Il est des spectacles qu’on ne choisit pas de regarder, mais qu’on subit, inlassablement. Celui de la diplomatie franco-algérienne en fait partie. Une représentation à la fois absurde et prévisible, qui se joue depuis plus de soixante ans sans entracte ni renouveau. Toujours les mêmes rôles, les mêmes répliques, et surtout, les mêmes silences pesants.
Acte I : Tango grinçant, postures figées
Ce 15 avril 2025, Paris expulse douze diplomates algériens. Réplique à une mesure similaire prise par Alger la veille, après l’arrestation en France d’un agent consulaire, soupçonné d’avoir trempé dans une sale affaire d’enlèvement. Scandale ? Pas vraiment. C’est une scène de plus dans le long-métrage des crispations protocolaires.
On fait mine de s’indigner, on convoque les grands mots — “atteinte à la souveraineté”, “acte inamical”, “provocation néocoloniale”. La partition est bien connue, et chacun la joue avec l’enthousiasme mou d’un figurant lassé. La vérité ? Il n’y a plus de musique, mais le bal continue.
Acte II : La valse des illusions
Ambassadeurs rappelés, diplomates expulsés, poignées de main filmées à contre-cœur… La diplomatie entre Alger et Paris n’est plus une affaire d’État, mais une chorégraphie de symboles, où les gestes comptent plus que le sens. Et pendant que les chancelleries s’agitent dans le vide, les peuples, eux, baillent.
Les jeunesses franco-algériennes, elles, ne dansent plus. Elles attendent des visas, rédigent des lettres de motivation, ou fuient une binationalité parfois plus encombrante qu’émancipatrice. Le réel, lui, n’est pas invité au bal.
Acte III : La mémoire en playback
Il reste, comme toujours, cette mémoire instrumentalisée. On brandit le passé comme un miroir brisé : chacun y voit ce qui l’arrange. À Paris, on célèbre une “réconciliation mémorielle”. À Alger, on dénonce “l’oubli organisé”. On commémore à moitié, on s’excuse à voix basse, et on cultive la rancune comme un patrimoine diplomatique commun.
Le pire dans tout cela ? C’est que tout le monde sait. Tout le monde sait que cette danse n’a pas d’issue. Mais personne n’ose quitter la piste.
Épilogue : Une piste qui craque
La relation franco-algérienne n’est plus une affaire de diplomatie. C’est une succession de gestes creux, un théâtre d’ombres, un mauvais vaudeville où le rideau ne tombe jamais. Et tant qu’aucun des deux partenaires ne cessera de faire semblant, le bal grotesque pourra continuer.
Mais attention : la piste, elle, menace de céder. Et ce ne seront ni les ministres ni les ambassadeurs qui tomberont les premiers — ce seront celles et ceux qui, chaque jour, subissent le poids de cette hypocrisie entretenue.
Alors que reste-t-il ? Une question. Simple, brutale, presque naïve :
L’Algérie a décidé souverainement de déclarer persona non grata 12 agents exerçant auprès de l’Ambassade et des consulats de France en Algérie, relevant de la tutelle du ministère de l’intérieur de ce pays, avec obligation de quitter le territoire national sous 48 heures, indique lundi un communiqué du ministère des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines.
Cette décision « fait suite à l’arrestation spectaculaire et ostentatoire, sur la voie publique, par les services sous tutelle du ministère de l’Intérieur français d’un agent consulaire d’un Etat souverain accrédité en France, en date du 8 avril 2025.
Ce procédé indigne par lequel le ministre de l’Intérieur voulait rabaisser l’Algérie, s’est fait sans aucune considération du statut consulaire de cet agent, en faisant fi de tous les usages et pratiques diplomatiques et en flagrante violation des conventions et traités pertinents en la matière », précise la même source.
L’Algérie « tient à rappeler que cet acte indigne est la conséquence de l’attitude négative, affligeante et constante du ministre de l’Intérieur français vis à vis de l’Algérie ».
Ce ministre, qui excelle dans les barbouzeries à des fins purement personnelles, est en manque flagrant de discernement politique.
En procédant à une vulgaire arrestation d’un agent consulaire protégé par les immunités et privilèges rattachés à son statut et en le traitant de façon honteuse et indigne tel un voleur, il porte la responsabilité entière de la tournure que prennent les relations entre l’Algérie et la France au moment où celles-ci venaient d’entamer une phase de décrispation à la faveur de l’entretien téléphonique entre les Chefs d’Etat des deux pays, lequel a été suivi par la visite en Algérie du ministre français des Affaires étrangères », note le communiqué.
L’Algérie réaffirme que « toute autre nouvelle action attentatoire du ministre de l’intérieur français recevra, sur la base de la réciprocité, une réponse ferme et adéquate », conclut la même source.
Les autorités algériennes ont demandé à douze fonctionnaires français présents sur leur territoire de quitter le pays, comme l’a annoncé lundi le ministre des Affaires étrangères. Cette décision fait suite à l’arrestation de trois ressortissants algériens en France.
