maintenir l’illusion de cette faiblesse sans que l’étincelle de la révolte n’enflamme finalement leur empire fragile ? Car une fois l’illusion dissipée, il devient évident que ce ne sont pas les peuples qui sont faibles, mais bien les structures d’oppression qui, sous l’apparence de la force, cachent leur vulnérabilité.

Dans ce cycle sans fin, l’Algérie n’est qu’une pièce parmi tant d’autres, mais elle incarne cette vérité universelle : sous les apparences de la faiblesse se cache une force redoutable, capable de briser les chaînes de l’illusion. Le monde, lui aussi, évolue dans cette danse macabre où la domination se transforme en quelque chose de plus subtil et moins visible, mais pas moins puissant. Et c’est ici que l’étincelle devient l’incendie, où la résistance devient une force révolutionnaire qui brise les systèmes et les modèles injustes.

Ce qui est fascinant, c’est que chaque cycle, chaque répétition de l’Histoire, porte avec elle cette promesse d’un changement radical, aussi fragile soit-elle. Parce que, dans le fond, aucune structure de domination, qu’elle soit coloniale ou post-coloniale, ne pourra résister éternellement à la vérité des peuples. Le feu de la vérité et de la révolte brûle toujours, même dans les endroits les plus obscurs et les plus oubliés.

lors, il ne s’agit plus de savoir si l’étincelle s’allumera, mais plutôt de se demander combien de temps les dominants réussiront encore à ignorer sa lumière. Quand elle éclatera, tout ce qui a été bâti sur des mensonges et des illusions de puissance s’effondrera sous la force de la révolte populaire. Et là, la véritable indépendance, celle qui ne se cache pas derrière des institutions corrompues ou des illusions d’autonomie, pourra enfin naître.

En conclusion, il faut se rappeler que l’histoire n’est pas écrite par les puissants, mais par ceux qui osent défier l’ordre établi, même lorsqu’ils semblent être faibles. L’étincelle de la vérité, de la rébellion et de la conscience collective est une force bien plus puissante que les systèmes qui croient pouvoir l’étouffer. La faiblesse apparente n’est qu’une illusion. Lorsque l’étincelle brûle, rien n’est plus sûr que sa capacité à incendier tout ce qu’elle touche.

« La véritable force ne réside pas dans l’apparence de l’invincibilité, mais dans la capacité à résister à l’invisible oppression. »

Dr A. Boumezrag

Lettre ouverte à M. Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères du gouvernement français

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Jean-Noël Barrot.

Trois organisations issues de la diaspora, Riposte Internationale, Pour une Alternative Démocratique en Algérie, Révolution du Sourire, lancent un appel à Jean-Noël Barrot, ministre français des affaires étrangères, qui sera en déplacement dimanche à Alger. Tout en se refusant à appeler à l’ingérence, elles l’interpellent sur les violations des droits humains en Algérie.

Monsieur le Ministre,

À la veille de votre visite officielle en Algérie, nous, organisations algériennes de la diaspora, vous adressons publiquement cette lettre, comme cela avait déjà été fait en 2022 lors de la visite du président Macron. Cette démarche ne constitue en aucun cas une demande d’ingérence ; elle vise à rappeler que les droits humains doivent rester au cœur des relations bilatérales, dans une perspective de justice, de dignité et de respect mutuel.

L’arrestation récente de l’écrivain Boualem Sansal a suscité une émotion légitime en France. Elle a confirmé à l’opinion générale la dérive autoritaire effective du régime algérien. Pourtant, cette mobilisation contraste cruellement avec le silence persistant entourant la détention de nombreux autres citoyens algériens, dont plusieurs binationaux franco-algériens, eux aussi victimes d’une répression arbitraire, mais relégués dans l’oubli.

Le jeune poète Mohamed Tadjadit, l’universitaire Mira Moknache, la militante du Sud Abla Ghomari, le journaliste Abdelwakil Blam sont quelques figures des deux cent cinquante détenus d’opinion actuellement emprisonnés en Algérie, aux côtés de Boualem Sansal. Nombre d’entre eux sont illégalement maintenus en détention provisoire prolongée, en violation même de la procédure du code pénal algérien.

Rappelons que des dizaines de milliers d’arrestations ont eu lieu depuis la répression du mouvement populaire du Hirak. Près de deux mille citoyennes et citoyens ont été détenus pour leurs opinions et ont subi l’arbitraire d’une justice aux ordres, à travers des procès non équitables, sans respect des droits de la défense. Des brutalités et des cas de tortures avérés ont également été signalés.

