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lundi 9 mars 2026
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Quand l’Algérien parle mieux français… que les Français…

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Français

François Bayrou, Premier ministre français, vient de nous offrir une nouvelle perle de la diplomatie franco-algérienne : selon lui, l’Algérie mènerait un combat acharné contre la langue française. Voilà une affirmation qui, si elle n’était pas aussi grotesque, prêterait presque à sourire.

Car enfin, Monsieur le Premier ministre, comment peut-on oser avancer pareille ineptie quand on sait que l’Algérie respire en français, débat en français, signe ses accords en français et continue de produire une littérature francophone d’une richesse inégalée ? Un combat contre le français, dites-vous ? Drôle de guerre alors, menée dans les couloirs des administrations, dans les entreprises et jusque dans les conversations du quotidien.

Une Histoire écrite en français… malgré ellePermettez-moi un petit retour en arrière. Dans les années 1950, l’Algérien « indigène », comme on aimait l’appeler dans la République une et indivisible, savait dessiner la carte de la France les yeux fermés. Il récitait par cœur les fleuves hexagonaux et l’histoire de Clovis pour décrocher un diplôme qui, au final, le destinait aux travaux manuels. L’élitisme républicain s’arrêtait aux frontières de la Méditerranée. 

À l’indépendance en 1962, 85 % des Algériens étaient analphabètes, conséquence d’un système éducatif conçu pour exclure. La France n’a pas enseigné sa langue aux Algériens par générosité, mais pour asseoir son hégémonie coloniale.

Et pourtant, lorsqu’il a fallu rédiger la Déclaration du 1er novembre 1954, lancer la révolution et signer les Accords d’Évian, c’est bien en français que cela s’est fait. La première Constitution algérienne ? Rédigée en français. Les accords de libre circulation entre nos deux pays ? En français aussi.

L’Algérie indépendante a certes entrepris une politique de valorisation de l’arabe et du tamazight, mais jamais au détriment du français, qui demeure la langue des sciences, du commerce et de la diplomatie. Il suffit d’assister aux débats parlementaires, de consulter la presse ou d’ouvrir un manuel universitaire pour constater que cette langue y règne encore en maître.

Aujourd’hui encore, un tour dans n’importe quel ministère, une réunion d’entreprise ou une discussion au café suffit pour comprendre que le français n’a jamais été aussi vivant en Algérie. Près de 33 millions d’Algériens, soit 70 % de la population, le pratiquent quotidiennement. L’Algérie est le deuxième pays francophone au monde après la France ! Les écoles privées et instituts de formation en langue française fleurissent, et les universités algériennes publient encore massivement leurs travaux en français. D’ailleurs, paradoxalement, la France délivre chaque année des milliers de visas étudiants à de jeunes Algériens désireux de poursuivre leurs études… en français.

Sur le plan économique, les entreprises françaises implantées en Algérie n’ont pas à se battre pour imposer la langue de Molière : elle est la langue du business. Bouygues, Total, BNP Paribas et autres géants français ne s’en plaignent pas, bien au contraire.

Mais au-delà des constats linguistiques, il y a un autre malaise que votre déclaration tente de masquer, Monsieur le Premier ministre. Lorsque l’écrivain franco-algérien en détention en Algérie remet en question l’intégrité du territoire national, vous montez au créneau pour défendre la liberté d’expression. Mais où était cet élan protecteur quand Yasmina Khadra, auteur majeur traduit dans le monde entier, portait haut et fort la francophonie algérienne ? Étrangement, son œuvre colossale, qui fait rayonner le français bien au-delà des cercles parisiens, semble ne pas mériter votre soutien.

Ce « deux poids, deux mesures » n’est pas anodin. Il trahit une inquiétude plus profonde : la France ne défend pas tant la langue française que l’idée d’un français qui lui appartient, un français sous tutelle, un français qu’elle pourrait encore contrôler. Or, c’est bien cela qui dérange : voir l’Algérie s’approprier cette langue et la faire sienne sans rendre de comptes.

Alors, Monsieur Bayrou, arrêtons un instant la politique de posture. L’Algérie ne combat pas le français, elle s’émancipe d’une tutelle linguistique imposée, ce qui n’a rien d’un rejet. Loin de s’éteindre, la langue de Molière vit, se transforme, se métisse, portée par des générations qui l’ont faite leur. Et si la France, au lieu de se poser en victime imaginaire, s’interrogeait sur sa propre difficulté à renouveler son influence ?