Jean-Noël Barrot a exprimé dans une déclaration écrite adressée aux journalistes : « Je demande aux autorités algériennes de revenir sur ces mesures d’expulsion qui ne sont pas liées à la procédure judiciaire en cours. » Il a également averti que si la décision d’expulser nos agents était maintenue, nous n’aurions d’autre choix que de réagir immédiatement.
Parmi les onze agents que l’Algérie souhaite expulser, certains sont des fonctionnaires du ministère de l’Intérieur, selon une source diplomatique citée par l’AFP.
Vendredi, trois hommes, dont un employé d’un consulat algérien, ont été mis en examen à Paris pour des accusations d’arrestation, d’enlèvement et de séquestration en lien avec une entreprise terroriste.
Le samedi suivant, le ministère algérien des Affaires étrangères a condamné cette nouvelle affaire. Ces déclarations contrastent avec l’annonce faite par le ministre français des Affaires étrangères concernant une nouvelle phase dans les relations entre Paris et Alger.
Après avoir subit la prison et les harcèlements judiciaires, Hmimi Bouider a été condamné à six mois de prison avec sursis et 50.000 da d’amende pour avoir exprimé une opinion divergente de celle que distille la propagande officielle.
Hmimi Bouider n’est nullement une menace, il est juste un militant du FFS qui est convaincu qu’il a le droit à la parole. C’est un père de famille besogneux et passionné par le débat public. Ce qui ne plaît pas aux tenants du pouvoir qui frémissent à la moindre expression libre.
Sales temps pour les activistes ou ceux qui sont jaloux de leur liberté de conscience et de parole. La criminalisation de l’opinion politique divergente est devenue la norme par les grâces d’un système arbitraire qui entend avoir la société à l’usure de la répression.
Il urge chaque jour que l’Etat de droit soit retrouvé dans cette Algérie que dirigent d’une main de fer le clan au pouvoir. Après plus de 62 ans d’indépendance avec toutes les souffrances et les sacrifices consentis, il est temps que le peuple algérien vive en paix dans son propre pays.
Si c’est pour se libérer du colonialisme pour tomber dans l’autoritarisme, pourquoi sont morts les centaines de milliers d’Algériennes et d’Algériens dans la lutte pour l’indépendance !
La quatrième édition du Salon national du livre amazigh de Ouacifs, sud de Tizi-Ouzou (Kabylie), se tiendra du 30 avril courant au 3 mai prochain, a-t-on appris mercredi des organisateurs de cette manifestation culturelle et livresque.
Une trentaine de maisons d’édition, le Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA), le Centre National Pédagogique et Linguistique pour l’Enseignement de Tamazight (CNPLET), 150 auteurs en tamazight, arabe et français, ainsi que deux associations, Isabelle Eberhardt et Numidia, prendront part à cette manifestation qui sera abritée par la Maison de jeunes des Frères martyrs Houacine Mohand Amokrane et Boukhalfa, de la ville des Ouacifs.
Cette 4e édition sera marquée, comme les précédentes, par l’organisation d’une série de conférences et tables rondes autour de la culture, de l’histoire et du patrimoine, animées, notamment, par les écrivaines Amel El Mehdi et Melha Benbrahem.
Diverses activités culturelles, artistiques et interactives sont également au programme de ce Salon. Une dictée en tamazight pour les dix (10) meilleurs élèves en tamazight de la région des Ouacifs et des soirées poétiques avec la poetesse et actrice Hadjira Oubachir, et le poète Akli Ait Boussad, ainsi qu’une déclamation de poèmes de Taoues Amrouche par la poétesse Nacéra Benyoucef, égayeront aussi la manifestation.
Un hommage sera, également, rendu à l’occasion de cette nouvelle édition à trois écrivains récemment disparus, Ahmed Nekkar, Abderrahmane Yefsah et Youcef Merahi, ainsi qu’à l’enfant de la région, la légende du football national, Djamel Menad, disparu récemment lui aussi et Si El Hocine Sehnouni, écrivain originaire de la région.
Le Salon sera aussi une opportunité pour la projection en avant-première d’un film documentaire du réalisateur Arab Yazid qui retrace le parcours du pionnier du mouvement national pour l’indépendance de l’Algérie, Amar Imache.
« L’esprit et l’objectif du salon demeurent les mêmes, donner de la visibilité à l’écriture et à la production livresque et culturelle, en général, en tamazight, qui malgré les efforts consentis par les auteurs et le répondant enregistré, reste en quête de lecteurs et davantage d’intérêt », a souligné à l’APS le commissaire de la manifestation, Salem Ait Ali Belkacem.
Pour ce dernier, ce rendez-vous « est un carrefour de rencontres entre auteurs, éditeurs, lecteurs et tous les intervenants dans ce créneau et il vise à permettre de créer une synergie entre ces différents acteurs à même de porter encore plus haut le travail qui contribue à la préservation et au développement de notre culture et notre identité ».
