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mercredi 4 février 2026
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L’Éveil historique ou la nécessité d’une refondation nationale

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À force d’écrire et de parler de la Kabylie, ma terre natale, certains esprits étriqués, mus par la haine et l’envie, n’ont rien trouvé de mieux que de me taxer de « makiste ». L’insulte facile est toujours l’arme des faibles. Je n’y réponds pas, car perdre du temps avec la médiocrité serait une défaite en soi.

Mon combat est ailleurs : parler, défendre, médiatiser et porter la Kabylie au-delà de ses frontières. Chaque mot, chaque texte, chaque prise de position vise un but : redonner une voix à cette région qu’on voudrait réduire au silence. Oui, j’assume ce rôle. Et si cela dérange, c’est que cela fait trembler les certitudes.

On me reproche parfois : « tu parles trop de la Kabylie ». Cette remarque m’agace autant qu’elle me conforte. Elle m’agace, car elle traduit la peur de ceux qui refusent que l’on assume fièrement son identité. Mais elle m’encourage aussi, car elle prouve que ma parole bouscule et qu’elle ouvre des brèches dans le mur du conformisme.

À ceux qui viennent d’autres régions d’Algérie, je lance un défi clair : faites de même pour vos terres, vos cultures, vos causes. Écrivez, témoignez, revendiquez. N’attendez pas que d’autres parlent à votre place. La Kabylie n’a pas le monopole de la dignité. Chaque région de ce pays a ses blessures, ses richesses, ses héros et ses espérances.

L’Histoire nous le rappelle avec force : ce sont les Aurès qui ont abrité la première étincelle du 1er Novembre 1954 ; c’est en Kabylie que se sont levées les insurrections de 1871, que s’est forgée la flamme culturelle et identitaire à travers les décennies. Le Sahara, immense et stratégique, a toujours payé de sa chair et de son sang l’isolement et l’abandon. Le M’zab a su préserver sa cohésion malgré les épreuves. Oran, Tlemcen, Constantine, Annaba, Alger… chaque région a ses luttes, ses martyrs, ses résistances étouffées par un pouvoir qui craint la diversité et préfère l’uniformité.

La vision que je défends est celle-ci : voir émerger, dans chaque région, des élites, des militants, des bâtisseurs qui oseront rompre avec le silence. L’avenir de l’Algérie ne se construira pas dans l’effacement des diversités, mais dans leur reconnaissance et leur mise en valeur.

Le jour où toutes les régions parleront d’une même voix, où aucune n’aura peur d’affirmer son identité et ses droits, ce jour-là pourra naître un Comité national de refondation de la nation. Un comité où chaque région sera représentée, écoutée et respectée. Un comité fondé sur l’équité, la pluralité et la justice.

Voilà ce que j’appelle l’Éveil historique.

Non pas un slogan creux, mais une urgence politique et nationale. Car une nation qui nie ses régions, qui étouffe ses voix et qui diabolise ses enfants, court droit vers sa propre dislocation.

De la Kabylie aux Aurès, du Sahara au M’zab, d’Oran à Constantine, de Tlemcen à Annaba, l’Algérie ne se sauvera qu’en réconciliant ses mémoires et en libérant ses territoires.

L’heure est venue de transformer le réveil individuel en sursaut collectif. L’heure est venue de briser le monopole d’une parole centralisée et stérile.

L’heure est venue, enfin, de construire l’Algérie des régions, l’Algérie de toutes les voix, l’Algérie de toutes les mémoires.

Source: Bihmane Belattaf

Kabylie : Novembre, la Soummam et les vérités qui dérangent

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Tribune : Par Bihmane Bellataf

Il est fascinant – et pathétique à la fois – de voir avec quelle facilité certains s’acharnent à insulter la Kabylie. Nourris d’idéologies arabo-baathistes d’un autre âge, prisonniers d’une vision médiévale et poussiéreuse de la société, ils ne savent exister qu’en cultivant la haine. Amazighophobie, kabylophobie, jalousie maladive : voilà leurs armes. Mais qu’ils ne s’y trompent pas, ils ne font que jouer le jeu du pouvoir qui les engraisse. Car le but est clair : diviser les Algériens pour mieux régner.

Et pour cela, quoi de plus pratique que d’attaquer la Kabylie ?

On nous traite de « zouaves », on nous traite de « harkis ». Quelle ironie ! Quelle absurdité ! Ceux qui aujourd’hui crachent ces insultes devraient peut-être ouvrir un livre d’histoire avant d’ouvrir la bouche. Car la vérité est simple et brutale : jamais la Kabylie n’a trahi. Jamais elle n’a faibli. Bien au contraire, elle a été le cœur battant de la lutte de Libération.

C’est de Kabylie qu’est partie une grande part de l’ossature de la Révolution. Trois wilayates historiques – la 4, la 5 et la 6 – ont vu le jour grâce à elle. C’est elle qui les a structurées. C’est elle qui les a équipées, humainement, militairement et logistiquement. Sans la Kabylie, elles n’auraient jamais existé.

Et c’est encore en Kabylie que s’est tenue l’une des étapes les plus décisives de notre histoire : le Congrès de la Soummam, en août 1956.

Dans une vallée reculée des montagnes de Béjaïa, sous la menace permanente des avions français, des hommes se sont réunis pour donner une colonne vertébrale politique et institutionnelle à la Révolution. Ils savaient que la lutte armée, seule, ne suffisait pas. Ils savaient que pour libérer et bâtir une Nation, il fallait une vision claire, un projet solide.