Parce qu’à bien y réfléchir, Monsieur le Premier ministre, la vraie question n’est pas de savoir si l’Algérie combat le français, mais plutôt pourquoi la France craint tant de ne plus en avoir le monopole.

Ainsi, la langue française n’a jamais été aussi vivante en Algérie, bien qu’elle y ait été imposée par la force avant d’être adoptée par l’intelligence. Ce n’est pas l’Algérie qui la combat, c’est la France qui peine à assumer qu’elle ne lui appartient plus exclusivement. L’héritage linguistique ne se décrète pas, il se vit, se façonne et se réinvente bien au-delà des frontières de l’Hexagone.

Pour conclure, permettez-moi de détourner cette célèbre citation de Talleyrand : « La France a tout appris à l’Algérie, sauf à s’en passer. » 

Quoi qu’on dise, la presse française peine à reconnaître cette réalité : la francophonie ne se limite plus à la France et ne lui appartient plus en exclusivité. Lorsqu’il s’agit de défendre un écrivain remettant en cause l’intégrité territoriale de l’Algérie, elle crie à l’atteinte aux libertés. Mais quand il s’agit de célébrer des figures comme Yasmina Khadra, qui portent la langue française avec brio au-delà des frontières, le silence est assourdissant.

Au fond, cette posture révèle une difficulté à accepter que le français, jadis outil de domination, soit devenu un espace d’expression libre et affranchi, y compris en Algérie. C’est peut-être cela qui dérange : une langue qui échappe à son ancien maître, qui se transforme, évolue, et prospère… sans lui.

À l’ancien ministre de l’Éducation nationale devenu Premier ministre, on pourrait dire ceci :

Monsieur Bayrou, vous qui avez consacré une partie de votre carrière à défendre la langue française, vous devriez être le premier à vous réjouir de sa vitalité en Algérie. Mais au lieu de cela, vous semblez regretter qu’elle y vive librement, affranchie de la tutelle française.

Vous savez mieux que quiconque que l’Algérie n’a jamais combattu le français. Elle l’a conquis après l’avoir subi, elle l’a transformé après l’avoir appris, et aujourd’hui, elle le fait rayonner bien au-delà de vos inquiétudes rhétoriques.

Alors pourquoi cet acharnement à voir dans l’Algérie une menace pour votre langue, quand c’est peut-être elle qui lui offre aujourd’hui un second souffle ? Ne serait-il pas temps de reconnaître que le français ne se meurt pas en Algérie, mais qu’il y renaît, tout simplement… sans votre permission ?

Si la vitalité du français en Algérie se mesurait aux visas accordés par la France, alors il devrait admettre que Paris ne délivre pas des documents de voyage, mais bien des certificats d’attachement linguistique. Pourtant, l’amour d’une langue ne se quémande pas à une ambassade, et encore moins à travers un passeport, fût-il diplomatique.

Le français en Algérie n’a pas besoin de visa pour circuler dans les rues d’Alger, d’Oran ou de Constantine. Il n’a pas attendu une approbation de l’Élysée pour s’ancrer dans la culture, la littérature et les débats du quotidien. Il n’est pas un privilège accordé à quelques-uns, mais une réalité partagée par des millions d’Algériens.

Alors, Monsieur Bayrou, si votre inquiétude pour le français en Algérie se résume à une affaire de visas et de passeports, c’est que vous avez déjà perdu le vrai combat : celui de la transmission naturelle d’une langue qui se vit, se transforme et prospère, qu’on le veuille ou non.

Monsieur Bayrou, Le français en Algérie n’a pas attendu votre aval pour exister, ni votre inquiétude pour survivre. Ce que l’Histoire a imposée, l’Algérie l’a transcendée. Ce que la colonisation a forcée, l’intelligence collective l’a transformée. Aujourd’hui, le français y est un butin de guerre devenu outil de pensée, un héritage imposé devenu ric

Alors, cessez d’agiter l’épouvantail d’un prétendu combat contre votre langue. Le seul combat qui se joue, c’est celui de l’émancipation d’un français qui ne vous appartient plus. Et si cela vous dérange.

Dr A. Boumezrag

Krim Belkacem : un livre enquête sur son assassinat publié par Farid Alilat

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« Krim Belkacem, un crime d’Etat »
« Krim Belkacem, un crime d’Etat »

Le journaliste Farid Alilat a publié « Krim Belkacem, un crime d’Etat : règlements de comptes au coeur du pouvoir algérien », un livre-enquête truffé de révélations sur l’assassinat de Krim Belkacem, chef historique du FLN et signataire des accords d’Évian.