Organisée par l’association Lhadj L’Mokhtar N’Ath Said en collaboration avec le comité de village Timaghrass avec la participation de plusieurs organismes locaux, la 4e édition du Salon national du livre amazigh de Ouacifs est dédiée à Abdellah Hamane, moudjahid, homme de culture et écrivain en tamazight disparu en 2018.
L'enlèvement d'Amir Dz en France a percuté les relations algéro-françaises.
Le Secrétaire Général du ministère des Affaires étrangères, M. Lounès Magramane, a reçu samedi, au siège du ministère, l’ambassadeur de France en Algérie, M. Stéphane Romatet pour lui exprimer la vive protestation de l’Algérie suite à la décision des autorités judiciaires françaises de mettre en examen et de placer en détention provisoire un de ses agents consulaires en exercice sur le sol français, indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines.
Cette audience, précise le communiqué, « a eu pour objectif d’exprimer la vive protestation de l’Algérie suite à la décision des autorités judiciaires françaises de mettre en examen et de placer en détention provisoire un de ses agents consulaires en exercice sur le sol français, dans le cadre de l’ouverture d’une information judiciaire sur un supposé enlèvement du voyou Amir Boukhors, dit AmirDZ, en 2024 ».
« L’Algérie rejette fermement, tant sur la forme que sur le fond, les motifs invoqués par le Parquet antiterroriste français, à l’appui de sa décision de mettre en détention provisoire son agent consulaire », souligne le ministère des Affaires étrangères.
« Sur le plan de la forme, l’Algérie rappelle que l’agent consulaire a été arrêté en pleine voie publique puis placé en garde à vue sans notification par le canal diplomatique et en flagrante contravention aux immunités et privilèges rattachés à ses fonctions près le Consulat d’Algérie à Créteil ainsi qu’à la pratique prévalent en la matière entre l’Algérie et la France », selon le communiqué.
Il ajoute que « sur le plan du fond, l’Algérie retient surtout la fragilité et l’inconsistance de l’argumentaire vermoulu et farfelu invoqué par les services de sécurité du Ministère de l’Intérieur français durant les auditions, laquelle appuie cette cabale judiciaire inadmissible sur le seul fait que le téléphone mobile de l’agent consulaire inculpé aurait borné autour de l’adresse du domicile de l’énergumène Amir Boukhors ».
« L’Algérie appelle à la libération immédiate de l’agent consulaire placé en détention provisoire et exige que les droits rattachés à ses fonctions, aussi bien dans le cadre des conventions internationales que des accords bilatéraux, soient scrupuleusement respectés en vue de lui permettre de se défendre convenablement et dans les conditions les plus élémentaires », insiste le communiqué.
Selon la même source, « ce tournant judiciaire, inédit dans les annales des relations algéro-françaises, n’est pas le fruit du hasard et que son occurrence intervient dans un contexte bien déterminé et à des fins de torpillage du processus de relance des relations bilatérales convenu entre les deux Chefs d’Etat lors de leur récent entretien téléphonique ».
« Ce tournant, malheureux et malvenu, prouve que certaines parties françaises ne sont pas animées de la même volonté de revitalisation des relations bilatérales et que l’engagement des uns et des autres n’est pas à la confluence de la bonne foi et de la sincérité nécessaires à la réunion des conditions d’une reprise sereine du cours normal des relations bilatérales », poursuit le texte.
« Nous ne pouvons nous empêcher d’être surpris sur le choix cynique fait par les fossoyeurs de la normalisation des relations bilatérales concernant le nervi utilisé comme levain de cette nouvelle action préméditée. L’empressement balourd à utiliser ce voyou comme nouvel étendard de la faconde anti-algérienne qui anime ses instigateurs contraste avec la passivité longtemps affichée dans le traitement des demandes d’extradition émises par les autorités algériennes à l’encontre de cette activiste subversif et lié à des organisations terroristes ».
« Ce nouveau développement inadmissible et inqualifiable causera un grand dommage aux relations algéro-françaises et ne contribuera pas à l’apaisement. L’Algérie n’a pas l’intention de laisser cette situation sans conséquences tout comme elle veillera à assumer pleinement et résolument la protection de son agent consulaire », conclut le communiqué du ministère des Affaires étrangères.
L’audience du 11 avril 2025 s’est déroulée dans un climat lourd, symptomatique d’un procès politique transformé en bras de fer entre le pouvoir exécutif et l’opposition démocratique tunisienne. Tandis qu’à l’intérieur du tribunal les débats judiciaires étaient censés avoir lieu, à l’extérieur, la rue vibrait de slogans dénonçant une mascarade judiciaire.
Dès l’aube, des familles de détenus politiques, figures de l’opposition, militants de la société civile et journalistes se sont rassemblés devant le palais de justice de Tunis pour dénoncer la nature politique du procès. L’accès à la salle d’audience leur a cependant été massivement refusé, à l’exception d’un membre par famille. Ce filtrage discriminatoire s’est doublé de manœuvres policières visant à intimider les manifestants pacifiques, notamment par un quadrillage renforcé des abords du tribunal et des dispositifs d’empêchement physique de l’entrée.