La plateforme de la Soummam a affirmé deux principes cardinaux :

La primauté du politique sur le militaire. Car une révolution ne devait pas être confisquée par les armes ni par les chefs de guerre, mais guidée par une vision nationale.

La primauté de l’intérieur sur l’extérieur. Car l’Algérie devait se construire par ses enfants, sur son sol, et non être dirigée par des appareils éloignés, coupés du terrain.

À travers ces choix, la Soummam portait l’ambition d’une Algérie républicaine, démocratique et moderne. Une Algérie où l’organisation primerait sur l’improvisation, où la légitimité naîtrait de la population et non de la force brute. La plateforme envisageait une Nation rationnelle, libérée des tribus, des clans et des dogmes, prête à rejoindre le concert des nations avec dignité.

Autour de cette table, des figures majeures ont marqué l’histoire :

Abane Ramdane, le stratège politique, l’homme qui a donné une vision claire à la Révolution et qui a cru, jusqu’à son dernier souffle, à la supériorité des idées sur la force brute.

Krim Belkacem, « le Lion des djebels », issu de Tizi Ouzou, qui fut l’un des artisans les plus déterminés de l’indépendance et qui porta la voix de l’Algérie jusque dans les négociations d’Évian.

Amirouche Aït Hamouda, commandant de la Wilaya III, incarnation de l’austérité et du courage, celui qui a fait trembler l’armée coloniale et qui, par son sacrifice, reste une figure mythique de la lutte.

Et bien d’autres : Ouamrane, Zighout Youcef, Ben M’hidi… tous réunis par un même souffle, une même ambition : libérer l’Algérie et lui donner un avenir digne.

Oui, la Soummam aurait pu porter l’Algérie au sommet.

Mais la Soummam a été trahie. Ses principes ont été reniés. Très vite, les militaires ont imposé leur loi, les clans ont pris le dessus, et l’Algérie a été livrée à des luttes intestines qui continuent encore aujourd’hui. Ceux qui aboient contre la Kabylie sont les héritiers directs de ceux qui ont enterré la Soummam. Ils ont préféré le pouvoir absolu à l’idéal national, la rente à la République, la division à l’unité.

Les sacrifices, eux, restent indélébiles. Des villages entiers rasés, rayés de la carte par la répression coloniale. Des milliers de veuves, condamnées au silence et au deuil(Ouzellaguen compte 87%de veuves (entre 17et 35 ans) suite aux représailles après le congrès. Des martyrs par dizaines de milliers. La moitié du prix de la guerre payé par une seule région. Dans ma proche famille, 47 martyrs sur 49( âgés entre 16 et 38 ans). Du côté maternel, 17 fils(17/45 ans )tombés, aucun n’est revenu. Qui d’autre peut revendiquer un tel tribut versé au sol de cette patrie ?

Alors oui, continuons ce petit jeu ridicule : qui sont les vrais « zouaves » ? Ceux qui ont versé leur sang pour libérer l’Algérie, ou ceux qui aujourd’hui rampent dans les couloirs du pouvoir, répètent ses insultes et s’accrochent à ses miettes ? Qui sont les « harkis » ? Ceux qui ont résisté au prix de tout, ou ceux qui se vendent encore au régime en échange de quelques faveurs, de quelques strapontins ? La réponse saute aux yeux.

La Kabylie ne cultive pas la division. Elle incarne le sacrifice, la dignité et la fidélité à l’idéal premier de Novembre. Mais l’idéal de Novembre, et plus encore celui de la Soummam, a été confisqué, trahi, piétiné. Au lieu de l’Algérie républicaine et démocratique promise, on a livré aux Algériens une caricature d’État, prisonnier de la rente et des clans.

Malgré tout, malgré les aboiements, malgré les insultes, une vérité demeure : la Kabylie reste un modèle. Un symbole. Une référence. Une fierté nationale. On peut tenter de l’insulter, on peut chercher à l’humilier, on peut réécrire l’histoire à coups de mensonges, mais rien n’efface le sang versé, rien n’efface les sacrifices, rien n’efface la mémoire.

Et au fond, vos insultes, vos accusations, vos aboiements ne sont que des aveux. Vous savez que face à la Kabylie, face à Novembre, face à la Soummam, face à cet héritage de courage et de dignité, vous ne valez rien. Voilà pourquoi vous la détestez : parce qu’elle est votre miroir, et qu’il vous renvoie votre propre lâcheté.

Déclaration de Riposte Internationale: Inquiétudes majeures face aux annonces sur le rétablissement de la peine de mort en Algérie

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Paris/Alger – 22 octobre 2025

Riposte Internationale exprime sa vive préoccupation à la suite de déclarations publiques attribuées à M. Mustapha Smati, président de la Cour de justice de Béjaïa, affirmant que la peine de mort serait « bientôt rétablie » contre les auteurs de crimes qualifiés d’« extrêmement dangereux », notamment les enlèvements d’enfants et le trafic en milieu scolaire. Selon ces propos, le Président de la République se serait engagé en ce sens lors de l’ouverture de l’année judiciaire 2025-2026. Ces annonces, relayées par la presse, n’ont pas fait l’objet d’une clarification officielle à ce stade.

Rappel juridique et contexteEn Algérie, la peine capitale demeure prévue en droit, dans le code pénal et le code de procédure pénale. Toutefois, le pays observe un moratoire de facto sur les exécutions depuis 1993. Les dernières exécutions connues sont intervenues à la suite de procès liés notamment à l’attentat de l’aéroport d’Alger du 26 août 1992. Depuis, des condamnations à mort continuent d’être prononcées, mais aucune exécution n’a été menée. L’Algérie est ainsi classée « abolitionniste en pratique » par les grandes organisations internationales.