20 octobre 1970, dans une chambre de l’Intercontinental de Francfort, Krim Belkacem est retrouvé mort, assassiné deux jours auparavant.

Homme politique algérien faisant partie des neuf membres historiques du Front de libération nationale (FLN) durant la guerre d’indépendance algérienne, il a signé, en tant que plus haut gradé des anciens maquisards, les accords d’Évian, et sera par la suite un fervent opposant à Boumédiène.

Pourquoi et comment Krim Belkacem s’est-il retrouvé dans cette chambre d’hôtel ? Comment, entre Alger, Paris, Rabat, Genève, Beyrouth et Francfort, s’est tramé son assassinat ? Quels en sont les commanditaires ?

Cinquante-quatre ans plus tard, sa mort est encore nimbée de mystères. Grâce à des documents exclusifs obtenus auprès des archives de la police et de la justice allemandes et auprès de la famille, Farid Alilat répond à ces questions au cœur d’une enquête brillamment menée, conduite en Allemagne, en France, en Suisse, au Liban et au Maroc.

Par sa connaissance approfondie de l’histoire et de la politique algériennes, le journaliste retrace dans ce récit qui se lit comme un roman haletant un des moments clés des relations entre l’Algérie et la France : que nous dit cet assassinat des relations entre les deux pays ?
Il revient pour ce faire sur la guerre d’Algérie, l’importance du rôle de De Gaulle dans le processus d’indépendance, la présence de Krim Belkacem en France, qui savait que sa tête était mise en prix, et sur l’intrication des différents réseaux, avec pour commanditaire Boumédiène.

Syrie : plus de 1000 morts dans des exactions et combats

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Syrie

Le chaos règne dans certains partie de la Syrie depuis trois jours. Le nouveau bilan donné samedi soir par l’ONG porte à 1018 le nombre total de morts dans les violences qui touchent le pays depuis trois jours.

Le dirigeant syrien Ahmed al-Charaa a appelé, dimanche 8 mars, à l’unité nationale et à la paix civile. « Si Dieu le veut, nous serons capables de vivre ensemble dans ce pays », a encore déclaré celui qui a dirigé la coalition islamiste sunnite ayant renversé Bachar al-Assad le 8 décembre. Une prise de parole qui intervient alors que 745 civils ont été tués en trois jours dans le pays selon le dernier bilan de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) publié samedi soir. Ces violences sont les premières de cette ampleur depuis la prise de pouvoir de la coalition rebelle emmenée par le groupe islamiste radical sunnite Hayat Tahrir al-Sham, HTS.

Elles ont éclaté jeudi après plusieurs jours de tensions dans la région de Lattaquié, un bastion de la minorité musulmane alaouite, dont est issu le clan Assad. Depuis, « 745 civils alaouites ont été tués dans les régions de la côte syrienne et des montagnes de Lattaquié par les forces de sécurité et des groupes affiliés », selon le bilan publié en début de soirée par l’ONG. 

L’ONU appelle à la fin des hostilités

Cela porte le bilan des violences à 1018 morts, dont 273 membres des forces de sécurité et des combattants loyaux au clan Assad, selon la même source. L’ONG, basée au Royaume-Uni et disposant d’un vaste réseau de sources en Syrie, pointe des « exécutions sur des bases confessionnelles ou régionales ».

L’agence de coordination humanitaire de l’ONU (OCHA) a exhorté samedi les parties à « cesser immédiatement les hostilités et à épargner les civils ». La France a condamné avec « la plus grande fermeté les exactions qui ont frappé des civils sur une base confessionnelle et des prisonniers » en Syrie et les Eglises syriennes ont dénoncé les « massacres de civils innocents » et appelé « à une fin immédiate de ces actes horribles ».

Avec Francetvinfos

Sidi Larvi d Ḥmaddac

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Kabylie ancienne.
Carte postale d'illustration. Kabylie ancienne.

Sidi Larvi d Ḥmaddac d imdukal seg wasmi llan d iggerden. Ksen akken, laεben akken.