La liberté de circulation aux frontières n’est plus garantie. Des citoyens algériens en règle sont interdits de rentrer dans leur pays, et plus fréquemment encore, des citoyens sont interdits de le quitter. Ainsi, de très nombreuses ISTN (Interdictions de Sortie du Territoire National) illégales sont appliquées en dehors de toute décision judiciaire. De nombreux Algériens, ou Franco-Algériens, résidant en France peuvent être retenus pendant de longs mois, perdant ainsi leur travail et mettant leurs familles en difficulté. Des opposants vivant en exil sont soumis à un chantage inacceptable : renoncer à leurs convictions politiques contre le respect de leur droit à la liberté de circulation.

Ces atteintes aux libertés fondamentales ne sont ni des bavures isolées, ni des dérives ponctuelles. Elles s’inscrivent dans une stratégie délibérée de politique répressive de toute contestation, amorcée dès 2019, marquée en 2021 par l’adoption d’un arsenal de lois liberticides : extension abusive de la qualification de « terrorisme », criminalisation de la liberté d’expression tous azimuts, créant un climat de terreur contre des étudiants, des journalistes, des universitaires, des militants politiques, avec des effets destructeurs sur le tissu social et politique.

Des réformes des lois organiques ont été promulguées pour restreindre toutes les libertés, contrôler et embrigader la société dans tous ses domaines d’activité : associatif, syndical, presse, politique, culturel.

Ainsi, l’opposition politique est bâillonnée, les médias indépendants interdits, muselés ou contraints à l’exil numérique, les maisons d’édition harcelées, les conférences intellectuelles censurées, les chercheurs surveillés et soumis au contrôle de leurs écrits.

Cette fermeture généralisée compromet la vitalité d’une société civile pourtant essentielle à toute dynamique de démocratisation. Aussi, la jeunesse désespérée quitte le pays par milliers, par la voie de la migration légale ou illégale. Une part de l’épineuse question des OQTF, occupant une place importante dans les débats politiques, trouve ainsi son origine dans ce déni des droits et libertés. Sans l’engagement en Algérie d’une transition politique démocratique, les citoyennes et citoyens n’auront d’autre choix que la prison ou l’exil.

Monsieur le Ministre,

L’avenir des relations franco-algériennes exige un rééquilibrage profond : un dialogue d’État à État fondé sur le respect mutuel, la transparence et la réciprocité, loin de toute surenchère mémorielle ou politicienne.

Nous appelons à une diplomatie responsable, fondée sur l’intérêt des deux peuples, la clarté des engagements, l’absence de privilèges indus et sur le respect de la Déclaration des droits de l’Homme ainsi que des textes internationaux relatifs aux droits humains.

Conscients de la portée de nos propos et animés par un attachement sincère aux principes universels de justice et de liberté, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de notre haute considération.

Signataires :

Riposte Internationale, Pour une Alternative Démocratique en Algérie, Révolution du Sourire

Colonisation, décolonisation et recolonisation : le cycle perpétuel

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Colonisation

Il est des vérités que l’Histoire s’efforce de dissimuler, mais aussi des mythes qui, malgré leur apparente transparence, ne cessent de se reproduire à travers les âges. Prenez l’Algérie, par exemple, un pays qui a cru qu’en se débarrassant des colons français, il se débarrasserait de toutes les chaînes. C’était sans compter sur l’ingéniosité humaine, capable de créer des dépendances invisibles, souvent bien plus puissantes que celles qu’on peut voir.

La colonisation, telle que nous l’avons vécue, était un système où l’oppression venait directement d’un ennemi étranger, une main de fer venant de loin, un joug que l’on pouvait décrire, analyser et combattre. Mais après 1962, avec l’indépendance tant espérée, les Algériens se sont retrouvés face à une douce déception : leur indépendance n’était qu’un transfert de pouvoir déguisé en libération, une réplique du modèle colonial. Ah, la magie de la politique ! La France, qui avait imposé un empire coloniale, a eu la géniale idée de répéter ce même processus, mais avec de nouveaux costumes et un décor soigneusement remodelé.

