10.9 C
Alger
lundi 9 mars 2026
Accueil Blog Page 16

Le spectre de l’OAS rôde aux portes du pouvoir en France

0
OAS

Il fut un temps où l’OAS n’était qu’un souvenir honteux, une note de bas de page sanglante dans l’histoire de la France postcoloniale. Une bande de généraux en charentaises rêvant d’un empire perdu, des activistes à moustache hurlant à la trahison et posant des bombes comme d’autres distribuent des tracts. Et puis, bien sûr, une poignée de nostalgiques murmurant à l’oreille de politiciens en mal d’identité nationale. Mais voilà que l’Histoire, farceuse et cynique, remet le couvert.

En 2025, l’extrême droite n’est plus un épouvantail agité pour faire peur aux enfants républicains avant le coucher. Elle est là, bien réelle, installée aux avant-postes du pouvoir. Et dans ses couloirs feutrés, un vieux fantôme s’invite à la table des décisions. Celui de l’Organisation Armée Secrète, cet héritage toxique de la guerre d’Algérie qui, au lieu de se dissoudre dans les archives jaunies, trouve un écho dans le discours revanchard de ceux qui veulent « rétablir l’ordre ».

L’OAS d’hier posait des bombes pour que l’Algérie reste française, quitte à éventrer la République. L’OAS d’aujourd’hui ne fait plus exploser d’immeubles, mais dynamite allègrement les fondements du vivre-ensemble. Sa haine de l’autre a changé de cible, son vocabulaire s’est modernisé, mais l’obsession reste la même : purifier, expulser, dominer. Surtout, ne jamais faire le deuil du colonialisme.

Les premiers symptômes de cette résurgence sont là : nostalgie assumée du « temps béni des colonies », criminalisation rampante des Franco-Algériens, lois sur la nationalité dignes d’une purge administrative. Et puis, bien sûr, ce doux euphémisme qui sert d’alibi aux dérives autoritaires : « restaurer l’identité française ». Traduction : réécrire l’Histoire, interdire la mémoire et, si possible, transformer les banlieues en laboratoires de la répression.

Les relations avec Alger ? Une poudrière en devenir. Il faut dire qu’un régime français lorgnant sur l’héritage de l’OAS, ça a de quoi réveiller quelques vieux réflexes du côté du FLN. Expulsions économiques, crise diplomatique, montée des tensions communautaires, le cocktail est parfait pour faire exploser le peu qu’il restait du dialogue franco-algérien.

Mais que dire de la situation en France ? Un pays où les gamins des cités doivent prouver chaque jour qu’ils sont aussi français que les autres, pendant qu’on leur explique en boucle que leurs ancêtres sont des colons ou des colonisés, mais jamais des citoyens à part entière. Où la police, déjà bien dotée en matériel répressif, se voit offrir carte blanche pour traquer l’ennemi intérieur sous prétexte de « lutte contre le séparatisme ». Où la nostalgie de l’Algérie française devient un argument électoral, et où certains se prennent à rêver d’une revanche sur l’Histoire.

La question n’est plus de savoir si le spectre de l’OAS rôde. Il est déjà là, assis au premier rang, prêt à signer les décrets. La République tiendra-t-elle face à cette résurgence morbide ? Ou se contentera-t-elle d’assister, impuissante, à un remake où les vaincus de 1962 prennent leur revanche sur le XXIe siècle ?

Si l’Histoire bégaie, alors il serait peut-être temps de l’empêcher de radoter des horreurs.

L’histoire bégaie, et cette fois, elle a pris des stéroïdes. Si l’OAS n’a jamais réussi à renverser la République en 1962, il semblerait qu’en 2025, elle n’ait plus besoin d’attentats pour s’inviter au sommet de l’État. La nostalgie coloniale s’est muée en projet politique assumé, et la xénophobie d’hier s’écrit aujourd’hui en programme électoral. Mais rassurons-nous, ce n’est pas un retour en arrière, c’est juste l’éternelle marche en crabe de la politique française.

« L’Histoire ne se répète pas, elle bégaye en uniforme et en costard-cravate. »

Ce spectre ne hante plus seulement les marges, il défile en pleine lumière, se pavane sur les plateaux de télévision, du matin au soir, entre un débat sur « l’identité nationale » et une chronique sur « l’insécurité ». Jadis clandestin, la nostalgie colonialiste a troqué la cagoule et le pistolet pour la cravate et la rhétorique bien huilée des experts autoproclamés.

Le putsch rêvé n’a plus besoin de chars : il passe par les chaînes d’info en continu, les éditorialistes complaisants et les sondages bien orientés. Et pendant que l’Histoire bégaye, la démocratie, elle, continue de perdre sa voix, recouverte par le bruit de cette réhabilitation.

Car l’ironie ne s’arrête pas là : entre deux envolées sur la grandeur perdue et les dangers du multiculturalisme, ces nouveaux héritiers de l’OAS ne manquent jamais une occasion de donner des leçons de morale et de démocratie… à l’Algérie. Ce joyau autrefois pillé par l’Empire, devenu le « voyou » de la République française, comme si l’histoire coloniale n’avait laissé derrière elle que l’ingratitude d’un pays qui aurait dû dire « merci » plutôt que revendiquer son indépendance.

Ainsi, dans ce jeu d’inversions absurdes, la France, qui peine à regarder en face ses propres démons, sermonne son ancienne colonie sur l’État de droit, les droits de l’homme et la bonne gouvernance, tout en réhabilitant dans ses discours des figures qui rêvaient d’un putsch militaire. Comme si la démocratie était un concept à géométrie variable : sacrée quand elle sert ses intérêts, encombrant quand elle contredit sa vision du monde.

 Dr A. Boumezrag

La justice française refuse d’extrader Abdeslam Bouchouareb vers Alger

0
Bouchouareb

Ce mercredi 5 mars, le parquet général a demandé à la cour d’appel d’Aix-en-Provence d’opposer un avis défavorable aux six demandes d’extradition vers l’Algérie d’Abdesselam Bouchouareb, ministre de l’Industrie et des Mines entre 2014 et 2017 sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika, rapporte l’AFP.