Nos revendications immédiates

Riposte Internationale condamne, sur la forme comme sur le fond, une dérive institutionnelle grave et alarmante.

Dans tout État de droit, l’annonce d’une orientation pénale aussi grave et irréversible relève des autorités compétentes, à savoir la Présidence de la République, le Gouvernement et le Garde des Sceaux, dans le respect de procédures claires. Elle ne peut émaner d’un responsable judiciaire local parlant au nom de l’État.

En l’absence d’une communication officielle, sérieuse et claire, des dérives peuvent survenir et créer un climat d’incertitude qui fragilise la sécurité juridique, l’indépendance de la justice et la confiance des citoyens dans les institutions.Riposte Internationale considère que l’illusion de la dissuasion par l’application de la peine de mort mène à une impasse. Les données comparatives internationales n’apportent aucune preuve robuste que la peine capitale 

réduise la criminalité grave. La peine de mort n’empêche pas les crimes, n’élimine pas le risque d’erreurs judiciaires et heurte les principes fondamentaux du droit à la vie.

Riposte Internationale appelle à une clarification officielle urgente par la Présidence de la République et le ministère de la Justice sur la position de l’État concernant la peine de mort, au regard du moratoire en vigueur. Seules les autorités légalement habilitées peuvent annoncer des orientations pénales nationales d’une telle importance.

Riposte Internationale exige un engagement public à ne pas procéder à un rétablissement formel d’une peine certes prévue en droit mais non appliquée depuis 1993, et à respecter les obligations internationales de l’Algérie en matière de droits humains.

Riposte Internationale attend un signe fort de l’État algérien confirmant la poursuite du moratoire qui suspend de facto toute exécution et marquant, dans l’esprit, le renoncement à toute initiative visant à relancer l’application de la peine capitale.

Riposte Internationale exhorte les autorités algériennes à ouvrir un dialogue transparent avec la société civile, les barreaux, les magistrats et les experts indépendants pour toute réforme pénale et judiciaire, dans le respect de l’État de droit.

Riposte Internationale réaffirme avec force que la peine de mort n’est pas la justice. La justice protège la vie humaine, elle ne l’ôte pas. L’ensemble des personnels relevant du ministère de la Justice et la société civile responsable se doivent de refuser de se compromettre avec des pratiques d’un autre âge. Le tribunal doit rester l’arbitre de nos désaccords, un lieu de droit et de raison, loin de toute forme de barbarie.

                                                                             Fait à Montreuil, le 22 octobre 2025        

L’Algérie aux Algériens : Pour en finir avec les mirages toxiques du panarabisme

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Tribune Libre par Bihmane Belattaf

Il est des héritages qui empoisonnent l’âme d’une nation, des chaînes idéologiques qui entravent sa marche et obscurcissent son destin. Le panarabisme et son corollaire, l’arabo-islamo-baathisme, sont de ceux-là. Pour l’Algérie, cette orientation n’a été ni un choix, ni une fraternité, mais un dogme imposé, une parenthèse historique stérile dont il est urgent de dresser le bilan et de tourner définitivement la page.

La question est brutale, mais essentielle : Qu’avons-nous tiré comme bénéfice concret de cette « oumma arabe » fantasmée ?

En guise de réponse, l’Histoire, cruelle et impartiale, nous tend le miroir de nos dix années de plomb. Face au terrorisme le plus ravageur, dans la fournaise où l’Algérie s’est sacrifiée pour contenir le fléau intégriste, où étaient donc nos « frères » arabes ? Le silence assourdissant des capitales arabes, leur indifférence cynique, leur diplomatie lâche et complice parfois, ont été la seule « solidarité » que nous ayons reçue. Pendant que nos fils mouraient pour une cause qui dépassait nos frontières, l’Algérie était seule, abandonnée, offerte en pâture. Cette trahison n’est pas un détail de l’Histoire, c’est une cicatrice indélébile, un acte de divorce définitif.

Ils nous ont parlé de langue unique, de destin commun, de grandeur passée. En réalité, ils nous ont offert un leurre, un cache-misère pour des décennies de gestion désastreuse. Le panarabisme a été l’alibi parfait pour étouffer nos spécificités, nier la richesse de notre amazighité fondatrice, verrouiller la pensée et justifier un autoritarisme stérile. C’était la « tumeur cancéreuse » qui a métastasé dans les institutions, corrompu l’éducation et embrigadé la culture dans un carcan étranger. C’était le « poison » qui a distillé la honte de soi et le mépris des autres, nous éloignant de notre africanité naturelle et de nos potentialités méditerranéennes.

Le résultat est sans appel : un retard de développement abyssal, une jeunesse en perte de repères, une économie exsangue et une identité schizophrène. Nous avons troqué notre souveraineté contre des slogans creux, et notre honneur contre l’indifférence de ceux que nous appelions frères.

Assez de chimères ! Assez de suivre des voix qui nous mènent dans l’impasse !

Il est temps que le pays soit rendu à ses dignes fils. Il est temps de renouer avec le génie algérien, multiple, fier et indépendant. Il est temps de regarder vers l’Afrique, avec laquelle nous partageons le sang et le sol, et vers le monde, pour y prendre la place qui nous revient de droit.

L’Algérie n’est pas arabe. Elle est algérienne. Elle est amazighe, » arabe » , musulmane(leur version hypocrite), méditerranéenne et africaine. Cette pluralité est notre force, notre patrimoine et notre avenir.