Des cris se sont élevés pour exiger la transparence du procès, l’annulation des comparutions à distance et la libération des détenus. Ce mouvement de protestation a été soutenu par plusieurs leaders politiques, dont Ahmed Néjib Chebbi, qui a dénoncé la volonté du régime de « terroriser l’opposition » et d’imposer une culture de la peur.
Les manifestants ont brandi des photos des détenus, scandé des slogans réclamant un procès équitable, tandis que les avocats ont confirmé leur refus de participer à une audience sans la présence physique des accusés. Les autorités judiciaires ont maintenu le dispositif de comparution à distance décidé dès la première audience du 4 mars.
Une audience entre huis-clos et entraves médiatiques
Les conditions réelles d’accès ont rendu cette audience de fait fermée. Plusieurs journalistes – dont Zied El Heni, Khawla Boukrim, Monia Arfaoui, Lotfi Hajji – ont été empêchés d’y assister.
Les représentants des organisations nationales ont également été tenus à l’écart, tandis que seuls les représentants de chancelleries occidentales ont été autorisés à y assister. Étaient notamment présents des délégués des ambassades de France, d’Allemagne, du Canada, de Belgique, des Pays-Bas et de l’Union européenne. Ce traitement différencié a été largement perçu comme une tentative de contrôle de l’image à l’international tout en muselant les relais locaux critiques.
Refus collectif de la visioconférence et paralysie procédurale
L’audience a été dominée par le refus des détenus politiques de comparaître à distance depuis leur lieu de détention. Les avocats ont unanimement soutenu que cette méthode viole l’article 141 bis du Code de procédure pénale tunisien, en particulier l’exigence d’un consentement préalable du prévenu, d’une motivation écrite et d’une décision judiciaire individualisée, toutes absentes dans ce dossier.
Cette comparution à distance a été qualifiée de « simulacre de procès » relevant plus d’une opération de communication politique que d’un véritable débat judiciaire.
Me Abdelaziz Essid a déclaré à l’AFP : « Nous refusons de plaider dans ces conditions et nous ne voulons pas être les témoins complices de cette parodie. »
Me Ayachi Hammami a ajouté : « Par solidarité avec les détenus, nous refusons également d’intervenir à distance. »
Des accusés à l’étranger réclament à être auditionnés
Deux des inculpés résidant à l’étranger, en l’occurrence Mohamed Kamel Jendoubi et Ridha Driss, traduits sans avoir été auditionnés lors des phases d’enquête et d’instruction, ont demandé à être entendus dans cette audience, en tant qu’accusés mais aussi comme témoins, par visioconférence. Ils ont invoqué l’application de l’article 73 de la loi organique antiterroriste qui permet ce type de procédure si l’intérêt de la justice le justifie.
Situation critique des détenus : grèves de la faim et maltraitance
Un autre moment marquant de cette audience fut la déclaration de Me Dalila Msadek indiquant que cinq détenus à Mornaguia, à savoir Ghazi Chaouachi, Ridha Belhaj, Khayem Turki, Issam Chebbi et Abdelhamid Jelassi, ainsi que Jaouhar Ben Mbarek à Belli (Nabeul), sont en grève de la faim – ce dernier depuis plus de 13 jours – pour protester contre la comparution à distance et l’interdiction de s’exprimer devant leurs juges.
Cette grève de la faim est l’expression ultime de la volonté d’être entendus dans un procès où le pouvoir tente d’étouffer toute voix dissonante. Elle est aussi un cri d’alarme face à des conditions de détention inhumaines.
Un procès sans légitimité judiciaire ni morale
L’instruction du dossier repose sur des témoignages anonymes, des accusations sans preuves matérielles, des interpellations spectaculaires sans mandat et une absence totale de contre-interrogatoire des témoins-clés. L’ancien juge d’instruction, désormais en fuite, et le chef de la police judiciaire, aujourd’hui incarcéré, illustrent la fragilité institutionnelle de l’affaire.
La composition même du tribunal est jugée illégale et inconstitutionnelle. En effet, la chambre criminelle en charge du dossier a été constituée par simple note administrative émise par la ministre de la Justice, en contradiction manifeste avec les dispositions du décret-loi n° 11-2022 relatif au Conseil supérieur de la magistrature, qui stipule que les juges doivent être désignés selon des mécanismes indépendants garantissant l’impartialité de la justice.
La défense a ainsi mis en cause la légitimité de l’ensemble du bureau du tribunal, composé des magistrats suivants : Lassâd Chamakhi (président), Moez El Gharbi, Ahmed Barhoumi, Fatma Boukattaya, Afef Betaïeb.
La défense et les experts ont dénoncé publiquement cette composition, affirmant devant la cour que ses décisions seront sans valeur et que cette mascarade judiciaire sera inévitablement corrigée une fois la légalité restaurée.