L’ancien puissant ministre de l’Industrie sous Bouteflika reste en France, loin de la justice algérienne. Depuis près de dix-huit mois, l’Algérie réclame l’extradition d’Abdesselam Bouchouareb afin qu’il exécute cinq peines d’emprisonnement de vingt ans chacune et pour le poursuivre dans un sixième dossier d’infractions économiques et financières. Celui qui est désormais installé en France, dans les Alpes-Maritimes, était ministre de l’Industrie et des Mines entre 2014 et 2017 sous la présidence d’Abdelaziz Bouteflika.

Ce mercredi 5 mars, le parquet général a demandé à la cour d’appel d’Aix-en-Provence d’opposer un avis défavorable aux six demandes d’extradition vers l’Algérie d‘Abdesselam Bouchouareb. « L’éloignement de M. Bouchouareb, gravement malade, ferait courir à celui-ci, si ce n’est un risque de vie, (un risque) de déclin rapide et irréversible de son état de santé », a estimé l’avocat général, Raphaël Sanesi de Gentile.

Avec AFP

Rapport sur la 1re audience du procès dit de complot contre la sureté de l’Etat !

0
Prisonniers tunisiens

La première audience du procès visant plusieurs figures de l’opposition, des personnalités de la société civile et d’anciens hauts responsables de l’État, accusés dans l’affaire dite du “complot contre la sûreté de l’État”, s’est tenue le 4 mars 2025 sous une tension palpable.

Depuis le début, cette affaire cristallise les critiques et soulève des soupçons quant à l’instrumentalisation de la justice à des fins de règlement de comptes politiques. L’interdiction de publication imposée par les autorités judiciaires n’a fait qu’accentuer la suspicion d’une volonté de museler l’information et de contrôler le récit officiel. Avec l’ouverture du procès au public, le vernis de l’opacité commence à se fissurer, révélant une gestion judiciaire aux allures de mise en scène savamment orchestrée.

Report stratégique et verrouillage des détenus

Le tribunal a choisi de jouer la montre en reportant l’audience au 11 avril 2025, tout en opposant une fin de non-recevoir aux demandes de mise en liberté des accusés. Ce refus catégorique confirme la ligne dure adoptée par les autorités et alimente l’hypothèse d’un procès conçu comme une démonstration de force dont le verdict est déjà écrit plutôt que comme un exercice impartial de justice.

Une mobilisation, en dehors du tribunal

Loin de se résigner, familles des détenus, militants et figures politiques ont investi les abords du tribunal pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une parodie de justice. Au cœur de leur indignation : la décision du ministère de la Justice d’imposer une comparution à distance, perçue comme une manœuvre visant à neutraliser les accusés et à saboter leur défense. Les manifestants ont scandé leur rejet d’une justice télécommandée et ont exigé la libération des prisonniers politiques, dénonçant un procès sur mesure destiné à éradiquer l’opposition.

Une audience sous haute tension : contestation et chaos

Dans la salle 6 du tribunal de première instance de Tunis, l’atmosphère était électrique. Journalistes, diplomates, activistes et plus de 100 avocats étaient présents, parmi lesquels l’ex-bâtonnier de Paris et l’avocat algérien Me mustapha bouchachi. .

Dès le coup d’envoi, les proches des détenus ont explosé de colère face à l’absence des accusés, dont la présence physique était pourtant essentielle à la régularité du procès. L’agitation a contraint le juge à suspendre brièvement la séance, signe d’un climat explosif.

Lors de la reprise, Me Laroussi, président de l’Ordre des avocats de Tunis, a dénoncé la tenue du procès à distance, qualifiant cette méthode de subterfuge grossier destiné à priver les accusés d’un droit fondamental à la confrontation directe avec leurs juges et leurs accusateurs.

La contestation ne s’est pas arrêtée là. Chaïma Issa, accusée dans cette affaire, a fustigé cette justice dématérialisée, tandis que Jawhar Ben Mbarek, détenu à la prison de Mornaguia, a refusé de comparaître à distance. La défense a immédiatement dénoncé l’absence de toute preuve officielle de ce refus, s’interrogeant sur une tentative délibérée d’escamoter les accusés du procès.

D’autres voix se sont élevées : Ayachi Hammami a fustigé un simulacre de justice, tandis que Riadh Chaïbi a exprimé sa détermination à être jugé dans des conditions dignes, et non à travers un écran de prison.

L’affaire a pris une tournure plus inquiétante avec le cas de Sahbi Atik, qui s’est vu attribuer un refus de présence qu’il n’aurait jamais signé. Pour pallier l’absence de preuves, les autorités ont eu recours au témoignage de prisonniers de droit commun censés attester de son refus – une pratique ahurissante et juridiquement contestable.

Dans une déclaration, Sayed Ferjani, s’exprimant depuis sa cellule, a affirmé que le procès est une mascarade, dénonçant un acte d’accusation truffé d’incohérences et de manipulations.

Quant à Kamel Letaïef, son avocat Amin Mahfoudh a révélé qu’il n’avait même pas été informé de la tenue du procès à distance, ce qui constitue une violation flagrante des droits de la défense.

Un tribunal aux ordres et une procédure bâclée

Un simulacre de comparution : la tenue du procès à distance est perçue comme une manœuvre grossière visant à priver les accusés de la parole et à neutraliser l’impact de leur défense devant l’opinion publique.
Violation manifeste de la présomption d’innocence : la couverture médiatique biaisée de l’affaire a contribué à diaboliser les accusés, anéantissant toute prétention à une justice impartiale.
Des magistrats aux compétences douteuses : l’avocat Amin Bouker a révélé que l’adjoint du juge principal n’a aucune expertise en matière de terrorisme, soulevant des doutes quant à la légitimité même de la cour.
Une justice sous tutelle : l’avocat Samir Dilou a dénoncé un fait troublant : l’ordre de tenir le procès à distance ne vient pas du juge, mais de l’administration du tribunal, une ingérence scandaleuse qui trahit la mainmise du pouvoir exécutif sur la justice.