La rupture avec ce panarabisme nocif n’est pas un rejet de l’autre, c’est une reconquête de soi. C’est un impératif de survie et la condition sine qua non de notre renaissance.

L’heure de la dignité retrouvée a sonné.

Les Algériens sont très forts : ils savent vexer Xavier Driencourt

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Xavier Driencourt chez lui à Paris

Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France à Alger, a récemment formulé une phrase qui mérite de figurer dans le Panthéon des lamentations postcoloniales : « Les Algériens sont très forts, ils savent humilier les diplomates. »

Ah, l’humiliation… jadis instrument de domination des puissances coloniales, voici qu’elle se retourne contre ses anciens maîtres. Ironie historique ? Non, karma diplomatique. La guerre d’Algérie, officiellement terminée en 1962, n’a pas cessé de résonner dans les couloirs feutrés du Quai d’Orsay. Et voilà que ce qu’on croyait être une relation stabilisée, politiquement et symboliquement, montre des signes de tension persistants.

Derrière la phrase de Driencourt, qui s’apparente davantage à un soupir qu’à une analyse diplomatique, se cache un ressentiment aussi vieux que les luttes pour l’indépendance. Driencourt ne parle ni de visas, ni de coopération bilatérale, ni de questions économiques. Il parle d’un mal plus intime : la vexation nationale. Une Algérie qui se permet de snober la France, de ne pas suivre les signaux de son ancienne tutelle, voire de lui tenir tête ? Une humiliation, bien entendu.

Mais alors, de quoi parle-t-on vraiment ? S’agit-il d’une stratégie algérienne bien orchestrée — une « guérilla protocolaire » à la sauce FLN — ou est-ce un syndrome purement français, celui de la dignité piétinée chaque fois qu’un ancien colonisé ose se tenir droit ? Si l’on suit la logique du diplomate meurtri, toute affirmation d’égalité deviendrait une offense. Mais derrière cette blessure se cache une vérité plus complexe.

Loin d’être une tactique algérienne, ce que Driencourt perçoit comme de l’humiliation est peut-être simplement le renversement des rapports de domination symbolique. L’Algérie « sait vexer » parce qu’elle a cessé de jouer le jeu de la subordination. Et pour certains diplomates français, ce simple acte de se tenir droit et de refuser de se soumettre semble plus insupportable qu’un discours de Boumédiène en boucle.

En réalité, ce que Driencourt appelle « humiliation » pourrait bien être, ni plus ni moins, le fait d’avoir été reçu en égal — sans tapis rouge, sans gestes de gratitude forcée. Pour certains, cela représente déjà une défaite symbolique, une perte de contrôle. La vraie humiliation, en somme, est d’être confronté à une Algérie qui n’attend plus de permissions et qui parle avec une affirmation sereine de sa souveraineté.

Les Algériens ne cherchent pas à humilier. Et pourtant, ce n’est pas l’Algérie qui humilie la France. C’est plutôt la mémoire mal digérée de la France qui humilie, à chaque fois qu’elle exige la reconnaissance de sa grandeur passée sans être prête à regarder en face les plaies laissées par sa colonisation. Chaque fois qu’un ancien diplomate confond son ressentiment personnel avec un acte de guerre psychologique, la France se replonge dans ses vieux démons.

Les Algériens ne vexent pas. Ils rappellent que l’époque des « dominés muets » est révolue. Ils exigent d’être entendus. Et si cela vexe encore certains hauts fonctionnaires français, c’est peut-être le signe qu’il est temps de repenser les rapports de force.

Mais pourquoi Xavier Driencourt se sent-il humilié ? Parce que la France n’est plus en position de surplomb. Elle n’est plus l’ancienne puissance mondiale, imposant son ordre à ses anciennes colonies. Au contraire, la France se retrouve, parfois, à devoir écouter, à devoir comprendre les préoccupations des pays qu’elle a longtemps dominés.

Parce que l’Algérie ne demande plus la permission de parler fort. Elle n’a plus besoin de jouer la politesse diplomatique pour faire valoir ses intérêts. Quand un pays ne se plie plus aux règles de courtoisie imposées par ses anciens oppresseurs, cela peut être perçu comme une provocation. Pourtant, c’est simplement l’expression d’une souveraineté retrouvée.

Parce que, enfin, la mémoire coloniale est toujours là, elle n’a pas été digérée. Quand l’Algérie parle de réparations, d’excuses, ou de reconnaissance des tortures infligées pendant la guerre d’Algérie, elle ne fait que demander un examen de conscience, une réécriture des narrations historiques que la France a longtemps conservées sous son contrôle. Et ça, bien sûr, c’est vécu comme une humiliation — mais uniquement pour ceux qui refusent de remettre en question la version officielle de l’Histoire.

Parce que la France ne fait plus peur. Ce n’est plus l’ancienne puissance coloniale qui impose son pouvoir. L’Algérie n’a plus peur de la France. Elle se permet même de remettre en question son passé. Elle ne craint plus ses critiques. Elle se soucie davantage de son propre futur que de la réconciliation imposée par son ancien colonisateur. Cela, pour un pays qui a toujours vu dans ses anciennes colonies des vassaux à contrôler, c’est l’oubli ultime.

L’humiliation n’est peut-être qu’un autre nom pour la perte de centralité.

La France ne domine plus le récit, ne fait plus trembler ses anciennes colonies,

et surtout — sacrilège ultime — elle n’est plus le nombril du monde.

Il serait temps de s’y habituer.

Dr A. Boumezrag

On a colonisé, on s’est planté… et vous, vous avez fait quoi ?