Maitre Bassam Trifi a déclaré : « On ne peut pas qualifier ce procès de procès équitable. Il comporte de nombreuses irrégularités… Des citoyens, des représentants de la société civile, des journalistes et les familles des accusés ont été empêchés d’assister à l’audience. Or, la publicité des débats est un pilier fondamental et essentiel du procès équitable. Les personnes concernées par ce dossier, détenues et menacées de lourdes peines, sont les premières à avoir le droit d’être présentes à l’audience. Les avocats ont respecté le tribunal, mais le tribunal ne nous a pas respectés, car il nous est demandé de plaider alors que nos clients ne sont pas présents dans la salle.
Sous Ben Ali, nous avons assisté à de nombreuses affaires où tous les accusés étaient amenés, y compris certains transportés en raison de leur état de santé. Même dans l’affaire de Soliman, où les accusés avaient pris les armes contre l’État, ils ont été amenés en personne à l’audience. Idem pour d’autres affaires comme Bardo ou l’attentat de l’Imperial Sousse… Et aujourd’hui, dans l’affaire du « complot », on refuse de faire comparaître les accusés dans la salle d’audience.
C’est pourquoi nous avons décidé de ne pas entrer dans le fond de l’affaire tant que les accusés ne seront pas physiquement présents à l’audience. »
Une justice instrumentalisée à des fins de répression
Comme l’ont souligné plusieurs avocats et observateurs, l’objectif de ce procès n’est pas de juger des crimes réels, mais de criminaliser l’opposition politique. Les accusations de « complot », « terrorisme », ou « atteinte à la sécurité de l’État » visent des figures démocratiques connues pour leur attachement à l’action politique pacifique : avocats, syndicalistes, universitaires, anciens ministres, journalistes.
Kaïs Saïed, en qualifiant publiquement les accusés de « terroristes » et en affirmant que « quiconque les acquitte est leur complice », a miné d’avance toute présomption d’innocence et toute possibilité d’un procès équitable.
Le président accuse également certains d’entre eux de « collusion avec des diplomates étrangers », des contacts que la défense qualifie de parfaitement normaux dans le cadre du travail politique et associatif.
Une crise judiciaire révélatrice de la dérive autoritaire
Au-delà de ses irrégularités, ce procès révèle une crise plus large du système judiciaire tunisien : perte d’indépendance, immixtion de l’exécutif, désignation arbitraire des juges, censure de la presse et criminalisation de l’opinion. Il illustre la descente aux enfers de l’État de droit depuis le coup d’État du 25 juillet 2021.
L’audience du 11 avril 2025 a confirmé que l’« affaire du complot » est une opération politique de répression de la dissidence menée à coups de lois d’exception et de procédures bâclées. Ce n’est pas seulement un procès contre quarante individus, mais un procès contre l’opposition et l’idée même de l’État de droit et de la démocratie
La communauté nationale et internationale doit se mobiliser pour exiger • La fin des comparutions à distance • La libération des prisonniers politiques • Le respect des garanties d’un procès équitable • L’arrêt de la répression des opposants
Il est à rappeler que la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples a ordonné à la Tunisie, dans l’affaire n° 04/2023, des mesures provisoires concernant le détenu politique Ghazi Chaouachi depuis le 28 octobre 2023, relatives aux droits les plus fondamentaux à la défense et aux soins médicaux. L’État tunisien ne s’est pas contenté d’ignorer cette décision : il a osé demander le retrait de ces mesures sous prétexte d’avoir retiré la déclaration déposée en 2017 au sens de l’article 34.6 du Protocole de la Cour africaine.
Par ailleurs, le Groupe de travail du Conseil des droits de l’homme des Nations unies a qualifié la détention de Khayem Turki, Ghazi Chaouachi, Ridha Belhadj, Noureddine Bhiri, Jaouhar Ben Mbarek, Chaïma Issa et Lazhar Akremi d’arbitraire et a invité les autorités tunisiennes à les libérer et à les indemniser.
Le ministère public s’en est remis à la chambre pour statuer sur la possibilité de faire comparaître les accusés lors de la prochaine audience, tout en s’opposant à toutes les demandes de libération.
L’audience s’est achevée de manière abrupte, alors même que les avocats plaidaient encore pour la présence des détenus dans la salle. Ce fut un jour emblématique de la négation du droit à un procès équitable, public et contradictoire. Un jour où s’est dévoilée la peur d’un régime face à la vérité. Un jour, aussi, où l’on a tenté d’abuser de la conscience collective des Tunisiennes et des Tunisiens.
Le procès a été reporté au 18 avril 2025
Mais ce fut surtout un jour de dignité, porté par la ténacité et l’engagement exemplaire d’une défense qui ne recule pas lorsqu’elle défend des causes justes.
Dans la bande sahélienne, on cultive la résilience, on exporte la misère, et on importe des coups d’État comme des denrées de première nécessité.