Qui aurait cru qu’après l’indépendance, les nouveaux maîtres du pays seraient en réalité des héritiers directs de la même logique coloniale ? Si les colons français sont partis avec leurs pieds, c’est au tour des « commis » locaux, ceux formés dans l’école de la dépendance coloniale, d’installer leurs propres chaînes. On parle d’indépendance, mais entre les liens de la dette extérieure et la rente pétrolière, l’économie algérienne semble plus dépendante que jamais de puissances étrangères. Loin des vieux colons français, c’est la main invisible de la France, et d’autres puissances économiques, qui continue de tirer les ficelles.

Et comment ne pas sourire, ou plutôt pleurer, à l’idée que l’Algérie soit encore en train de vénérer des idéologies de libération qui sont en réalité des clones de celles des anciennes puissances coloniales ? L’Algérie post-coloniale n’a pas réinventé la roue ; elle l’a simplement repeinte en vert et noir, sous des slogans nationalistes et socialistes. Le résultat ? Un État centralisé qui ne laisse aucune place à la diversité, une économie prisonnière de la rente pétrolière, et des citoyens enfermés dans l’illusion d’une souveraineté, tout en étant encore et toujours enchaînés à un système financier mondial.

Si la colonisation française a laissé des traces indélébiles, l’indépendance n’en a pas été l’antidote. Elle a ouvert la voie à une nouvelle forme de domination, plus insidieuse, mais tout aussi présente : la recolonisation. Cette fois, ce n’est plus la France qui impose directement sa domination, mais elle continue à jouer un rôle clé à travers des institutions financières internationales, des prêts exorbitants et des contrats juteux. C’est la diplomatie de la dépendance, celle où l’on prétend à la souveraineté tout en se soumettant aux exigences des puissances économiques mondiales. Le « nouveau pouvoir » s’est rapidement dissipé pour céder la place à une gouvernance autoritaire, où l’influence de la France, et d’autres puissances étrangères, se fait sentir dans l’ombre.

La colonisation française était un contrôle des ressources, une réécriture de l’histoire, une classe dirigeante imposée. Après l’indépendance, ces mêmes pratiques ont ressurgi sous des formes diverses et, comme un clin d’œil du destin, la France, qui avait joué le rôle de colonisateur, a continué de tordre les bras des nations qu’elle avait laissées « libérées ». Les promesses de libération n’étaient qu’une façade. L’Algérie n’a pas été libérée d’un joug étranger, elle est simplement tombée sous un nouveau joug, celui des élites locales incapables de se défaire de l’emprise coloniale, et de la France qui, en coulisses, continuait de jouer son rôle d’influence.

« Le cycle infini », vous dites ? En effet, la France a brillamment orchestré ce tour de passe-passe, remplaçant le colonisateur direct par des apparences de dirigeants nationaux. Et au final, les intérêts français, loin de s’effacer, ont été subtilement intégrés au tissu économique et politique des nouveaux gouvernements. L’illusion d’autosuffisance se heurte aux diktats de la globalisation et aux exigences des puissances économiques mondiales. Après tout, pourquoi changer un système qui fonctionne si bien pour ceux qui en tirent profit ?

Ce n’est pas l’histoire de l’Algérie, c’est l’histoire du monde. Un monde où, sous le masque de « l’indépendance » et de « la décolonisation », on fait passer le même poison dans une nouvelle bouteille. La France, à travers ses anciennes colonies et sa politique néocoloniale, est un acteur central dans ce cycle sans fin. Une fois que les peuples réalisent qu’ils ont échangé une forme de domination contre une autre, il est déjà trop tard pour remettre la pendule à l’heure. L’indépendance ? Un mythe aussi vieux que l’Histoire elle-même, un cycle sans fin où la libération se transforme en une nouvelle oppression, subtilement imposée par des acteurs économiques et politiques à la fois visibles et invisibles.

Dans ce grand théâtre de l’histoire, l’Algérie, comme d’autres pays du Tiers-Monde, joue un rôle de répétition perpétuelle. Le masque change, les acteurs aussi, mais le décor, lui, reste étonnamment similaire. La décolonisation devait être un passage vers un avenir radieux, une promesse de redressement. Mais une fois le rideau levé, ce n’était pas le grand soir de la liberté que l’on attendait. Non, c’était un film en noir et blanc, où l’espoir se heurtait sans cesse aux murs d’une réalité bien moins cinématographique, une réalité marquée par la présence discrète mais constante des anciennes puissances coloniales, dont la France.