Ass-nni, ihi, ramḍan d ramḍan… atni uɣalen-d di ssuq n lḥed. Leḥun-d af ḍar, dac dac kan deg webrid izergniwen, teddun ar taddart. Bɣan ad ṣiwḍen lawan n tadanit n Ccix. Ciṭuḥ akka, mlalen-d lεasker-nni urumi. Imir-nni mazal d lgira.

Inteq Ḥmaddac ar Sidi Lεarbi, yenna-yas

– Wa Sidi Lεer…, nnteq kan ar irumyen-agi… steqsisen sani i tebbed saεa-nni, iwakken ur ɣ ccakaten-ara. Keččini tesṭarḍiqeḍ tameslayt-agi nnsen. Steqsisen kan !

Sidi Lεarbi icuf uqenddur-is, mi s-yenna Ḥmaddac kečč tesneḍ tameslayt-nnsen. Netta di tidet cwiṭ n taεrabt kan i yerɣra di temεemmart n Sidi Ɛli Tɣalat. Maεna ulamek yuker taqejjirt. Dɣa iruḥ ar cif-nni nnsen… ibda isharwiḍ akk dinna… isḥilif akk s ifassen-is, yesenεat-as lḥekka n afus-is andda kan tteqnen saεa. Ur yefhim tapyut deg wayen i s d-yenna Cif-nni. Yenna-yas mirsi, iqqel-d ar Ḥmaddac.

Yesteqsa-t Ḥmaddac :

-Amek ihi ? D acu i k-id-yenna ?

-Yenna-yi-d attan d zuǧ d wezgen!

Uɣalen kemmlen abrid-nnsen ar taddart s laεqel s laεqel… alami slan i Ccix ittedden lmeɣreb.

Ḥmaddac yewhem, yenna-yas i Sidi Lεarbi : -D acu-t wakka a Sidi Lεarb…? Tenniḍ-iyi-d, yenna-yak uεeskriw attan d zuǧ d wezgen, ar deqel Ccix atan itedden lmeɣreb? Ula d itij ara tettwalid atan yeɣli !

Sidi Lεarvi… irra-yas-d:

-Wa Ḥmidduc! Aεni tḥeqreḍ annect-a yakk i d-nelḥa !

Ahmed Aït Bachir

Massacres en Algérie : Jean-Michel Aphatie donne sa version

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Massacres français

Le chroniqueur Jean-Michel Aphatie s’explique, sur les réseaux sociaux, sur sa mise à l’écart de RTL et sur les massacres d’Algériens par l’armée françaises pendant la guerre.

Je ne reviendrai pas à RTL. C’est ma décision. Voici pourquoi. Il y a quinze jours, mes propos sur la colonisation algérienne ont créé le débat. La direction de la radio m’a dit avoir enregistré de nombreuses protestations de la part des auditeurs.

Pour faire droit à l’émotion suscitée, il m’a été demandé de ne pas me présenter la semaine suivante, en m’indiquant que je serai le bienvenu, ensuite, pour continuer à défendre mes points de vue sur l’antenne. J’ai compris et admis la démarche des dirigeants de RTL.

Je l’ai trouvé équilibrée et respectueuse à mon égard. Et puis, le jour de suspension est arrivé. C’était mercredi dernier. À partir de là, concrètement confronté à ce qu’il faut bien appeler une punition, ma perception de la situation s’est modifiée.

Même décidée dans le cadre d’un dialogue serein et compréhensif, une punition reste une punition. Si je reviens sur l’antenne de RTL, je la valide, donc je reconnais avoir fait une faute. C’est un pas que je ne peux pas franchir. J’attache un prix particulier à la question de la présence française en Algérie entre 1830 et 1962. Je ne suis pas concerné personnellement.

Ni mon père, ni mes oncles, ni d’autres membres de ma famille n’ont participé à la guerre d’Algérie. Je n’ai pas non plus de connexions ou de liens avec des Français rapatriés de ce pays. J’ai découvert cette histoire de manière banale. Je me suis intéressé, voilà déjà longtemps, aux conditions du retour au pouvoir du général de Gaulle, en mai 1958.

La question du maintien de l’Algérie dans la France était au cœur de la crise politique. Je me suis alors demandé ce qu’était cette situation, quelle était la nature de la présence française et aussi celle de la cohabitation des communautés sur ce territoire. Ce que j’ai lu dans les livres écrits par des historiens méticuleux m’a horrifié. Les massacres de musulmans se sont succédés tout au long des 132 ans d’occupation. Un statut dit d’indigénat, appliqué à partir de 1881, a privé les premiers occupants de l’espace de tous droits et leur a imposé des servitudes archaïques et injustes.