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Armée française surveille des Algériens

On a colonisé, avec des bibles dans les poches et des fusils dans les mains. On est venus « civiliser », traduisez : prendre l’or, briser les peuples, imposer la langue du maître, découper des frontières comme on découpe un steak dans l’assiette du dimanche.

On a construit des chemins de fer qui menaient toujours vers le port, jamais vers l’école. Puis on a planté des drapeaux, on a gravé nos noms sur des statues, on a élevé des monuments aux « grands hommes »… et on a oublié les morts sans sépulture.

Et puis, au fil des décennies, on s’est planté. Spectaculairement. Échec moral, faillite humaine, karma historique. Le siècle a changé, les colonies sont devenues des pays indépendants – sur le papier. On a remis les clés du sous-sol (mais pas les ressources), on a gardé la langue, les contrats, les dettes. On a fait mine de partir mais on a laissé nos banques, nos ONG, nos bases militaires. On a troqué les bottes contre les briefcases. C’est plus discret.

Alors oui, on s’est planté. L’histoire nous jugera. Ou plutôt, elle a déjà commencé à le faire – dans les musées, dans les rues où tombent les statues, dans les manuels qu’on réécrit à la hâte avant que les enfants ne posent trop de questions. On pleure maintenant les blessures qu’on a infligées, on finance quelques bourses, on restitue deux ou trois masques sacrés… emballés dans du papier bulle. De temps en temps, on dit « pardon », mais jamais sur un ton assez fort pour être entendus au fond du Sahel ou des banlieues.

Mais… vous, descendants des colonisés, enfants des oubliés, qu’avez-vous fait ?
Avez-vous simplement hérité du traumatisme ou en avez-vous fait un levier ?
Avez-vous revendiqué vos racines ou laissé la mémoire s’effriter à la lumière bleue des écrans ?
Avez-vous construit des futurs ou répété les échecs postcoloniaux en boucle, comme un vieux disque rayé ?

Parce que l’indépendance sans conscience est un héritage en solde. Et l’autodétermination ne se télécharge pas sur TikTok.

Le vrai danger aujourd’hui, ce n’est plus le colon blanc à casque rond. C’est l’oubli.
L’oubli des luttes, l’oubli de l’humiliation, l’oubli que l’Histoire, si on ne la confronte pas, recommence.
Et dans ce monde globalisé, ubérisé, numérisé, on peut très bien être colonisé par des algorithmes, par des dettes, par des modèles économiques légués par l’ancien maître — mais brandis aujourd’hui par de nouvelles puissances aux visages plus polis.

La planète est un village, dit-on. Mais quel genre de village ? Un où les anciens racontent encore l’histoire sous le baobab, ou un où la jeunesse défile sur Instagram pendant que la mémoire s’évapore comme un tweet mal liké ?

Alors non, cette chronique n’est pas une confession. C’est un miroir.

Regardez bien. On a colonisé, on s’est planté… et vous, vous avez fait quoi ?

Vous avez hérité de terres pillées, de langues fracturées, d’identités bricolées entre deux continents, et pourtant… certains d’entre vous ont relevé la tête. D’autres l’ont baissée pour éviter de regarder le vide qu’on leur a laissé. Et beaucoup se débattent dans une double injonction : être fiers d’un passé volé et performants dans un présent programmé par d’autres.

Vous avez été des statistiques dans les rapports d’ONG, des sujets de thèse dans les universités du Nord, des images dans les clips de sensibilisation. On vous a dit que vous étiez « résilients », ce mot anesthésiant qu’on balance quand on ne veut pas dire « abandonnés ».

Et maintenant que le monde tient dans une poche, que les continents se parlent en visio et que les luttes se mènent par hashtags interposés, que faites-vous de cette mémoire ? Est-elle un carburant ou un fardeau ?
Faites-vous de la décolonisation un projet politique ou un décor Instagram ?
Rêvez-vous d’un avenir en propre ou d’un visa pour ailleurs ?

Mais attention, cette chronique n’est pas un procès. Ni des colonisateurs, ni des colonisés. Elle est un rappel brutal que personne n’échappe à l’Histoire, même en 5G.

Parce qu’en 2025, la colonisation n’est plus qu’un fait historique : c’est une matrice.
Elle a codé les privilèges, les douleurs, les systèmes d’éducation, les flux économiques, les récits officiels.
Elle est dans les algorithmes qui décident quelles vies valent d’être vues, dans les brevets déposés sur des plantes sacrées, dans la monnaie encore imprimée à Paris. Elle est dans les regards soupçonneux à la douane, dans les CV écartés au prénom trop exotique, dans les ONG qui distribuent des moustiquaires sans jamais écouter les rêves.

Et pourtant… il reste une chance.

Une chance d’en faire autre chose. De transformer la mémoire en puissance, la colère en conscience, les cicatrices en cartographie d’avenir. Il faut pour cela du courage, pas seulement pour dénoncer, mais pour créer. Pas seulement pour se souvenir, mais pour bâtir du nouveau.

Ce n’est pas une page à tourner, c’est un livre à réécrire ensemble — dans toutes les langues, avec toutes les mémoires, même les plus inconfortables.

Alors oui, on a colonisé, on s’est planté. Et vous, vous avez fait quoi ?
Ferez-vous mieux ?
Ferez-vous autrement ?
Ferez-vous ensemble ?

Parce qu’au final, comme le disait Mandela, « l’histoire ne nous juge pas sur les épreuves que nous avons subies, mais sur la manière dont nous avons choisi de les surmonter. »

Et ça, c’est une question qui ne se sous-traite pas.