Si les années 1960 avaient semblé porter l’espoir d’une rédemption nationale, les décennies suivantes ont révélé un film bien plus ennuyeux, où les héros de l’indépendance devenaient des tyrans, où les slogans révolutionnaires se transformaient en mantras de la corruption. L’indépendance politique, acquise chèrement, se révélait n’être qu’un leurre – une liberté formelle qui cachait un manque cruel d’autonomie économique et sociale. La vraie question n’a jamais été « Qui nous gouverne ? », mais « Comment sommes-nous gouvernés ? » Si le pouvoir changeait de mains, l’essentiel restait inchangé : un État qui, sous prétexte d’indépendance, servait encore des intérêts étrangers, notamment ceux de la France et de ses alliés.

Les promesses de l’indépendance, ce vent de fraîcheur censé balayer les poussières coloniales, se sont vite transformées en une brise étouffante, incapable de dissiper la chaleur suffocante du vieux système. Le nationalisme a servi de couverture idéologique à une économie qui n’a jamais quitté les chaînes de la rente pétrolière. Bien au contraire, il a facilité son ancrage. L’illusion de l’autosuffisance a plongé le pays dans une dépendance de plus en plus marquée aux marchés internationaux et à l’argent facile, cette fausse richesse des matières premières qui corrompt autant qu’elle endort.

Et pourtant, les dirigeants, tous héritiers du colonialisme sous une forme ou une autre, continuaient de brandir l’étendard de la souveraineté nationale. On nous a dit que la colonisation nous avait appauvris, que l’indépendance serait le chemin vers la prospérité. Mais à qui profite cette indépendance ?

Pas à ceux qui triment sous le poids de la pauvreté, pas à ceux qui voient leurs rêves d’une vie meilleure écrasés par une économie parallèle dominée par des intérêts privés et des connexions internationales douteuses.

Au fond, cette nouvelle forme de domination n’est-elle pas plus perfide que la précédente ? Parce que contrairement à la colonisation, qui imposait sa violence avec une brutalité évidente, cette recolonisation se camoufle sous des apparences d’égalité, d’autonomie et de prospérité.

Mais la réalité est bien plus simple et bien plus cruelle : tant que les élites continuent à gérer le pouvoir à leur profit, l’Algérie, comme beaucoup d’autres nations du Tiers-Monde, n’échappera pas à ce cycle. Celui où la promesse de l’indépendance n’est qu’un leurre pour les masses, un prétexte pour légitimer le maintien d’un système inégalitaire.

Cela dit, la question de la recolonisation est aussi celle de la résistance. Parce que si l’Histoire nous a appris quelque chose, c’est que, dans ce cycle infini, il y a toujours une étincelle de rébellion, une petite lueur d’espoir qui surgit dans l’obscurité. Et même si cette lumière peut paraître fragile, elle n’en demeure pas moins tenace. La véritable révolution ne réside pas dans l’acquisition d’un pouvoir politique mais dans la reconquête de son autonomie économique et culturelle

La décolonisation n’a jamais été un acte d’émancipation, mais une illusion de libération orchestrée pour que l’exploitation continue sous de nouvelles formes. »

L’Histoire est un éternel recommencement, et la géographie, une source intarissable de convoitise et de conflits. »

Cette citation met en lumière l’idée que, malgré les changements apparents, les nations continuent de revivre les mêmes dynamiques de pouvoir, et que les ressources naturelles, les territoires et les positions géographiques restent des moteurs essentiels de lutte et de domination à travers les âges.

Dr A. Boumezrag

Keltoum, la doyenne de l’interprétation féminine au théâtre et au cinéma algériens

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Keltoum

Célèbre auprès du public algérien pour ses nombreux rôles au théâtre, au cinéma et à la télévision, Keltoum est considérée comme une artiste pionnière et parmi les premières femmes algériennes à se produire sur une scène et passer devant une caméra, ouvrant ainsi la voie à de nombreuses carrières féminines marquantes.

Ayant résisté à divers préjugés familiaux et sociétaux de son époque afin d’intégrer le monde de l’art, Keltoum, de son vrai nom Aisha Adjouri, aura ainsi permis à d’autres femmes artistes à lui succéder, contribuant à changer la vision du monde de l’art et de la société, jusque là hostile à la présence des femmes dans le théâtre et l’art en général.

Née à Blida le 4 avril 1916, Keltoum fit ses premiers pas dans les Arts de la scène, sous l’aile du regretté Mahieddine Bachtarzi, pionnier et doyen de l’Art en Algérie et premier à découvrir ses talents d’artiste polyvalente, après lui avoir suggéré, en 1935, de s’essayer au chant, à la danse et au théâtre, bravant ses réticences et ses peurs de sa famille et envers la société algérienne.