Chassés des terres les plus riches, ils ont végété dans l’extrême pauvreté. La scolarisation des enfants a été parcimonieuse. Tout ceci dresse un tableau indigne de la France au regard des valeurs d’humanité qui font sa réputation dans le monde. J’ai vécu comme une injustice maintenue l’absence de reconnaissance officielle par le colonisateur des traitements dégradants infligés à cette population. Les propos que je tiens sur ce sujet depuis des années sont liés à ce sentiment. Pour cette raison, et pour cette raison seulement, je ne peux pas accepter d’être puni pour les avoir répétés. Je regrette la situation qui s’est créée. J’ai passé de belles années professionnelles à RTL.

C’est une radio que j’aime. Mais c’est ainsi. Une précision pour terminer, parce que j’ai vu à l’œuvre durant ces derniers jours ces faux nationalistes qu’effarouchent les vérités de l’histoire. Le pouvoir algérien d’aujourd’hui est une dictature. Il l’est depuis 1962. Le peuple algérien mérite, comme tous les peuples, la liberté et la justice. Il en est, hélas, privé depuis trop longtemps. Par ailleurs, je m’associe, comme je l’ai fait depuis le début, aux demandes de libération de Boualem Sansal, injustement emprisonné à Alger.

Un jour, c’est mon espoir, la France, mon pays, conviendra de sa part d’inhumanité dans l’histoire. Etonnant, non ?

Jean-Michel Aphatie

L’armée française a utilisé des armes chimiques en Algérie    

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Armes chimiques

La France a utilisé des armes chimiques, interdites par le Protocole de Genève de 1925, dans sa guerre contre l’Algérie de 1954 à 1959, révèle le film Algérie, sections armes spéciales (qui sera diffusé sur la Radio Télévision suisse ce 9 mars).

La France avait pourtant été la première des 135 nations à signer l’accord contre ces armes, abondamment utilisées pendant la Première Guerre mondiale.

Le film Algérie révèle ce honteux secret. Les souvenirs et les archives personnelles de soldats français et de combattants ou de civils algériens sont convoqués par Claire Billet, la réalisatrice du film, à l’appui d’une démonstration qui s’appuie sur les travaux de l’historien Christophe Lafaye, engagé dans un mémoire d’habilitation de recherche consacré à ce sujet.

Malgré de nombreux obstacles administratifs, Christophe Lafaye, spécialiste d’histoire militaire, a exhumé plusieurs documents qui décrivent comment la décision politique a été prise, en mars 1956, comme en atteste un courrier du commandant supérieur interarmées de la 10e région militaire (qui couvre l’Algérie) au secrétaire d’Etat aux Forces armées (terre), Maurice Bourgès-Maunoury, intitulé : « Utilisation de moyens chimiques «. « Le colonel des armes spéciales m’a rendu visite. Il m’a annoncé qu’il avait obtenu votre accord de principe relatif à l’utilisation des moyens chimiques en Algérie».

En septembre 1956, le compte-rendu d’une réunion tenue à l’état-major des Armées produit « une étude de politique générale d’emploi des armes chimiques en Algérie». Le but était d’infecter les grottes où se réfugient les «insurgés «– que les documents de l’époque qualifient de « hors la loi « –, faire prisonniers ou tuer leurs occupants, et les rendre impraticables.

Dès lors, l’armée effectue des tests pour déterminer « le produit à utiliser dans chaque cas particulier «, les modes d’emploi et les personnels qui devront se consacrer à ces missions : une batterie armes spéciales (BAS) est créée en décembre 1956. Une centaine de sections seront réparties sur tout le territoire algérien par le général Salan. Le plan Challe révisera cette organisation en 1959.

Les produits sont prélevés dans les stocks de la Grande Guerre. Il s’agit de CN2D, conditionné dans des grenades et dans des pots : un dérivé arsénié (Adamsite ou DM) combiné à de la chloroacétophénone (CN) très toxique.

Le film rencontre aussi des survivants algériens de la grotte de Ghar Ouchettouh, dans les Aurès, gazée le 22 mars 1959 avec près de 150 villageois à l’intérieur.

Selon Christophe Lafaye, 8 000 à 10 000 gazages ont été conduits pendant toute la guerre. L’historien en a documenté 440, qu’il a fixés sur une carte. L’inventaire complet reste à faire. Il a fallu attendre 1993 pour que la France vote l’interdiction définitive des armes chimiques et de leur fabrication.