Epilogue ; Alors que l’Histoire tangue entre oublis stratégiques et mémoires blessées, entre statues déboulonnées et récits recomposés, une vérité demeure : on ne peut pas réparer l’avenir sans affronter le passé. La colonisation n’est pas une parenthèse fermée, c’est un fil rouge qui traverse encore nos économies, nos imaginaires, nos frontières et nos silences.
Mais ce fil, chacun peut choisir de le tordre, de le rompre ou d’en faire une corde solide pour relier, pour élever, pour transmettre autrement.

Parce qu’au fond, la véritable décolonisation ne se décrète pas — elle se construit, mot après mot, acte après acte, génération après génération. Elle commence quand on cesse de désigner des coupables pour enfin partager des responsabilités.

« Ils ont tenté de nous enterrer. Ils ne savaient pas que nous étions des graines. »
— Proverbe mexicain

Dr A. Boumezrag

Riposte Internationale rejette le musèlement des voix dissidentes et des médias en Algérie

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Censure de la presse

Riposte Internationale, ONG de défense des droits humains, s’indigne du blocage de son site par le régime algérien et rappelle le sort fait à la presse en Algérie.

Dans un contexte marqué par des tensions diplomatiques entre l’Algérie, les pays du Sahel, le Maroc et la France, Riposte Internationale tient à exprimer sa vive préoccupation face à l’érosion continue des libertés fondamentales, notamment la liberté de la presse et le droit d’accès à l’information. Ces atteintes pèsent lourdement sur l’opinion publique, déjà fragilisée par les restrictions imposées à la liberté d’expression et à la pluralité des voix.

Une chape de plomb s’est abattue sur le monde médiatique en Algérie. Journalistes harcelés, médias indépendants réduits au silence, chantage à la publicité, lois répressives votées dans l’urgence : tout concourt à museler les voix libres et à imposer une vérité officielle, au mépris du droit des citoyens à une information indépendante, pluraliste et fiable.

Alors que le 3 mai dernier, le monde célébrait la Journée mondiale de la liberté de la presse, il est crucial de rappeler que cette liberté n’est pas seulement un pilier de la démocratie : elle est aussi une condition essentielle à l’exercice d’une citoyenneté éclairée. Sans un accès libre, transparent et diversifié à l’information, les citoyens sont privés de leur capacité à comprendre, débattre et participer pleinement à la vie publique.

Riposte Internationale rappelle le prix élevé payé par de nombreuses femmes et hommes pour garantir l’indépendance des médias, ainsi que les sacrifices consentis pour défendre ces valeurs universelles. Fidèle à ses principes fondateurs, notre organisation a toujours été, et reste, résolument engagée dans la défense de la liberté de la presse – en Algérie comme ailleurs.

Nous condamnons avec la plus grande fermeté les attaques répétées contre cette liberté, notamment l’adoption de lois liberticides visant journalistes, militants et organisations indépendantes. À ce titre, nous dénonçons le blocage en Algérie de notre site internet (www.riposteinternationale.org), un acte de censure manifeste qui prive les citoyennes et citoyens algériens d’un accès à une information libre, plurielle et indépendante. Notre site n’est par ailleurs pas le seul média en ligne bloqué par les autorités algériennes.

Nous rejetons fermement toute tentative de museler les voix dissidentes et de verrouiller l’espace informationnel. De telles dérives mettent en péril non seulement la liberté de la presse, mais aussi les fondements mêmes de tout régime démocratique.

Face à cette situation, Riposte Internationale réaffirme son engagement indéfectible en faveur des droits humains, de la liberté de la presse et de la démocratie. Nous poursuivrons sans relâche notre action pour garantir à chaque citoyen, en Algérie et partout dans le monde, un droit fondamental : celui de savoir.

Aussi, nous en appelons aux autorités afin qu’elles se conforment au Pacte International Relatif aux droits civils et politiques, ratifié par l’Algérie en 1989, qui garantit la liberté de la presse et d’expression. Car, nous restons convaincus que ce n’est qu’en assurant une liberté d’expression et d’information que le citoyen arrivera à distinguer les enjeux présents et futurs.

Fait à Paris, le 06/05/2025
P/ Riposte
Internationale
Ali Ait Djoud
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Riposte Internationale présente ses condoléances à la famille Ben Mamar

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Ben Mamar

L’ensemble des sociétaires de Riposte Internationale, membres du bureau exécutif, militant.e.s, sympathisant.e.s, tiennent à présenter leurs condoléances les plus attristées à nos camarades sœur et frère Lila et Boukhalfa Ben Mamar, qui viennent de perdre leur chère sœur Zira Ben Mamar.

Nous tenons à leur témoigner ici et maintenant notre profonde affection et soutien dans cette douloureuse épreuve.

Qu’elle se repose en paix.

Talwit iy ixef is, ad yazen Rebi svar.

Riposte Internationale

Pour le Bureau Fédéral

Ali Ait Djoudi

Abdelhamid Bourayou, un parcours au service du patrimoine amazigh

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Abdelhamid Bourayou
Abdelhamid Bourayou

Chercheur universitaire, le professeur Abdelhamid Bourayou a consacré une grande partie de son parcours académique à l’étude du patrimoine populaire amazigh.

Spécialisé en patrimoine et en littérature populaire, cet universitaire, aujourd’hui à la retraite, a produit de nombreux ouvrages sur le patrimoine amazigh.

Rencontré à Tizi-Ouzou en marge d’un séminaire national sur le « rôle des enseignants-chercheurs dans la préservation du patrimoine populaire », organisé par le département de langue et littérature arabe où il a enseigné, M. Bourayou s’est confié à l’APS pour évoquer son parcours académique.