Après une tournée en France, Keltoum se tourne essentiellement vers le théâtre, confirmant son talent dans des pièces de Mahieddine Bachtarzi, Rachid Ksentini et Habib Reda, pour rejoindre ensuite, la première saison arabe de l’Opéra d’Algérie en 1947.

Au fil des années, la plupart des rôles féminins lui sont confiés, et sa voix entre au répertoire du théâtre radiophonique, où elle s’investira également dans la chanson avec notamment, l’enregistrement de cinq disques durant la période allant de 1940 à 1950, avant de revenir au théâtre avec une adaptation d' »Othello » de William Shakespeare.

Créativité cinématographique et théâtrale prolifique

Après le recouvrement de la souveraineté nationale, Keltoum reprend son activité artistique et rejoint en 1963 le Théâtre national algérien, première institution culturelle à être nationalisée après l’indépendance, où elle prend son premier rôle dans la pièce intitulée, « Mariage par téléphone », de Mahieddine Bachtarzi et Rachid Ksentini.

Ses débuts dans le septième art se font en 1966 avec le réalisateur Mohamed Lakhdar Hamina qui la distribuera dans son film « Le Vents des Aurès », où elle incarne la souffrance des femmes rurales algériennes pendant la période coloniale.

Dans cette œuvre, qui a mis en vedette des acteurs de premier plan tels que Hassan El Hassani, Mustapha Kateb et Mohamed Chouikh, Keltoum joue le rôle d’une femme désespérée, errante entre les prisons et les camps de concentrations, à la recherche de son fils emprisonné par l’armée coloniale.

Son image iconique, dans ses vêtements miteux, tenant un panier dans sa main gauche et un poulet dans sa main droite, constitue une scène d’anthologie dans l’histoire du cinéma algérien, qui a rehaussé « Le vent des Aurès », un chef d’œuvre réaliste aux accents épiques, distingué en 1967 du prix de la Première Œuvre au Festival de Cannes (France).

L’icône du cinéma algérien a continué sa collaboration avec Hamina dans d’autres œuvres, telles que « Décembre », « Hassan Terro » et « Chronique des années de braise », distingué en 1975 de la Palme d’Or au Festival de Cannes, ainsi que dans d’autres œuvres à l’image de, « Beni Handel » de Lamine Merbah, « Les Années folles du Twist » de Mahmoud Zemmouri, « Hassan Taxi » de Mohamed Slim Riad et « Hassan Niya » de Ghaouti Bendedouche.

Incarnant les rôles principaux d’une vingtaine de films et plus de soixante-dix œuvres théâtrales, Keltoum a laissé une empreinte indélébile dans le monde du théâtre et du cinéma.

En 1991 elle avait donné la réplique au grand Rouiched dans, « Les Concierges », pièce de théâtre qu’il a lui même écrite et qui constitue la dernière représentation théâtrale de Keltoum, avant d’annoncer sa retraite.

Keltoum tire sa révérence le 11 novembre 2010, après une longue et riche carrière créative jalonnée de réussites et de succès.

APS

Donald Trump apporte son soutien à Marine Le Pen, le RN dans la retenue

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trump

Le président américain Donald Trump a fustigé jeudi 3 avril la condamnation de Marine Le Pen et lui a apporté son soutien dans un message publié sur son réseau Truth Social. Du côté du Rassemblement national, ces propos semblent embarrasser à l’approche de la manifestation prévue dimanche à Paris.

C’est un soutien dont le Rassemblement national semble vouloir se passer. Cette nuit, le président américain a dénoncé une chasse aux sorcières à l’encontre de Marine Le Pen, dénonçant notamment sa peine d’inéligibilité. « Libérez Marine Le Pen », a écrit en lettres capitales Donald Trump sur son réseau Truth Social dénonçant également une guerre juridique menée par la gauche européenne pour museler la liberté d’expression et censurer un adversaire politique.

« Je ne connais pas Marine Le Pen, mais j’apprécie le travail acharné qu’elle a accompli pendant tant d’années. Elle a essuyé des pertes, mais a persévéré, et maintenant, juste avant ce qui allait être une grande victoire, ils l’accusent d’une accusation mineure dont elle ignorait probablement tout », croit le président américain.