Le film «Algérie, sections armes spéciales», de Claire Billet, produit par Luc Martin-Gousset, pour SOLENT Pproduction, 52 mn, sera diffusé par la Radio Télévision suisse le 9 mars et sur France 5 le 16 mars.

APS

Droits humains en Algérie : le rapport de la Rapporteuse de l’ONU

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Mary Lawlor, sur sa visite en Algérie.
Mary Lawlor

Nous publions ci-dessous le rapport intégral de la Rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs et défenseuses des droits humains, Mary Lawlor, sur sa visite en Algérie.

La Rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs et défenseuses des droits humains, Mary Lawlor, a effectué une visite officielle en Algérie du 25 novembre au 5 décembre 2023. L’objectif de cette visite était d’évaluer la situation des défenseurs et défenseuses des droits humains, dans le contexte des obligations de l’État en vertu du droit international des droits de l’homme, y compris la Déclaration sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de la société de promouvoir et protéger les droits de l’homme et les libertés fondamentales universellement reconnus (Déclaration sur les défenseurs des droits de l’homme).

Lire ci-dessous le rapport.

Algérie, le grand écart diplomatique : Moscou, Pékin, Washington, Paris hors jeu

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MAE
Ministère des Affaires étrangères

Dans l’art subtil de la diplomatie, l’Algérie s’est imposée comme une gymnaste hors pair, enchaînant les contorsions stratégiques avec une agilité déconcertante. Entre Moscou, Washington et Pékin, Alger jongle avec ses alliances comme un équilibriste sur un fil tendu au-dessus du vide. Quant à Paris ? Un spectateur désabusé relégué au rôle de l’ancien amant déçu.

L’Algérie et la Russie, c’est une vieille histoire d’amour, cimentée par des chars, des missiles et des contrats d’armement en pagaille. Le Kremlin continue d’alimenter les entrepôts de l’ANP, faisant de l’Algérie l’un de ses clients les plus fidèles.

Et puis, il y a l’affinité idéologique : un régime qui préfère le pragmatisme autoritaire à la cacophonie démocratique, ça crée des liens. En retour, Alger s’abstient prudemment sur les résolutions de l’ONU condamnant l’invasion de l’Ukraine, préservant ainsi une neutralité qui n’en est pas vraiment une.

D’un autre côté, l’Algérie sait que jouer les satellites russes a ses limites. Dans un monde où l’on ne peut plus se contenter d’une seule carte, Alger flirte aussi avec Washington. Les Américains, toujours à l’affût d’influencer la région, ferment les yeux sur certaines pratiques locales en échange d’une stabilité régionale garantie et d’une écoute sur les questions de lutte contre le terrorisme. Certes, la Maison-Blanche n’a pas la même ferveur que Moscou, mais elle sait récompenser les « bons élèves » par quelques gestes symboliques : accords économiques, coopération sécuritaire, et cette douce illusion de reconnaissance internationale.

Et puis, il y a la Chine. Silencieuse, efficace, redoutablement pragmatique. Pékin ne s’embarrasse pas de questions de droits de l’homme ou de libertés individuelles. Non, ce qui compte, c’est le béton, les infrastructures, et les contrats juteux. Les entreprises chinoises sont partout en Algérie : elles construisent routes, hôpitaux, barrages et raffineries à la chaîne. En échange, Pékin s’assure un accès privilégié aux ressources naturelles algériennes et un marché captif pour ses produits.

Et Paris dans tout ça ?Autrefois omniprésente, la France assiste impuissante à sa relégation. Les relations franco-algériennes oscillent entre rancœurs historiques et malentendus diplomatiques. Chaque tentative de réchauffement est émaillée de polémiques, entre mémoires blessées et intérêts économiques contrariés.

L’Algérie, équilibriste ou funambule en sursis ?Dans ce grand jeu des puissances, Alger a fait son choix : diversifier ses partenaires, maintenir un équilibre instable, et se positionner comme un acteur incontournable. Mais cette posture est-elle tenable sur le long terme ?

Si le grand écart diplomatique offre des marges de manœuvre, il comporte aussi le risque d’une chute brutale. L’histoire récente a montré que jouer sur plusieurs tableaux peut vite devenir une danse dangereuse, surtout quand les partenaires eux-mêmes redéfinissent leurs priorités. L’Algérie peut-elle indéfiniment osciller entre ses différentes alliances sans devoir faire un choix plus clair ? La suite de l’histoire nous le dira.