Levée du bâillon médiatique : la vérité va-t-elle enfin éclater ?

Après des mois d’obscurantisme, l’interdiction de publication sur l’affaire du complot a enfin été levée. C’est désormais à la presse indépendante- très mal au point- de mettre à nu les zones d’ombre de cette affaire, loin des éditorialistes dociles et des faiseurs d’opinion aux ordres.

Et maintenant ? les enjeux de la prochaine audience

  • La bataille pour la présence physique des accusés promet de polariser encore davantage les débats.
  • L’intensification des pressions nationales et internationales pourrait contraindre les autorités à desserrer l’étau sur les détenus.
  • L’ouverture des médias à la couverture de l’affaire pourrait révéler de nouvelles manœuvres de manipulation judiciaire.
  • L’audience du 11 avril 2025 sera un véritable test pour mesurer jusqu’où le pouvoir est prêt à aller pour verrouiller ce procès.


Un procès qui dépasse la simple question judicaire

L’affaire du “complot contre la sûreté de l’État” n’a plus grand-chose à voir avec la justice : elle est devenue un marqueur de l’état de dégradation générale de la Tunisie. Chaque décision judiciaire, chaque manœuvre procédurale, chaque coup de force médiatique dessine les contours d’un pays où le droit est perverti sous les coups d’une autorité autoritaire. L’avenir du procès ne dira pas seulement le sort des accusés, mais aussi celui de la justice tunisienne tout entière et de la Tunisie en tant qu’Etat et pays indépendant. 

Le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie -CRLDHT

Des fuites révèlent la stratégie musclée de Bruno Retailleau avec l’Algérie

0
Retailleau
Crédit : ministère de l'Intérieur.

Alors qu’Emmanuel Macron, en déplacement au Portugal, avait appelé à l’apaisement entre Paris et Alger, repoussant les « jeux politiques » et qualifiant de « ridicules » les échanges par voie de presse, un nouveau regain de tension apparaît ce week-end. Le journal La Tribune publie une note secrète du ministère de l’Intérieur revendiquant la nécessité d’engager un rapport de force avec les autorités algériennes.

La fuite intervient moins de 48h après les déclarations d’Emmanuel Macron, considérées comme un camouflet pour le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Dans cette note de trois pages, censée être hautement confidentielle, les services de l’Intérieur exposent la stratégie pour tordre le bras à Alger : restriction massive de visas, en priorité pour l’élite politique, économique et militaire du pays, contrôles renforcés des liaisons maritimes, convocation des consuls généraux algériens.

Dossiers sensibles

Mais aussi remise en cause de dossiers éminemment sensibles comme l’indemnisation des essais nucléaires menés par la France en Algérie. Un « changement de posture » nécessaire explique le texte, face « aux vexations et entraves soigneusement mises en scène par Alger », en particulier l’action d’influenceurs algériens sur les réseaux sociaux, qualifiée de « menace directe à la sécurité. »

Retailleau vs Barrot ?

Une manière de placer dans le débat public français les propositions défendues par Bruno Retailleau, pas vraiment partisan des conciliabules diplomatiques prônés par son collègue des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. La position du Quai d’Orsay semble pour l’instant avoir les faveurs d’Emmanuel Macron, au moins dans sa volonté de ne pas outrageusement mettre en scène la dispute entre les deux pays.

RFI

Affaire Sansal : une raison d’État en France, une déraison d’État en Algérie ?

0
Boualem Sansal

Une fois de plus, la France et l’Algérie s’offrent un duel diplomatique digne d’une tragédie en plusieurs actes. Cette fois-ci, c’est Boualem Sansal, écrivain subversif, intellectuel encombrant, qui cristallise les tensions.

En France, on brandit son nom comme un étendard de la liberté d’expression, en oubliant qu’on n’a jamais vraiment su quoi faire de lui. Trop acerbe pour être consensuel, trop libre pour servir de simple caution intellectuelle, il devient soudain un symbole national au nom du grand principe de la défense des opprimés. La raison d’État s’en empare, les tribunes indignées fleurissent, et on proclame haut et fort qu’il est impensable qu’un écrivain soit persécuté pour ses idées… du moins, quand il est persécuté ailleurs.

En Algérie, l’affaire Sansal révèle une déraison d’État devenue presque routinière. Un intellectuel qui dérange, c’est une anomalie à réprimer. Trop critique, trop insaisissable, trop peu aligné sur la grande narration nationale, il est plus simple de le faire taire que de le contredire. On ne censure pas officiellement, on marginalise, on diabolise, on emprisonne sous des prétextes qui feraient rire s’ils n’étaient pas tragiques. Le pouvoir algérien prétend refuser toute ingérence, mais agit avec la prévisibilité d’un métronome désaccordé.

Entre ces deux postures, une même hypocrisie règne. En France, la défense de Sansal s’inscrit dans une logique de confrontation avec Alger, mais qu’en est-il des autres voix muselées, ici comme ailleurs ? L’indignation est à géométrie variable, fonction des opportunités diplomatiques et des intérêts du moment.

En Algérie, on prétend rejeter toute influence étrangère, tout en se conformant à l’antique règle des régimes autoritaires : la parole libre est un danger à éliminer. Que Sansal ait toujours été plus célébré à l’étranger que chez lui ne change rien à l’affaire : il est devenu un problème, donc il faut s’en débarrasser.

Finalement, Sansal, que personne ne voulait vraiment hier, devient aujourd’hui l’homme que chacun instrumentalise à sa façon. Entre raison d’État et déraison d’État, il reste ce qu’il a toujours été : un écrivain qui refuse de se taire.

Ainsi va le destin des écrivains dans les guerres diplomatiques : ni héros, ni martyrs, juste des otages symboliques que les États brandissent ou enterrent selon leurs intérêts. En France, Boualem Sansal devient l’écrivain à défendre, tant qu’il sert une posture politique. En Algérie, il reste l’homme à abattre, car penser librement est un crime d’État.

Et pendant que les chancelleries s’indignent et que les médias s’embrasent, lui, sans doute, continue à écrire. Car si l’Histoire nous a bien appris une chose, c’est que les dictatures passent, mais les mots restent.

« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » – Albert Camus. Et dans cette affaire, les mots semblent plus redoutés que les actes. Dans l’affaire Sansal, les mots sont plus redoutés que les actes en France comme en Algérie, car ils touchent à des vérités dérangeantes que chacun préférerait taire ou manipuler à son avantage.

Le régime algérien craint les intellectuels comme Sansal non pas pour ce qu’ils font, mais pour ce qu’ils disent . Il ne s’agit pas d’un opposant armé, ni d’un militant appelant au soulèvement, mais d’un écrivain qui déconstruit le récit officiel , qui questionne le pouvoir, qui refuse la langue de bois.

Dans une dictature ou une démocratie autoritaire, les mots sont une arme plus dangereuse que les actes , car ils sèment le doute, réveillent les consciences et fragilisent l’ordre établi. Le pouvoir peut réprimer une manifestation, censurer un journal, mais il lui est bien plus difficile de faire taire une idée une fois qu’elle a été énoncée .

Censurer un livre, c’est avouer qu’il dit vrai. Voilà pourquoi l’Algérie préfère diaboliser Sansal, plutôt que de débattre avec lui.

En France, l’affaire Sansal n’est pas une question d’actes concrets , mais de discours et de symboles. La classe politique et les médias l’instrumentalisent pour affirmer une posture morale : la défense de la liberté d’expression. Mais ces derrière grands discours, la réalité est plus ambiguë.

La France célèbre Sansal parce qu’il est persécuté ailleurs, mais at-elle vraiment soutenu ses écrivains dissidents lorsqu’ils dérangeaient sur son propre sol ?

L’indignation est-elle sincère ou simplement une façon de tacler le régime algérien dans un jeu de tensions diplomatiques récurrentes ?

Le paradoxe français, c’est que la liberté d’expression est défendue avec de grandes phrases, mais qu’elle est souvent bafouée lorsqu’elle gêne les intérêts nationaux . On s’indigne bruyamment pour Sansal, mais qu’en est-il des autres écrivains, journalistes et penseurs marginalisés pour avoir exprimé certains tabous français ?

Un écrivain n’a pas besoin d’armes pour s’inquiéter d’un pouvoir. Il lui suffit d’un stylo et d’un silence gêné en face.

Dans cette affaire, ce n’est pas ce que Sansal a fait qui dérange, mais ce qu’il représente . Un écrivain libre est un miroir tendu aux hypocrisies des régimes qui l’instrumentalisent ou le combattent. En Algérie, il est un danger à éliminer. En France, il est un symbole à brandir, tant que cela sert une cause.

Finalement, Sansal prouve malgré lui une vérité simple : les l régimes autoritaires craignent la pensée libre, et les démocraties jouent avecles mots quand ç les arrange.

Dans l’affaire Sansal, la France et l’Algérie instrumentalisent chacune à leur manière l’écrivain et son œuvre, selon ce qui les arrange politiquement et diplomatiquement.

La France s’empare de l’affaire pour réaffirmer son attachement à la liberté d’expression , un principe qu’elle brandit dès que cela lui permet de se poser en défenseur des opprimés.

Un écrivain persécuté ? Parfait pour dénoncer la répression en Algérie, tout en entraînera un débat sur ses propres contradictions en matière de liberté d’expression.

Une critique intellectuelle envers son pays d’origine ? Cela alimente un narratif où la France se pose en terre d’accueil pour les voix dissidentes.

Un nouvel élément dans le feuilleton des tensions franco-algériennes ? Chaque prétexte est bon pour relancer le bras de fer diplomatique.

Mais cette indignation est-elle vraiment sincère ? Quand des intellectuels français critiquent les angles morts de la République (colonisation, immigration, racisme institutionnel), sont-ils autant défendus que Sansal aujourd’hui ? Sansal est un « écrivain à défendre » tant qu’il critique le bon ennemi.

En Algérie : Un prétexte pour réaffirmer l’autorité du régime. Du côté algérien, la machine répressive tourne à plein régime. L’affaire Sansal sert à réaffirmer le contrôle du pouvoir sur la parole publique et à désigner un ennemi commode.

Un écrivain trop libre, trop critique ? Il devient un traître, un agent de l’étranger.

Un soutien français à son égard ? Parfait pour nourrir le discours anti-ingérence et ravir la vieille rhétorique du complot colonial.

Un danger pour le régime ? Non pas par ses actes, mais parce que ses mots fissurent la version officielle de l’histoire. Sansal est « l’ennemi à abattre » tant qu’il refuse de se taire.

Au final, les États n’aiment les écrivains que lorsqu’ils leur sont utiles . En France, on le célèbre pour pointer du doigt l’Algérie, mais dans un silence sélectif sur d’autres voix dérangeantes. En Algérie, on l’écrase parce qu’il refuse de jouer au jeu du nationalisme officiel.

« Un écrivain libre est un problème pour tous les pouvoirs : il ne combat pas, il dévoile. »

Dr A Boumezrag

La France rame à contre-courant, l’Algérie navigue à vue…

0
Macron Tebboune
Tebboune et Macron

Les relations franco-algériennes ressemblent à une vieille tragédie jouée en boucle, où chaque acteur connaît son texte par cœur mais refuse d’en changer la fin. D’un côté, une France qui rame désespérément pour maintenir une influence qu’elle ne sait plus exercer. De l’autre, une Algérie qui avance sans boussole, oscillant entre défiance et dépendance. Et au milieu ? Une mer d’incompréhensions, de faux-semblants et de rendez-vous manqués.

Paris aime à se penser stratégie, mais agit souvent en nostalgique. Entre repentance maladroite et postures autoritaires, elle oscille entre vouloir ménager le passé et contrôler un avenir qui ne lui appartient plus. Chaque président tente de « réinventer » la relation avec Alger, avant de s’échouer sur les récifs des malentendus historiques et des susceptibilités diplomatiques.