Originaire de Constantine, c’est à partir de Tizi-Ouzou qu’il a entamé son parcours d’enseignant universitaire. Sa relation avec la littérature amazighe dans sa variante kabyle a débuté à la fin des années 1970 lorsqu’il a commencé à enseigner au département de langue et littérature arabe du centre universitaire de Tizi-Ouzou (créé en 1977 et promu en université en 1989).

L’enseignement de la littérature populaire a été introduit en 1979 pour les 3e et 4e années et, en sa qualité de pionnier dans ce domaine, il a été chargé d’enseigner ce module qu’il a assuré jusqu’en 1992. C’est durant cette période qu’il a encadré de nombreux travaux de recherche sur la littérature amazighe entre mémoires et thèses, formant ceux qui allaient devenir, par la suite, des enseignants au département de langue et culture amazighes (DLCA) créé en 1990, département dont il a contribué à la création.

« J’ai contribué à la création du DLCA et j’ai y enseigné la littérature populaire en arabe dialectal et, en même temps, j’encadrais les étudiants qui écrivaient leurs thèses (magistère et doctorat) en arabe sur la culture amazighe, notamment sur les contes et les romans, étant le seul habilité à encadrer ces travaux en arabe », a-t-il indiqué.

M. Bourayou fournissait à ses étudiants les outils pédagogiques et les encadrait sur le plan de la méthodologie. « Je leur donnais la méthode et ils travaillaient sur la culture amazighe en collectant la matière dans leurs régions respectives », a-t-il expliqué.

Nombre de ses anciens étudiants qu’il a encadrés au département de langue arabe ou au DLCA, sont aujourd’hui des chercheurs réputés en langue et culture amazighes, à l’instar de Mohamed Djelaoui, Ait Kadi Dahbia, Khaled Aigoune et Nadia Berdous.

M. Bourayou a indiqué que durant son parcours de chercheur en littérature populaire, il s’est intéressé à de nombreux textes du patrimoine amazigh, ajoutant qu’un nombre important de récits collectés par Ait Kadi Dahbia, Zahia Teraha et Khaled Aigoune sont les mêmes qu’on retrouve dans d’autres cultures.

« Je me suis intéressé à ce sujet et j’ai travaillé sur les récits collectés par mes étudiants. Je les ai traduits en arabe et analysés pour ensuite les présenter dans mes cours. Ces contes sont importants, car ils montrent la contribution des amazighs dans l’enrichissement de la littérature universelle », a-t-il souligné.

Il a aussi étudié l’ouvrage Poèmes kabyles anciens de Mouloud Mammeri qu’il présentait dans ses cours.

« J’ai constaté que les textes et les récits véhiculés dans ses poèmes sont les mêmes que ceux que j’avais enregistrés durant mon travail de recherche pour mon Magistère à El Oued. C’est ce qui m’a motivé à introduire cet ouvrage de Mammeri dans mes cours pour expliquer aux étudiants que nous sommes une même société qui a un patrimoine commun, qu’il soit en arabe dialectal ou en Tamazight », a-t-il affirmé.

Ce chercheur considère que l’étude du patrimoine populaire amazigh est une question importante, car elle est une composante du patrimoine national qu’il est nécessaire d’étudier dans ses différentes variantes, de promouvoir et de préserver.

APS

Français en hiver, Algérien au printemps, orphelin toute l’année

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Drapeaux Algérie France

Les Franco-Algériens ? De vrais maîtres dans l’art de changer de costume en fonction des saisons. En hiver, ils sont français – on leur rappelle leur devoir civique, leur carte d’identité, leur existence nationale.

En printemps, ils deviennent algériens, fleurissant sous le poids de la mémoire historique et des attentes des deux côtés de la Méditerranée. Mais dès que l’été arrive, ils se retrouvent à nouveau seuls, nus et abandonnés sous un soleil de plomb. Orphelins toute l’année, sans patrie, sans repère, flottant entre deux nations qui ne les acceptent vraiment nulle part.

Le paradoxe ? La double nationalité. Ou plutôt le piège de la double nationalité. Une promesse de richesse identitaire qui se transforme rapidement en carte de mauvaise conscience. La France vous dit « vous êtes chez vous, mais pas trop », et l’Algérie vous murmure « vous êtes des nés ailleurs, vous n’avez pas oublié, mais vous n’êtes pas d’ici ». Entre ces deux appels du pied, le Franco-Algérien se fait prendre dans une double étreinte qu’il n’a ni demandée ni voulue.

L’hiver, on lui dit que la République est sa mère, qu’elle l’a adopté, qu’il doit respecter les lois, chanter la Marseillaise et manger son pain au chocolat dans les meilleures traditions de l’hexagone. Mais le printemps arrive, et là, l’Algérie refait surface. Le pays de l’origine — ou du moins, de l’ancestralité rêvée. Les gouvernements, les politiques et parfois même les voisins le poussent à porter les couleurs du passé colonial. Mais cette couleur, on le sait, est celle de l’inachevé, des cicatrices et des souvenirs amers.

En 2005, la loi sur la reconnaissance du rôle positif de la colonisation ravive les blessures, une provocation immédiate pour une génération qui n’avait jamais oublié les fantômes de la guerre d’Algérie. Le gouvernement français n’avait alors pas mesuré l’onde de choc : des émeutes dans les banlieues éclatèrent, des jeunes issus de l’immigration, souvent d’origine maghrébine, dénonçaient leur double marginalisation – raciale et sociale. Ils étaient, pour beaucoup, ces Français oubliés, mis de côté par une République qui ne les accueillait pleinement que pour son propre confort.