En conclusion, l’Algérie s’impose comme la gymnaste diplomatique du XXIe siècle, jonglant avec ses partenaires comme un équilibriste sur un fil tendu, entre Moscou, Washington et Pékin, tout en jetant un regard distrait à Paris, relégué au rang de spectateur éploré. La grande question demeure : jusqu’à quand cependant l’Algérie pourra-t-elle continuer cette danse acrobatique sans risquer une chute vertigineuse ? La diversité de ses alliances peut sembler être une force, mais elle a aussi un goût d’illusion, car dans le monde impitoyable de la géopolitique, même l’équilibriste le plus habile peut voir son fil se rompre. À ce moment-là, peut-être que Paris, dans sa posture désabusée, aura trouvé une nouvelle stratégie pour reprendre le jeu… ou pas.

Et qui sait, peut-être que ce grand écart diplomatique d’Alger ne cache en réalité qu’un dernier tour de passe-passe, une manière subtile de garder toutes les options ouvertes, tout en sachant pertinemment que l’heure des choix viendra inévitablement. L’Algérie pourrait bien finir par se retrouver à devoir choisir entre ses alliés historiques et ses partenaires plus récemment choisis, ce qui pourrait bien la contraindre à une nouvelle gymnastique stratégique encore plus acrobatique. Mais après tout, dans ce numéro d’équilibriste, pourquoi se presser de choisir ? Tant que les contrats échouent et les partenariats fructifiants, l’Algérie pourrait bien savourer cette période de flottement. Une fois le rideau tombé, qui se souviendra du funambule en sursis ?

Peut-être que dans quelques années, lorsque l’Algérie aura épuisé ses acrobaties diplomatiques, on se souviendra de cette époque comme celle où la danse du grand écart a été la règle et non l’exception. Mais comme toute performance de cirque, la tension monte inévitablement, et la chute, si elle survient, pourrait être d’autant plus spectaculaire. À moins que, dans une pirouette finale, l’Algérie ne parvienne à transcender ce jeu d’équilibre et à imposer un scénario où ses anciens partenaires, désormais lassés de ses jongleries, viendront elle-même à sa rencontre, en quête de nouveaux repères. Mais tout cela, bien sûr, relève encore de l’art de la diplomatie… ou de l’illusion de la maîtrise.

Au fond, la grande question reste celle de la durée. Le jeu d’équilibre d’Alger, si habilement orchestré, peut-il vraiment échapper aux lois du temps et de la pression géopolitique ? Car dans ce monde où les alliances sont souvent plus fragiles que le fil d’un funambule, le moindre faux mouvement pourrait transformer une danse délicate en une chute brutale. Peut-être que, dans un ultime acte de cynisme, l’Algérie sacrifiera cette posture acrobatique au profit d’un choix plus radical, mais plus risqué. Car après tout, l’histoire a montré que ceux qui osent remettre en question le statu quo finissent parfois par en redéfinir les règles. Mais en attendant, le grand écart diplomatique continue, avec, pour spectateurs, des puissances prêtes à applaudir… ou à se détourner.

« Dans le jeu des puissances, l’équilibre est une illusion, et l’Algérie, funambule aguerri, sait qu’à force de danser sur le fil, le moindre faux pas peut tout faire basculer. »

Dr A. Boumezrag

Cherif Mellal mène une grève de la faim depuis 4 jours

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Cherif Mellal

L’ancien président de la JSK met encore une fois sa vie en danger pour dénoncer l’arbitraire qui le ronge. Condamné à 4 ans de prison, il mène depuis quatre jours une grève de la faim à la prison, informe Me Fetta Sadat.

Le détenu d’opinion Cherif Mellal est en détention depuis le 19 janvier 2023. Il observe une grève de la faim depuis le 3 mars 2025, selon l’avocate.

Une condamnation à une peine de quatre ans de prison ferme a été infligée à Cherif Mellal par jugement rendu par le pôle pénal économique et financier sis au tribunal de Sidi M’hamed en date du 23/10/2024, jugement confirmé dans toutes ses dispositions par arrêt rendu par la chambre pénale près la cour d’Alger en date du 25/02/2025, ajoute l’avocate.

Lors de son procès en appel, il y a une quinzaine de jours, le représentant du ministère public avait requis l’aggravation de la peine.