Depuis 2020, le Sahel est devenu le théâtre d’une série de “transitions” qui n’en finissent plus de commencer. Du Mali au Burkina Faso, en passant par le Niger, les régimes tombent et les militaires montent, dans un ballet où les promesses de refondation démocratique s’effacent devant la réalité d’un pouvoir enraciné sans mandat, mais avec méthode.
L’art de la transition permanente
Au Mali, Assimi Goïta chasse Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020, puis Bah N’Daw quelques mois plus tard, dans ce qui restera comme le coup d’État dans le coup d’État. Au Burkina Faso, Paul-Henri Damiba renverse Roch Kaboré en janvier 2022, avant d’être lui-même chassé en octobre par le capitaine Ibrahim Traoré, qui s’installe avec promesse de rupture… et de report. Enfin, en juillet 2023, c’est au tour du général Abdourahamane Tiani de faire tomber Mohamed Bazoum au Niger, à coups de communiqué sécuritaire.
Partout, la formule est la même : le putsch comme purge, le militaire comme messie, et la “transition” comme terrain d’ancrage du pouvoir.
Le calendrier flexible, spécialité sahélienne
“Nous organiserons des élections dès que les conditions seront réunies.” Cette phrase, entendue de Bamako à Ouagadougou, est devenue l’hymne non-officiel des nouvelles autorités.
Le Mali a reporté les scrutins promis à 2022 pour les fixer… à 2026.
Le Burkina Faso visait juillet 2024, mais rien ne garantit qu’un bulletin sera glissé cette année.
Au Niger, le mot “élection” est devenu tabou, tant les nouvelles autorités entendent “restaurer l’ordre avant la démocratie”.
Ainsi, la sécurité est invoquée pour suspendre le droit, la “souveraineté” devient un mot de passe pour verrouiller l’espace public, et la lutte contre le terrorisme se transforme en prétexte pour l’autoritarisme.
Souveraineté mise en scène, dépendance en coulisses
Rompre avec la Françafrique ? Bien sûr. Mais pas au point de rompre avec les rapports de domination : on chasse un allié pour en épouser un autre.
Les régimes sahéliens fustigent l’ingérence occidentale tout en s’ouvrant à d’autres puissances – Russie, Turquie, Chine, Émirats – avec des accords militaires aussi opaques qu’opportuns. On bannit RFI et France 24, mais on relaye RT Afrique en boucle. On quitte la CEDEAO, mais on forme une Alliance des États du Sahel (AES), nouveau syndicat des transitions prolongées.
C’est la géopolitique du miroir inversé : ce que l’on reprochait aux anciens maîtres est reproduit, mais sous une bannière nationale.
Le prix du pouvoir sans contre-pouvoir
Pendant que les discours se musclent, la situation humanitaire s’effondre.
Plus de 6 millions de déplacés internes dans la zone sahélienne (UNHCR, 2024).
7 000 écoles fermées pour cause d’insécurité au Burkina Faso.
Une explosion de pénuries alimentaires, de zones hors contrôle étatique, et de sanctions économiques qui asphyxient les peuples bien plus que les dirigeants.
Et pourtant, la priorité semble être ailleurs : parades militaires, cérémonies de prestation de serment, censures médiatiques et verrouillage politique.
On prétend gouverner au nom du peuple, mais on gouverne souvent à ses dépens.
L’impasse comme stratégie ?
La transition était censée être un pont vers un avenir meilleur. Elle est devenue un piège bien décoré, une parenthèse sans fin, un entre-deux transformé en destination. Une zone où l’on piétine les règles du jeu, puis où l’on redessine le terrain à sa guise.
Mais attention : les peuples sahéliens n’ont pas la mémoire courte. Ils savent que les promesses ne suffisent plus. Que l’uniforme ne garantit pas l’intégrité. Et que l’argument de la souveraineté ne peut justifier indéfiniment la confiscation du pouvoir.
Spécial Sahel : là où les transitions prennent racines… et où les peuples commencent à creuser pour les déraciner.
« On peut tromper le peuple un moment, l’endormir longtemps, mais on ne peut pas éternellement le priver de lumière », avait dit Thomas Sankara
Dans l’arène géopolitique mondiale, l’Afrique du Sahel et du Maghreb est devenue un terrain de jeu où les grandes puissances, extérieures aux préoccupations locales, manœuvrent à leurs propres fins.
La souveraineté régionale y est souvent mise à mal, subordonnée à des intérêts bien plus vastes, souvent invisibles, mais d’une brutalité certaine. Au milieu de cette imbroglio stratégique, l’Algérie s’impose comme un acteur clé, mais paradoxalement souvent pris dans un jeu qu’elle n’a pas entièrement choisi.