Macron, en bon équilibriste, a tenté le « en même temps » : un coup de flatterie sur la « nation amie », un coup de gueule sur la « rente mémorielle ». Résultat ? Rien. L’Algérie prend, observe, attend… et ne donne rien en retour. Paris veut « réparer », mais ne sait plus très bien quoi. Pendant ce temps, la France rame, s’agite, espère maintenir son influence… alors que le courant mondial l’emporte ailleurs.

L’Algérie, ce navire sans gouvernement

Alger, de son côté, avance à l’aveugle. On refuse de rompre avec l’ancienne puissance coloniale, mais on se méfie de ses intentions. On rejette son aide, mais on négocie en coulisses. On s’indigne publiquement, tout en comptant sur les visas et les transferts d’argent. Le pays à du potentiel, une jeunesse dynamique, des ressources… mais pas de cap clair.

La rente pétrolière anesthésie toute volonté de transformation. Les dirigeants parlent de « nouvelle Algérie », mais l’appareil d’État reste coincé dans ses réflexes du passé. On promet le développement, mais on épouse l’initiative. On célèbre la souveraineté, tout en fermant la porte à ceux qui voudraient vraiment construire l’avenir. Résultat : le bateau avance, mais sans direction, ballotté entre crises internes et opportunités manquées.

Les deux pays se regardent en chiens de faïence, prisonniers d’un passé qu’ils ne savent ni assumer ni dépasser. L’un rame pour exister, l’autre flotte pour durer. Et pourtant, les défis sont immenses : immigration, économie, sécurité, instabilité régionale… Mais plutôt que de construire un vrai partenariat, chacun joue son petit jeu politique.

La France veut garder son influence sans oser l’affirmer. L’Algérie veut s’émanciper sans savoir comment. Et au final, tout le monde perd du temps.

Cap sur l’inconnu

À force de reculer devant les choix difficiles, Paris et Alger risquent de se réveiller un jour en réalisant que le monde a avancé sans eux. La France ne peut plus imposer un modèle périmé, et l’Algérie ne pourra pas éternellement jouer la carte du statu quo. Il faudra, tôt ou tard, choisir un cap.

Mais pour l’instant, l’un rame, l’autre dérive… et aucun port n’apparaît à l’horizon.

Le drame des relations franco-algériennes, c’est qu’elles sont figées dans un jeu de dupes permanent. Paris fait semblant de croire qu’Alger finira par lui tendre la main, Alger feint de croire qu’elle peut s’émanciper sans jamais couper le cordon. Un dialogue de sourds où chacun entretient son illusion.

En France, la classe politique alterne entre diplomatie du repentir et accès d’autorité maladroits. Trop d’excuses agacent, trop de fermeté braque. À force de ménager le chèvre et le chou, Paris fini par ne convaincre personne. On veut maintenir un lien, mais on ne sait plus sur quelle base. Résultat : une influence qui s’érode, une crédibilité qui vacille, et une Algérie qui regarde de plus en plus vers d’autres partenaires.

À Alger, on joue la carte de la souveraineté à tout-va, mais on reste englué dans des contradictions. On refuse la main tendue, mais on accepte les bénéfices du partenariat. On se méfie de l’ex-colonisateur, mais les élites envoient leurs enfants étudier à Paris. On revendique une indépendance totale, mais on garde un pied dans la francophonie, faute d’alternative claire. L’État alterne entre fierté affichée et dépendance assumée.

Pendant que la France ramène et que l’Algérie dérive, d’autres avancent. La Chine investit, la Turquie tisse ses liens, la Russie renforce sa présence. L’Europe, prise dans ses propres crises, observe sans savoir comment se positionner. Le monde ne nous attend pas.

L’Algérie, avec ses ressources naturelles et sa position, pourrait devenir un acteur majeur si elle savait s’ouvrir sans se renier. La France, avec son savoir-faire et son histoire, pourrait proposer un partenariat moderne et pragmatique. Mais pour cela, il devrait cesser les postures, les rancœurs stériles et les demi-mesures.

Si rien ne change, l’histoire se terminera comme elle a commencé : dans une désillusion mutuelle. La France continue de perdre de son influence en Afrique du Nord, piégée par ses hésitations. L’Algérie continue d’avancer sans direction claire, freinée par ses propres contradictions. Et dans quelques décennies, on se demandera comment ces deux pays, liés par tant d’histoire, ont pu autant passer à côté de leur avenir commun.

Il reste une chance de redresser la trajectoire. Mais encore faut-il qu’un jour, quelqu’un prend enfin le gouvernail. Et pour l’instant, personne ne semble prêt.

La France rame à contre-courant, s’accrochant à une influence déclinante sans oser la réinventer. L’Algérie navigue à vue, hésitant entre rupture et dépendance, sans jamais fixer de cap clair. Et au milieu, une mer d’occasions perdues et d’attentes déçues.

L’histoire aurait pu faire de ces deux pays des partenaires stratégiques, liés par un passé commun mais tournés vers l’avenir. Au lieu de cela, ils s’observent, se méfient, se chercher sans jamais se trouver.

Le monde change vite, et ni la France ni l’Algérie ne peuvent se permettre de rester piégées dans leurs hésitations et leurs postures stériles. À force d’attendre, d’éviter les décisions difficiles et de laisser le temps filer, elles risquent de se réveiller un jour en constatant qu’elles ne comptent plus.

Le vent souffle, la tempête approche, mais aucun capitaine n’ose encore prendre la barre. Combien de temps avant le naufrage ?

Moralité , « Les nations qui refusent d’affronter leur passé s’enlisent dans l’immobilisme, celles qui hésitent sur leur avenir se condamnent à l’insignifiance. »

Dr A Boumezrag

Ligue 1 Mobilis : le MCA l’emporte 2 buts à 1 face au CSC et conforte son leadership

0
Mohamed Saliou Bangoura
Mohamed Saliou Bangoura, MCA

Le MC Alger, auteur d’un succès renversant à la maison face au CS Constantine (2-1), a conforté sa position du leader du championnat de Ligue 1 Mobilis de football, en clôture de la 18e journée, vendredi.

Au stade du 5-Juillet, devant plus de 40.000 supporters, le MCA a été cueilli à froid en concédant l’ouverture du score signée Temine (4e), profitant des largesses de la défense mouloudéenne.