Pour sa part, le collectif de défense « a mis en évidence les irrégularités flagrantes, multiples et multiformes qui ont entaché les poursuites engagées contre leur client », avait expliqué précédemment son avocate.

La rédaction

Gaz et pétrole algérien : Paris s’embrouille, Rome se débrouille

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Pétrole

En diplomatie comme en amour, il y a ceux qui séduisent et ceux qui s’illusionnent. Entre Paris et Alger, l’histoire d’un couple maudit continue : incompréhensions, reproches, crises de jalousie et promesses non tenues.

La France, toujours enfermée dans son roman national, croit encore que quelques déclarations grandiloquentes et des bouderies institutionnelles suffisent à maintenir une relation privilégiée. Pendant ce temps, l’Italie, elle, a compris que l’essentiel ne réside ni dans les serments ni dans les postures morales, mais dans les actes concrets. Et en l’occurrence, ces actes s’écrivent en barils de gaz.

Là où Paris ressasse les blessures du passé, Rome signe des contrats. Là où la diplomatie française tente encore de convaincre Alger que les regrets valent bien une alliance, l’Italie installe des pipelines. Pendant que Macron s’évertue à jongler entre mémoire sélective et discours culpabilisants, Giorgia Meloni, elle, fait ce que la realpolitik exige : elle négocie, elle flatte, elle engrange. Résultat ? Paris s’embourbe, Rome prospère.

Historiquement, la relation franco-algérienne est un champ de mines émotionnel. La mémoire coloniale y est omniprésente, les rancunes bien ancrées, et chaque faux pas se paie en tensions diplomatiques. La France persiste à parler d’histoire, là où l’Italie préfère parler d’avenir. Depuis la crise énergétique exacerbée par la guerre en Ukraine, Alger est devenu un partenaire stratégique de premier ordre. Mais plutôt que de sécuriser sa place, Paris a multiplié les maladresses : déclarations mal reçues, relations crispées et une diplomatie parfois aussi maladroite qu’arrogante. À l’inverse, Rome, sans fardeau colonial et sans posture moralisatrice, avance ses pions avec une redoutable habileté.

Giorgia Meloni a fait d’Alger un allié clé, en transformant l’Italie en hub énergétique pour toute l’Europe du Sud. De quoi marginaliser un peu plus la France, reléguée au rôle de spectateur indigné. L’Algérie, elle, ne s’embarrasse pas de nostalgie : elle veut des partenaires fiables et des perspectives solides. Meloni l’a compris, et elle sait qu’en affaires comme en séduction, il faut savoir donner avant de demander.

Alors que Paris tente désespérément de colmater les brèches d’une relation fragilisée, Rome accumule les dividendes d’une stratégie pragmatique. Pendant que la diplomatie française s’enlise dans ses contradictions et ses accès de dignité offensée, l’Italie se fraye un chemin avec un sourire et une signature au bas d’un contrat.

Moralité ? Pendant que Paris s’embrouille, Rome se débrouille. Et en plein hiver énergétique, il vaut mieux avoir du gaz que des leçons de morale.

D’autant que l’Italie ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Forte de son succès algérien, elle tisse patiemment son réseau d’influence en Afrique du Nord, là où la France accumule les faux pas. Pendant que Paris tente encore d’imposer son statut d’ex-puissance tutélaire, Rome se positionne en partenaire discret mais efficace. Une discrétion qui paie : les investissements italiens en Algérie explosent, les coopérations s’élargissent et les hydrocarbures continuent d’affluer vers Rome.

Paris, lui, continue de regarder le train passer, coincé entre sa mémoire douloureuse et son incapacité à réinventer sa diplomatie. Peut-être est-il temps d’apprendre la leçon italienne : moins de leçons, plus d’actions. Moins de remords, plus de business.

Car au bout du compte, la géopolitique ne pardonne pas l’aveuglement. L’Italie avance, la France piétine. Et comme toujours, l’Histoire ne se raconte pas, elle s’écrit – à l’encre du pragmatisme et du gaz naturel.

Finalement, la France, grande donneuse de leçons, se retrouve à l’école de la realpolitik. Mais dans cette classe-là, le maître-mot n’est pas l’éloquence, c’est l’efficacité. L’Italie l’a bien compris, et pendant que Paris disserte, Rome empoche. Comme disait Napoléon : « Ne jamais interrompre un ennemi qui est en train de faire une erreur. »

Dr A. Boumezrag