Un jeu de pouvoirs et de contre-pouvoirs : l’Algérie entre gendarme et spectateur
L’Algérie, gendarme de la région, a longtemps cultivé une position ambivalente entre sa volonté de préserver sa souveraineté et son rôle de médiateur dans les crises régionales. Son histoire, marquée par les cicatrices de la guerre civile des années 1990, lui a donné une place centrale dans la gestion des menaces sécuritaires du Sahel, notamment celles liées au djihadisme. L’armée algérienne, formée et aguerrie par des décennies de lutte contre des groupes terroristes, est à la pointe de la guerre contre les insurgés du Sahara et du Sahel.
Mais cette position de force n’est pas sans paradoxe. Bien qu’elle s’oppose fermement à toute ingérence extérieure, comme l’illustre son opposition à l’intervention militaire de la France au Mali, elle se retrouve néanmoins prise dans les filets de puissances extérieures, souvent prêtes à contourner ses frontières.
Un Sahel sous-traité : de la souveraineté sacrifiée à l’ingérence à tout-va
Le Sahel, autrefois perçu comme un espace quasi inaccessible aux puissances mondiales, est aujourd’hui un laboratoire géopolitique. À la faveur de l’instabilité croissante, les grandes puissances, en quête d’influence et de ressources, ont imposé leur présence, transformant cette région en un champ de bataille de proxy où chaque acteur défend ses propres intérêts, souvent au détriment des populations locales.
Paris, longtemps considéré comme le protecteur historique du Sahel, se heurte aujourd’hui à une défiance croissante, non seulement de la part des gouvernements régionaux mais aussi de la population, en raison de son rôle ambigu dans la gestion des crises et de la prolongation de la présence militaire française à travers l’opération Barkhane.
Face à cette résistance, Moscou a profité de la vacuité laissée par les puissances occidentales pour renforcer son influence, principalement par le biais de son groupe de mercenaires Wagner, qui opère sans entraves dans des pays comme le Mali. Le Sahel est devenu un terrain de lutte idéologique et stratégique où la France, les États-Unis et la Russie s’affrontent pour la primauté géopolitique, tout en sous-traitant la guerre à des forces locales. Ces pays, du Mali au Niger, deviennent alors les pions de puissances étrangères, forcées de se plier aux jeux d’influence plutôt que de défendre des projets de souveraineté nationale.
L’Algérie : entre indépendance et diplomatie pragmatique
Dans ce contexte, l’Algérie joue un rôle délicat. Son histoire, son engagement dans la guerre contre le terrorisme et ses capacités militaires lui confèrent une légitimité régionale. Elle est perçue comme une alternative à l’interventionnisme occidental. Pourtant, son indépendance affichée est mise à mal par les tensions diplomatiques qui la lient au Maroc, principal rival géopolitique, notamment sur la question du Sahara Occidental. Cette question continue de diviser l’Algérie et le Maroc, d’autant plus que le Polisario, soutenu par l’Algérie, revendique l’indépendance de ce territoire, alors que le Maroc considère le Sahara Occidental comme faisant partie intégrante de son territoire.
Cette rivalité régionale a des répercussions sur l’ensemble du Sahel et de l’Afrique du Nord, car elle façonne les alliances et détermine, en grande partie, les relations avec les puissances extérieures. Par exemple, l’Algérie a soutenu le Mali face à l’intervention française en 2013, et a continué à exercer une pression sur la Libye dans le cadre de ses efforts pour éviter toute ingérence extérieure, malgré le rôle crucial de puissances comme la France, les États-Unis, et plus récemment la Turquie, qui y ont tous des intérêts stratégiques.
Ainsi, même si l’Algérie se positionne en défenseur de la souveraineté régionale, elle doit jongler avec des réalités géopolitiques contradictoires : l’exploitation des ressources naturelles par les puissances extérieures, les problèmes sécuritaires transnationaux (terrorisme, trafic d’armes), et ses relations conflictuelles avec son voisin marocain.
L’incident du drone malien : un signal de tensions sous-jacentes
Un incident récent a mis en lumière les tensions géopolitiques croissantes dans la région et la fragilité des frontières. L’armée algérienne a abattu un drone malien sur la frontière algéro-malienne. Ce drone, de fabrication turque, est un symbole des nouvelles alliances dans le Sahel. En effet, la Turquie s’est imposée comme un acteur influent en Afrique ces dernières années, fournissant des armements et des équipements militaires à des pays comme le Mali, tout en élargissant son réseau d’influence à travers la Libye et d’autres pays du Sahel.
Cet incident, bien que mineur dans l’absolu, est révélateur de l’intensification de la concurrence pour le contrôle stratégique du Sahel. Le fait que le drone soit turc et qu’il ait été abattu par l’armée algérienne montre que la région est désormais un terrain où les puissances extérieures se battent non seulement pour le contrôle des ressources naturelles, mais aussi pour l’influence politique.
Ce drone malien, malgré son statut d’incident technique, a aussi provoqué un bruit médiatique disproportionné, alimenté par des spéculations sur les raisons de l’intervention algérienne, les relations tendues avec le Mali et la présence grandissante des acteurs étrangers. Le bruit artificiel autour de cet incident ne fait qu’illustrer la fragilité géopolitique de la région et la façon dont les intérêts externes influencent les politiques locales.