La réaction du « Doyen » ne s’est pas faite attendre, puisque l’ailier ivoirien a égalisé quelques minutes, d’un puissant tir dans la surface (11e).

En seconde période, le MCA a dominé les débats, ce qui lui a permis d’inscrire le but de la victoire, grâce à sa nouvelle recrue hivernale, l’attaquant Mohamed Saliou Bangoura, qui a crucifié le portier adverse Bouhalfaya, d’un tir foudroyant de l’extérieur de la surface (73e).

Une victoire qui permet au MCA d’atteindre la barre de 37 points, et surtout conserver cinq points d’avance, sur son dauphin, le CR Belouizdad.

Le CSC, stagne quant à lui, à la 6e position avec 25 points.

De leur côté, les Sanafir (6e – 25 pts), qui restent sur deux matchs nuls consécutifs, dont le dernier concédé à domicile face à l’ASO Chlef, auront à cœur de bousculer la hiérarchie pour renouer avec la victoire.

Résultats de la 18e journée :
ASO Chlef – MC Oran1 – 0
ES Mostaganem – USM Khenchela2 – 0
NC Magra – ES Sétif0 – 0
CR Belouizdad – US Biskra2 – 0
MC El-Bayadh – USM Alger2 – 1
JS Saoura – Olympique Akbou2 – 1
JS Kabylie – Paradou AC2 – 1
MC Alger – CS Constantine2 – 1
Classement de la Ligue 1
#EquipesPtsJ
1MC Alger     3718
2CR Belouizdad  3218
3USM Alger 2918
4JS Kabylie  2918
5ASO Chlef  2718
6CS Constantine2518
7ES Sétif2518
8JS Saoura2518
9MC El Bayadh  2418
10Paradou AC2318
11MC Oran  2118
12Olympique Akbou2018
13USM Khenchela2018
14NC Magra1718
15ES Mostaganem1718
16US Biskra1418

APS

Ordinateurs, smartphones : comment les écrans abîment notre santé

0
Ordinateur enfants
Image par StartupStockPhotos de Pixabay

Ordinateur, smartphone, télévision : notre quotidien est marqué par une exposition excessive au numérique. Mais à quel prix ? Fatigue visuelle, douleurs cervicales, troubles du sommeil… Les experts alertent sur un véritable enjeu de santé publique, pourtant encore peu pris au sérieux.

En quelques décennies, les écrans sont devenus omniprésents dans notre quotidien. Envoyer des SMS, regarder la télévision, surfer sur les réseaux sociaux, l’usage des écrans se retrouve partout. Au travail, une enquête de l’Insee et la Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du Travail) a démontré que 79% des salariés français utilisaient l’informatique dans leur travail en 2019.

Une hyperconnexion qui inquiète de nombreux experts et scientifiques qui alertent sur l’apparition de pathologies spécifiques liées à cette surconsommation d’écrans. Entre mauvaise posture et fatigue visuelle, le sujet peine pour autant à devenir un vrai enjeu de santé publique.

Le syndrome de déficience numérique, conséquence de l’exposition aux écrans

« On a vraiment constaté qu’il y a énormément de myopes chez les jeunes, beaucoup plus qu’avant. Quand vous regardez un écran à 30 ou 20 centimètres toute la journée, votre œil devient myope, car il voit mieux de près. » Ophtalmologue depuis 35 ans à Paris, la docteur Petra Kunze alerte sur l’aspect nocif des écrans, au point de coécrire un livre à ce sujet : Mon écran et moi, stop à la fatigue. Cette « épidémie » de myopie évoquée par le docteur est la conséquence d’un usage des écrans dès le plus jeune âge. Alors que l’œil est en croissance jusqu’à 25 ans, la vue d’un écran chez de jeunes enfants va avoir pour conséquence que « l’œil s’adapte à cette distance et devient myope. »

Les problèmes de vue liés aux écrans ne touchent pas pour autant que les enfants. La lumière bleue émise par ces derniers agresse la rétine, d’où l’explosion des ventes de lunettes anti-lumière bleue. Un produit qui ne fait pourtant pas l’unanimité au sein de la communauté scientifique.

Mais l’un des symptômes les plus fréquents reste celui de l’œil sec. Ne vous est-il jamais arrivé de vous frotter les yeux à force d’être sur un écran ? En effet, « quand on regarde un écran, on oublie un peu de cligner des yeux, on est dans le feu de l’action, on ouvre grand les yeux et on ne cligne pas assez. On est complètement accaparé et la surface oculaire devient sèche », explique Petra Kunze qui recommande de mettre des gouttes pour les yeux lorsque cette sensation se manifeste. Une utilisation néfaste des écrans qui provoque une explosion des cas de DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge) selon l’experte.

La situation est telle qu’en 2007, le « syndrome de déficience numérique » a été identifié. Un syndrome qui découle de la fatigue visuelle des yeux sursollicités par l’usage intensif des écrans au quotidien. L’évolution du numérique et de notre consommation toujours plus longue affectant significativement notre santé visuelle, mais aussi notre posture.

« Les problèmes de colonne vertébrale, c’est le mal du siècle »

En 2019, une étude sur les méfaits liés au travail sur écran a donné naissance à Emma. Un mannequin aux yeux rouges, de l’eczéma, des varices et un dos plus que courbé. Partenaires de cette initiative, le groupe Néo Forma souhaite interpeller sur les conséquences de plusieurs décennies assis sur un bureau peu ergonomique.

Créé pour lutter contre les douleurs au travail, par le biais de formations en présentiel avec des ostéopathes, Néo Forma fait aussi des consultations d’ostéopathie en entreprise. « Ce qu’on dit, c’est que les problèmes de colonne vertébrale, c’est le mal du siècle », annonce Alban Jourdet, ostéopathe et directeur du développement chez Néo Forma. Depuis plusieurs années, il constate une augmentation des douleurs musculo-squelettiques, liées à la sédentarisation du travail et à l’explosion du télétravail. « Les gens restent dans leur canapé ou mal installés chez eux. Au travail, on peut être dans une mauvaise position prolongée. Ces dernières années, on retrouve beaucoup de douleurs cervicales. La majorité des cas sont des cervicalgies. Il y a aussi beaucoup de lombalgies, des douleurs au niveau des vertèbres lombaires », alerte l’ostéopathe.