Plus tôt dans la journée, c’était J.D. Vance qui prenait la parole pour dénoncer une manœuvre pour l’empêcher de participer à la présidentielle. Et ce n’est pas la première fois que le républicain prend position pour la députée d’extrême droite.

Le Rassemblement national refuse de commenter

Mais du côté du parti à la flamme, on accueille ces prises de parole avec retenue alors que les sympathisants du Rassemblement national sont attendus ce dimanche à Paris pour manifester et dénoncer ce que Marine Le Pen qualifie de « scandale démocratique ».

Pas de commentaire sur la réaction de Washington. Les élus du Rassemblement national refusent de réagir après les propos de président américain, comme ils l’ont fait après le soutien du Premier ministre Hongrois Viktor Orban, ou encore du Kremlin, car en toile de fond, il y a le rassemblement de dimanche.

Un rassemblement qu’une partie des oppositions à droite comme à gauche dénoncent. Xavier Bertrand, le président LR de la région Haut-de-France s’inquiète d’un remake de la prise du Capitole ; référence au 6 janvier 2021 où des militants trumpistes avaient pris d’assaut le siège du Congrès américain. 

Interrogé sur LCI hier soir, Jordan Bardella a écarté toute tentative de coup de force et assure au contraire que le rassemblement de dimanche est un soutien à la démocratie française. 

À noter d’ailleurs que Marine Le Pen n’a pas de bon souvenir du premier mandat de Donald Trump. Elle qui avait fait le déplacement pour rencontrer le républicain début 2017 avait été finalement éconduite par le président élu. Depuis, aucune relation officielle n’a été établi.

Rfi

Cherif Mellal : « Je vous écris depuis un endroit que personne ne devrait connaître »

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Cherif Mellal

Dans un message, envoyé depuis la prison d’El Harrach et relayé par Me Sadat, Cherif Mellal, ancien président de la JSK, explique pourquoi il a cessé sa grève de la faim.

« Mes chers amis,

Je vous écris depuis un endroit que personne ne devrait connaître, un endroit qui fatigue les corps et teste l’endurance des âmes, un endroit qui laisse son impact profond sur tous ceux qui passent par là.

Mais aujourd’hui, malgré ces murs malgré l’injustice je ressens le besoin de vous écrire avec un cœur plein de gratitude.

Merci pour votre solidarité, pour être à mes côtés, pour croire en la vérité et la justice. Vous avez choisi d’être dans la ligne de la vérité, et l’histoire ne l’oubliera pas.

Je voudrais tout vous dire, pour mettre en mots cette souffrance inimaginable. Tout au long de mon procès, toutes les preuves pour prouver mon innocence ont été ignorées, et les infractions évidentes ont été ignorées. Je me suis défendu de toutes mes forces, mais en vain.

L’arbitraire a été un choc. Un tremblement de terre pour moi, pour ma famille et pour tous ceux qui croient encore à la justice. Encore aujourd’hui, je ne peux pas accepter cette injustice.

Je sais pourquoi je suis là. Je paye pour ma loyauté et mon amour pour l’Algérie.

Ma seule intention en rentrant chez moi était de Le servir à ma façon. Je voulais rendre à mon équipe bien-aimée une partie de ce qu’il m’a donné, le voir se relever et briller à nouveau, et instiller de l’espoir dans le cœur de notre jeunesse.

Parce que le tribalisme de Chabiba n’est pas seulement un club, mais un symbole, un héritage et une fierté nationale. Peu de clubs dans le monde ont une telle place dans le cœur de leurs fans, comme Barcelone ou le Bayern Munich.

Le 3 mars 2025, j’ai fais une grève alimentaire pour protester contre l’injustice à laquelle je suis confronté. Mais aujourd’hui mon corps n’en peut plus. L’épuisement, l’inquiétude de mes parents, ma femme, mes enfants, et vos messages qui m’ont parvenu à travers les murs… Tout cela m’a poussé à suspendre cette grève.

Ce n’est pas abandonner. C’est une nouvelle approche pour continuer notre voyage ensemble.

Alors continuez s’il vous plaît. Fais entendre ma voix, fais entendre la nôtre.

Tu es la source de ma force, la source de mon espoir, la preuve que notre peuple n’abandonne pas ses enfants.

Et un jour viendra, où la vérité sera révélée. Parce que comme disait Mawloud Amry :

« La vérité est comme l’huile, elle flotte toujours à la surface. »

Avec toute ma gratitude, ma force et ma foi dans notre lutte commune.

Cherif Mellal

Numéro de restriction : 297176