Conclusion : un Sahel à l’intersection des intérêts mondiaux
Ainsi, à travers l’Algérie, le Sahel et l’Afrique du Nord, nous assistons à une multiplication des acteurs et à une reconfiguration géopolitique d’un territoire sous-traité à des puissances extérieures. Si l’Algérie, en tant que gendarme de la région, se veut un acteur de souveraineté, la réalité de la situation est que l’Afrique se retrouve prise dans un engrenage géopolitique mondial où les puissances extérieures imposent leurs intérêts à coups de contrats militaires, de diplomatie secrète et de mercenaires privés.
Le Sahel devient ainsi le théâtre d’une guerre silencieuse, où les grands acteurs de la géopolitique s’affrontent par intermédiaires, manipulant les frontières, les régimes et les populations comme des pions dans un jeu dont les véritables enjeux se jouent bien plus loin, souvent au-delà des yeux du monde.
« La souveraineté ne se demande pas, elle se défend, parfois dans le silence des armes. » Un vieux diplomate africain, entre deux coups d’État
Au Mali, Alfousseini Togo, directeur de publication du journal Canard de la Venise, a été arrêté et placé sous mandat de dépôt mercredi 9 avril par le pôle judiciaire anti-cybercriminalité, à Bamako.
Après la parution le 8 avril d’un article intitulé « la bourde du ministre Mamoudou Kassogué », en charge de la Justice dans le gouvernement malien de transition, il sera jugé le 12 juin prochain. Les organisations de journalistes du pays s’insurgent.
Ses déboires judiciaires semblent lui donner raison. Dans son article paru dans l’édition du mardi 8 avril de l’hebdomadaire, Alfousseini Togo commente des propos tenus le 20 mars dernier par le ministre de la Justice. Selon Mamoudou Kassogué, l’indice de confiance des Maliens dans la justice de leur pays est passé de 30 % à 72 % en 2024. Une déclaration qui n’avait pas manqué de faire réagir.
Les Maliens savent s’ils se reconnaissent ou non dans ces chiffres. En tout état de cause, dans son article, le journaliste écrit que ce sondage n’est « pas fiable » et dépeint un système souvent corrompu ou au service du pouvoir, a fortiori en cette période de Transition. « Sous Mamoudou Kassogué, les hommes ont-ils des droits?, interroge le directeur de publication du Canard de la Venise, combien sont-ils en prison depuis des années, sans procès ? Combien de leaders politiques et d’opinion sont-ils en exil ? »
Atteinte au crédit de l’État
Depuis mercredi 9 avril, Alfousseini Togo est accusé d’« atteinte au crédit de l’État », « injures » et « diffamation » par le pôle judiciaire anti-cybercriminalité. Ce dernier est lui-même épinglé dans l’article pour ses « faux délibérés » rendus par « certains juges incompétents, corrompus et aux ordres des chefs », ce qui risque de ne pas lui attirer la bienveillance du tribunal.
Ces dernières années, de nombreuses personnalités politiques ou de la société civile ont été condamnées à des peines de prison ferme par ce pôle spécialisé – et par d’autres tribunaux – ou attendent d’être jugés. Cela après avoir exprimé des opinions dissonantes, ce que les organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement. On peut citer les cas de Ras Bath, Rose vie chère, Clément Dembélé, Étienne Fakaba Sissoko, Seydina Touré… la liste est longue.
Dans un communiqué publié jeudi, l’Union nationale des jeunes éditeurs de presse du Mali (Unajep), dont Alfousseini Togo est membre, « regrette » que le journaliste soit emprisonné «en raison de ses opinions » et pour des motifs sans liens avec le droit de la presse. « Il se porte bien et affiche un moral d’acier », assure cependant le président de l’Unajep, Albadia Dicko, qui lui a rendu visite ce matin à la Maison centrale d’arrêt de Bamako.
La Maison de la presse, organisation faîtière qui rassemble toutes les associations de journalistes du pays, est également mobilisée. L’un de ses dirigeants déplore lui aussi le rôle du pôle anti-cybercriminalité dans les affaires concernant des journalistes. Quant aux propos contenus dans l’article sur l’état de la justice malienne, « ce qui est dit par le journaliste, commente sobrement cette source, est ressenti quotidiennement par le citoyen ordinaire ».
L’ONG Reporters sans frontières dénonce dans un communiqué diffusé jeudi soir une « détention abusive » et demande la libération du journaliste. « L’inculpation sur la base de la loi sur la cybercriminalité et le placement sous mandat de dépôt d’Alfousseini Togo sont le dernier marqueur de la répression de la liberté de la presse au Mali », estime le directeur Afrique de RSF Sadibou Marong, dénonçant des charges « disproportionnées et floues ».
Une conférence de presse des organisations professionnelles de journalistes est prévue ce vendredi après-midi à la Maison de la presse du Mali, à Bamako.