Un autre syndrome qui s’ajoute à une liste déjà longue, c’est celui du « text-neck » (nuque cassée vers l’avant). Un syndrome qui englobe toutes les maladies cervicales liées à l’utilisation intensive du téléphone portable et une mauvaise position du cou lors du travail. « On a toujours la tête qui est inclinée et en fonction du degré d’inclinaison, votre tête pèse plus lourd. Le fait d’être toujours sur son téléphone portable vient créer des douleurs cervicales, des hernies ou encore de l’arthrose », selon Alban Jourdet.

Des gestes simples pour éviter les complications

Au travail, « la chose la plus importante, c’est de ne pas rester plus d’une heure sans bouger. Par exemple, en se levant, si on a un coup de téléphone, si on a quelque chose à dire à un collègue, on se déplace plutôt que de lui écrire un mail. Il faut vraiment favoriser le mouvement parce que c’est ça qui va stimuler la circulation sanguine et donc envoyer l’oxygène et tous les bons nutriments aux muscles et aux organes. Il y a autre chose aussi qui est très important : boire régulièrement », conseille Alban Jourdet.

Pour l’ophtalmologue Petra Kunze, la règle du 20-20-20 est une solution très intéressante. C’est-à-dire regarder un objet à 20 pieds (6 mètres) pendant 20 secondes toutes les 20 minutes. « Ce qui est très important pour les yeux, c’est de ne pas regarder toujours à la même distance », explique-t-elle.

Si le docteur préconise aussi le fait de bouger et de faire des pauses, elle pointe également l’importance des vitamines : « Quand vous passez la journée sur un écran, vous êtes un sportif des yeux. Il ne faut pas manquer de vitamine D, de vitamine C et de magnésium. » Sans oublier un fléau qui touche de nombreux jeunes : la dépendance aux écrans avant le sommeil. La plupart des ophtalmologues recommandent de bannir les écrans au moins une heure avant de dormir. « Avec les écrans, il y a plein de stimulations visuelles et sensorielles. Tout ça, ça réveille. C’est comme une drogue. »

Des initiatives politiques… sans effets concrets

Pour le Dr Petra Kunze, la France accuse un retard en matière d’ergonomie et de prévention, notamment dès l’école. « On n’apprend pas aux enfants à préserver leurs yeux, l’importance des lunettes, de la vitamine D ou les dangers de la lumière bleue », regrette-t-elle. Même constat pour Alban Jourdet de Néo Forma, qui souligne le manque d’application des formations obligatoires en entreprise sur les gestes et postures pour les travailleurs sur écran. « Tout le monde ne le fait pas, et personne ne vient leur chercher des poux », déplore-t-il.

Aujourd’hui, les maladies liées aux écrans restent un enjeu de santé publique largement sous-estimé. Malgré plusieurs propositions de lois pour réguler l’accès aux écrans des jeunes enfants, aucune n’a été inscrite au Journal officiel. « Une proposition de loi prévoyait notamment que soient mentionnés sur les emballages les risques d’un usage excessif des outils numériques pour la santé des jeunes enfants. Le lobbying des industriels fait partie des freins », selon Servane Mouton, neurologue et neurophysiologiste spécialisée dans les troubles des apprentissages scolaires.

RFI

L’humiliation : dernier vestige de la Françalgérie ?

0
Françafrique

Il fut un temps où la France menait la guerre en Algérie avec des balles, des bombes et des camps de torture. Aujourd’hui, elle la mène avec des visas refusés, des déclarations condescendantes et des provocations bien pesées. Les méthodes ont changé, mais l’objectif semble toujours le même : rappeler, subtilement ou brutalement, qui a dominé qui.

L’humiliation, cet art délicat que la diplomatie française semble maîtriser à la perfection, est sans doute le dernier vestige tangible de la Françalgérie. Débarrassée de ses casernes coloniales mais pas de ses réflexes impériaux, la République se plaît à rappeler à son ancienne colonie que l’indépendance est un concept… à géométrie variable. On ne tire plus sur le FLN, mais on réduit les visas des étudiants algériens. On ne capture plus les maquisards, mais on instrumentalise la mémoire coloniale au gré des intérêts électoraux. On ne pille plus les ressources, mais on snobe les demandes d’excuses officielles comme on refuse l’entrée à des ministres algériens.

Cette logique s’inscrit dans une longue tradition de tensions entre les deux pays, où chaque avancée est suivie d’un recul. En 2017, Emmanuel Macron avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité », suscitant l’espoir d’une reconnaissance plus franche.

Mais les années suivantes ont montré les limites de cette démarche, avec des excuses partielles et des silences calculés sur certaines exactions françaises. En 2021, la commission Stora recommandait des gestes de réconciliation, mais les excuses officielles restaient un tabou. En 2025, la situation reste identique : des mots, des promesses, mais jamais l’acte qui scellerait une véritable reconnaissance.

De son côté, Alger ne se laisse pas faire. L’Algérie d’aujourd’hui a les moyens de répondre coup pour coup, et elle le fait avec un art tout aussi consommé du bras de fer symbolique. Expulsions en représailles, blocages diplomatiques, alliances stratégiques avec des puissances concurrentes de la France…

C’est un duel où chaque partie s’accroche à sa fierté blessée. La Françalgérie est officiellement morte, mais son fantôme continue d’errer, alimenté par un mélange de rancune historique et de mépris réciproque.

Le dernier épisode en date ? La reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, un coup de poignard diplomatique pour Alger. Un geste qui montre que Paris, loin de jouer l’apaisement, sait encore raviver les plaies quand cela l’arrange. Et que dire du tollé provoqué par la récente réduction drastique des visas accordés aux Algériens ? Un simple levier diplomatique, nous dit-on à Paris.

