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samedi 13 avril 2024
ChroniqueLes portes du cirque sont ouvertes

Les portes du cirque sont ouvertes

De tout temps, quand les peuples étaient mécontents, pour les distraire il y avait les jeux du cirque. Nos politiques s’en souviennent et avant les élections nos partis de toutes obédiences, réunissent à tour de rôle, autour de la piste, tous les acteurs et spectateurs pour les « enfumer » en utilisant leurs meilleurs slogans, c’est-à-dire ceux qui n’engagent à rien. Tout le monde est maintenant présent, le spectacle peut commencer !

Généralement dans ce cirque, les chameaux ouvrent le spectacle, auquel sont attelées les caravanes partisanes, qui marchent lentement en parallèle. De temps en temps, ils se crachent au visage, c’est normal, c’est dans la nature des chameaux ! Malgré cela, les caravanes ne changent pas de trajectoire. Peut-être pensent-elles à la prochaine oasis, au chômage, à la compétitivité des entreprises, aux retraites, à l’avenir des jeunes, à l’insécurité. Non, ce n’est qu’un mirage, les caravanes passent et les chiens continuent d’aboyer. Vient ensuite le tour du matador, avant l’entrée du taureau dans l’arène. Le taureau, c’est la grosse bête, le peuple démocratiquement souverain, l’entreprise qui trépigne, qu’on aiguillonne et qui saigne de partout. On va maintenant l’attaquer à l’arme blanche avant qu’elle ne soit totalement sans défense. Avant la mise à mort, le matador exhibe ses feintes favorites qui permettent de détourner le taureau qui charge sur un tissu rouge. Il existe certes d’autres feintes, mais ne parlons pas des demi-feintes, de demi-vérités, du quasi-mensonge, de la presque promesse et des loyautés de caméléon. La vraie feinte en politique, c’est quand on se donne la peine de tisser une cape à la grandeur de l’arène, quand le leurre est tellement gros, tellement mobile, que le matador disparaît. Ensuite vient le tour des frégates, ces oiseaux qui fréquentent la côte pacifique et qui sont passés maîtres incontestés de la navigation aérienne. À côté, un pélican un peu pataud, tant il sait la supériorité des frégates pour le vol à l’esbroufe, regarde affolé monsieur frégate faire des tonneaux autour de lui, lui barrer la route, le déstabiliser au besoin de l’aile, jusqu’à ce que le pélican laisse échapper sa proie, que madame frégate s’empresse de capter en chute libre. On peut se demander jusqu’où peut aller la manipulation ! Talleyrand, le prince des diplomates, roi de l’esbroufe, a sauvé la France après la défaite de Napoléon, en bluffant toute l’Europe. Un grand homme certes, mais aussi comme disait Napoléon « une main dans un bas de soie ». Nous avons aussi nos Talleyrand en politique, probablement pour certains, la soie en moins!

Tout à coup, les spectateurs se crispent à l’entrée sur scène d’une repoussante créature sortie tout droit de la légende où Hercule avait eu bien du mal à venir à bout de l’hydre de Lerne, créature en forme de pieuvre qui au lieu de tentacules, était pourvue de multiples têtes, dont chacune, lorsqu’on la tranchait, donnait naissance à deux nouvelles têtes. Il lui avait fallu les couper toutes d’un coup pour éviter leur multiplication. Doit-on couper toutes les têtes pour éviter la multiplication des mandats, les gamineries, les ego, la consanguinité et l’irresponsabilité ?

Mais à quoi servent toutes ces clowneries, ces « représentants du peuple » qui viennent faire leur tour de piste et s’exprimer pendant des heures, tandis que les otaries de services claquent des nageoires ou font des bruits en arrière-plan ? À attirer l’attention des médias ? Mais quand tous les bouffons font les mêmes pirouettes, il faut autre chose pour river les spectateurs à leur chaise. La démocratie actuelle est le triomphe de l’ambiguïté. Tous les chefs se battent autour de débats inutiles, de pitreries qui font la une de certains médias pendant que les vrais problèmes restent sans solutions. C’est un cirque politique où en grande partie il n’y a que des clowns et des jongleurs, mais peu de héros. Dans ce cirque, ce sont les balles perdues qui abattent les adversaires et les victimes ne seront hélas que rarement sauvées.

Nos politiques ne véhiculent aucun projet de société, ne se différencient par aucune prise de décision et n’ont pas de grands desseins pour l’avenir. Toujours attirés par les sirènes électorales et leurs intérêts personnels, ils n’ont plus la crédibilité nécessaire pour susciter l’enthousiasme qui permettrait de réaliser de vrais changements. Quand le Roi nous envoyait guerroyer, parce que tel était son bon plaisir, il ne prétendait pas gérer un état de droit, il ne prétendait pas respecter une charte des droits et libertés : il était Roi de droit divin. Jusqu’où ira l’arrogance de cette élite qui nous encadre au nom de la loi, mais n’obéit à cette Loi que quand elle lui donne raison ?

Il fut un temps où un homme public digne de ce nom avait des principes, des idées, un idéal bien à lui qui en faisait un être unique. Une personnalité réelle avec laquelle on pouvait être ou ne pas être d’accord, mais dont on pouvait s’attendre à ce qu’elle occupe une place fixe sur l’échiquier. Le politicien était une référence, un pilier autour duquel s’organisait le jeu des opinions. La baisse de qualité des politiciens se reflète sur la démocratie et a pour conséquence la répudiation de toutes les promesses, la corruption, les scandales en chaîne, conduisant à un rejet global de la classe politique par les citoyens. Mais aussi, parce qu’il leur manque la compétence pour gouverner, de même que la spécificité et la crédibilité essentielles à l’implantation de changements sociaux majeurs. Le processus démocratique devient un exercice de manipulation de l’information à des fins électorales.

Il faudrait revoir notre système actuel qui n’oblige pas un politicien à tenir ses promesses. Un politicien peut dire n’importe quoi avant et faire n’importe quoi après une élection. Ce qui a été dit n’a pas valeur de contrat, un mandat en blanc pour faire n’importe quoi ce n’est plus de la démocratie ! C’est ainsi que la démocratie telle que nous la connaissons a atteint son niveau d’incompétence et ne réussit plus à faire prévaloir les intérêts de la majorité.

La chose publique ne suscite plus de grandes passions et tend à être occupée de plus en plus par des individus opportunistes, ambitieux, moins compétents et moins honnêtes. On souhaite qu’une arrivée de gens de bonne volonté, compétents, dignes de confiance et faisant vue d’altruisme apparaisse à l’horizon. On regarde pourtant tous les jours, mais on ne voit pour l’instant rien venir !

 

S. Ath Moussa

 

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