Puis vint la réconciliation diplomatique avec l’Algérie dans les années 2000, symbolisée par les visites de Nicolas Sarkozy et François Hollande. Mais, sous le masque du réconfort, la guerre des mémoires continuait.

L’Algérie, de son côté, évoquait les « 1 500 000 martyrs » de la guerre d’indépendance et les blessures d’un colonialisme qui n’a pas encore été pleinement reconnu par la France. Leurs enfants, nés en France, tiraient des fils invisibles entre les deux pays, traînant le poids d’une histoire qui leur échappait. Entre nostalgie du pays d’origine et désillusion du pays d’adoption, ils étaient condamnés à incarner une mémoire collective qui se déchire.

L’été arrive. Et tout ce qui semblait fragile s’effondre. En 2019, le gouvernement algérien prend des mesures restrictives concernant les visas pour les Algériens résidant en France. Ce fut un choc pour de nombreuses familles franco-algériennes. Une fois encore, les frontières physiques et psychologiques entre les deux rives se fermaient brutalement. Le poids de la frontière invisible, déjà si lourd dans le quotidien des binationaux, s’est intensifié.

Le printemps 2025 résonne comme une énième saison de promesses inachevées. Les relations diplomatiques entre la France et l’Algérie, déjà fragiles, sont devenues un véritable cauchemar administratif pour les binationaux. On ferme des ambassades, on réduit les possibilités de visa, on sépare les familles. Et les enfants nés ici mais nourris par l’autre côté de la Méditerranée ? Ils n’ont jamais été aussi loin de chez eux. Et pourtant, ils n’ont jamais été aussi près de tout perdre.

Ils sont français en hiver, quand le vent du repli souffle fort, algériens au printemps, quand la frénésie des racines les rattrape, et orphelins toute l’année quand tout s’effondre sous leurs pieds. Ils sont le produit d’une histoire qu’on n’a pas su solder, d’un héritage qui les fait tanguer sans les faire tomber. Ils sont cette identité flottante, ce territoire en attente, entre deux rives qu’ils n’ont jamais pleinement conquis.

Le vrai drame, cependant, est que cette condition d’orphelin semble être leur seule véritable appartenance. Ni d’ici, ni de là-bas, mais ailleurs. Toujours ailleurs.

À travers les saisons de la mémoire et de l’identité, les Franco-Algériens s’efforcent de trouver un ancrage, un espace où leurs racines peuvent enfin s’enfoncer. Mais ce qui leur est promis, ce n’est ni la chaleur d’un foyer ni l’accompagnement d’une terre d’accueil. Ce printemps 2025, plus que jamais, la double appartenance ressemble à un jeu cruel où l’on exige d’eux de choisir entre un héritage qu’ils n’ont jamais eu la chance de connaître pleinement et un pays qui les considère toujours comme des étrangers de trop.

L’été, avec ses promesses de réconciliation et de fraternité, ne fait que rappeler la solitude qu’ils ressentent chaque jour. Leur véritable maison, la seule où ils semblent trouver une place, demeure cet orphelinat de la mémoire, un lieu où l’absence de reconnaissance est, paradoxalement, ce qui les définit le mieux.

Dans ce jeu de miroirs identitaires, où l’on jongle avec des loyautés successives, la véritable tragédie des Franco-Algériens réside dans ce vide éternel. L’hiver est celui de l’illusion d’appartenance à une nation qui, à chaque tournant, les remet à leur place. Le printemps, période d’embrasement des racines et des souvenirs, les attire dans un héritage qu’ils n’ont jamais pu pleinement toucher, une terre pleine de promesses non tenues. Puis, l’été arrive, avec son rejet cinglant, et la réalité se fait brutale : orphelins toute l’année, sans terre, sans père, sans refuge, constamment ballottés entre des mémoires qui ne les reconnaissent jamais complètement. Et c’est dans ce vide, ce déracinement permanent, que réside la véritable appartenance de ceux qu’on croyait à jamais divisés. Le seul chez-soi possible est celui de l’absence de chez-soi.

Épilogue : L’absence de chez-soi. Voilà peut-être la seule vérité immuable qui définit le parcours des Franco-Algériens à travers les saisons de l’identité. Un vide dans lequel ils sont condamnés à évoluer, poussés de part et d’autre par des attentes contradictoires. Entre la France, qui leur rappelle sans cesse qu’ils ne sont pas « tout à fait » chez eux, et l’Algérie, qui leur fait sentir qu’ils ne sont plus vraiment des « siens », il reste cet espace flottant.

Cet espace sans ancrage, où l’on navigue, souvent seul, sans boussole ni repères solides, dans une mer de souvenirs inachevés, de promesses non tenues et de silences gouvernementaux. À la fin, qu’importe le pays d’origine, qu’importe la patrie d’adoption. Les Franco-Algériens ne possèdent rien, à part peut-être cette douleur partagée, un vide identitaire dans lequel ils errent, jour après jour, saison après saison.

L’absence de chez-soi n’est pas simplement le manque d’une maison physique. Elle représente cette déchirure intérieure, ce déséquilibre constant, entre des racines qui ne trouvent jamais terre. Elle est cette quête de quelque chose qui ne viendra jamais : une véritable identité, une appartenance pleine et entière.

Peut-être que le seul véritable chez-soi que ces âmes égarées finiront par trouver réside dans cette absence même, dans l’idée qu’il est impossible d’être « complètement » quelque part. Peut-être que c’est cela, finalement, leur seule et unique patrie : l’absence de toute patrie.

Dr A. Boumezrag