Une humiliation de plus, répond-on à Alger. L’expulsion en janvier 2025 de plusieurs journalistes français sous prétexte d’ »ingérence » dans les affaires internes algériennes est venue en écho à cette guerre froide diplomatique.

Les tensions ne s’arrêtent pas là. En février 2025, des déclarations du ministre français de l’Intérieur sur la nécessité de « réviser » les accords d’immigration avec l’Algérie ont ravivé le sentiment d’humiliation nationale. En parallèle, Alger intensifie sa coopération avec Moscou et Pékin, affichant une volonté claire de s’éloigner de l’influence française. Les investissements chinois dans les infrastructures algériennes et les ventes d’armes russes ont donné des sueurs froides à l’Élysée, qui voit son influence s’éroder progressivement.

L’humiliation est-elle alors la seule chose qui reste à la France pour asseoir son influence en Algérie ? À force d’alterner entre gestes d’apaisement et coups de boutoirs, Paris semble coincé dans un entre-deux : trop nostalgique pour traiter Alger d’égal à égal, mais trop affaibli pour imposer son diktat comme au bon vieux temps. Pendant ce temps, l’Algérie, consciente de son poids géopolitique grandissant, joue la carte de l’affrontement symbolique, s’érigeant en rempart contre une arrogance française jugée insupportable.

Jusqu’à quand ce jeu d’humiliations mutuelles ? Peut-être jusqu’à ce qu’une des deux parties, lassée du théâtre, décide enfin d’écrire un nouveau chapitre. Ou peut-être pas. Après tout, la Françalgérie est peut-être finie, mais l’humiliation, elle, semble éternelle. Comme le disait Paul Valéry : « La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. » Sauf qu’ici, ce n’est plus une guerre, juste une habitude bien ancrée.

 Dr A. Boumezrag

Porto tiède et chorba brûlante : rupture du jeûne… ou du dialogue ?

0
Macron

Il est 19h à Alger, le premier jour du Ramadan touche à sa fin. Dans chaque foyer, la chorba fume, symbole de chaleur, de réconfort et de tradition. À Porto, quelques heures plus tôt, le président français Emmanuel Macron a pris la parole, en direct du Portugal, pour évoquer l’état des relations entre la France et l’Algérie

Les déclarations étaient tout aussi brulantes que la soupe de Ramadan, mais dans un autre registre : un mélange de prudence, d’appels à la réconciliation, mais aussi de mises en garde. En substance : l’Algérie doit réengager un travail « de fond » sur les sujets de l’immigration et des droits de l’homme. Pas de rupture nette, mais un appel à plus de coopération, à un réajustement des relations. Voilà qui pourrait sonner comme une invitation à poser la cuillère et revenir à la table… sauf qu’à Alger, ce genre de message ne se reçoit jamais aussi tranquillement.

Un dialogue sur le fil du rasoir

La veille alors qu’il se trouve en visite officielle au Portugal, Emmanuel Macron s’est exprimé sur la relation franco-algérienne en des termes à la fois mesurés et directs. Il a appelé à « réengager un travail de fond » avec l’Algérie pour surmonter les tensions actuelles, particulièrement autour de la question de l’immigration et des droits de l’homme. À ce propos, il a souligné l’importance des accords bilatéraux, tout en mettant en garde contre les « jeux politiques » et l’usage de l’armoire à contentieux à des fins internes. La France, selon Macron, ne peut pas ignorer la question de la coopération sur les migrants, mais elle attend aussi un engagement plus fort de la part de l’Algérie sur la question des libertés et des droits humains.

Le timing, évidemment, n’est pas anodin. La France, en proie à des vagues d’attentats et de tensions internes, cherche à stabiliser sa politique migratoire, et l’Algérie reste un partenaire clé dans cette gestion. Mais la réponse algérienne, bien que modérée, n’a pas tardé à faire comprendre qu’on ne parle pas impunément du retour des « indésirables » sans que le sujet ne soit traité avec la déférence qu’il mérite.

Une rupture… de façade ?

En dépit des tensions, il y a une constante dans la relation franco-algérienne : la nécessité de maintenir un dialogue. Les deux pays, malgré leurs divergences, n’ont guère le luxe de s’ignorer. Le gaz algérien, la lutte contre le terrorisme et les enjeux migratoires font de l’Algérie un partenaire stratégique dont la France ne peut se passer. Mais, bien que les deux présidents évoquent des « avancées » et des « compromis », il est évident que la confrontation de fond sur les mémoires coloniales, les droits humains et les questions économiques sous-jacentes demeure.

Au cœur de cette tension, les accords de 1994 sur les expulsions et le contrôle migratoire sont devenus un point de friction supplémentaire. La France veut que l’Algérie accepte d’en reprendre plus largement ses ressortissants en situation irrégulière, mais l’Algérie, de son côté, réaffirme qu’il s’agit d’une question qui dépasse la simple gestion administrative et qu’elle est politisée. Le nombre d’expulsions de ces dernières années ne cesse de faire monter la pression sur le terrain.

L’éternel revient du même

Alors, cette fois-ci, y at-il une rupture, ou bien ce n’est véritablement encore qu’un autre tour de la danse des relations franco-algériennes ? La question se pose, mais la réponse semble évidente : l’histoire se répète. Les échanges sont accrochés à une corde fragile, un équilibre tenu entre tension et coopération. Après chaque crise, les deux pays se retrouvent à la table de négociation, conscients de leurs interdépendances, mais toujours figés dans une sorte de danse sans fin.

Macron parle de réconciliation, mais ses propositions restent un appel à l’action. Il insiste sur la nécessité de dépasser les rancunes et les clivages, de « tourner la page ». Mais, à Alger, on attend toujours un geste plus significatif, plus profond, un engagement plus clair sur la reconnaissance des blessures du passé.

Comme le disait Nietzsche : « L’histoire est un éternel retour : on croit avancer, mais on tourne en rond. »

Peut-être qu’un jour, la France et l’Algérie se quitteront enfin ce cercle vicieux, mais ce jour ne semble pas encore arrivé. En attendant, le vin reste tiède, la soupe brûlante, et les débats, eux, continuent sans fin.

Dr A. Boumezrag