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dimanche 29 mars 2026
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Ben Mohamed, le père de « Vava inouva »

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Portrait

Ben n’a pas fait la guerre, mais la guerre l’a fait ! Elle l’a construit comme un gîte incertain dans la peur et l’espoir d’une quiétude future, une construction artistique d’apparence précaire, une muraille de pierre sèche avec un solide liant invisible édifiée par le hasard dans le tumulte de la guerre autour d’une femme chanteuse providentielle, un vieux disquaire cultivé, un père ouvert, mais protecteur, un bouquiniste  ancien professeur de littérature en retraite et une mère poétesse qui remontait du fond des âges les chants de la meule et du berceau .

Un enfant sans enfance

Entre la mouvance et les pauses du temps insaisissable de la guerre, le jeune Mohamed grandira dans les béances des soucis adultes ! Comme toute sa génération, il connaîtra une enfance fugace, amputée de son innocence, de tous les rêves printaniers, vadrouillant entre la ville et le village de montagne, déchiré entre deux univers antagoniques qu’il finira, grâce à la poésie, par harmoniser comme une partition magique. De cette enfance guerrière, il gardera l’image de son école incendiée, de son départ pour Alger en 1956,  où tout petit, il aidait son père Mohamed Saïd dans sa boutique de bonneterie dans la basse casbah. L’arrachement à son village natal et l’impossible enracinement citadin créeront en lui une ambivalence que la poésie colmatera comme un baume magique sur une blessure incurable et ce n’était pas son inscription à « l’école du Divan », qui pour la circonstance portait mal son nom, qui allait le guérir de la dépossession de son univers natal. Il retournera sur sa colline d’At Wacif, alors zone interdite, pour être cloîtré à la maison, avant de revenir définitivement en ville en 1958. De sa Kabylie natale il gardera le portrait fugace d’un instituteur communiste, du nom d’Albertini, de monsieur Ainouz, le directeur d’école  et d’une société,  où « l’awal », la parole donnée, l’art du discours réparateur animaient les réseaux de la vie simple que la guerre vint dérégler et entremêler comme les ressorts d’une vieille horloge, dont le tic tac, se taira sous la furie des bombes, des meurtres et des viols.

Des rencontres fondatrices

Né le 10 mars 1944 à Ath Ouacif, dans la wilaya de Tizi Ouzou, Benhamadouche Mohamed eut un parcours d’enfant que la guerre a chargé de poésie douloureuse d’une sensibilité désarmante. Il se construira tout seul, se créant ses univers au gré des rencontres et des circonstances d’où il tirait le maximum d’enseignements et d’outillages formateurs. Dés huit ans, il croisera par bonheur Slimane Azem, le fabuliste légendaire, dans un café d’At Wacif où son père l’avait emmené. Il sortira du café avec un avenir de poète tout tracé, les oreilles bourdonnantes de mots et de notes magiques et un fascicule portant des chansons de Slimane Azem écrites en caractères latins qu’il apprendra par cœur. En partance vers Alger, il cacha sous terre son fameux carnet, mais à son retour il ne l’y retrouva pas. Ce fut un terrible choc, une blessure insurmontable qui forgera en son âme d’adolescent un défi majeur : écrire des poèmes si beaux que le maître Slimane Azem en serait content ! Il trouvera consolation dans les jupons d’une femme réfugiée dans son village, un être blessé dans sa dignité qui chantait sans arrêt pour se guérir des brutalités de la guerre. Elle prolongeait les mélodies de sa mère qui avaient rythmé sa prime enfance et forgé en lui le goût du chant, de la berceuse, de la plainte lyrique, de l’appel sourd et incompréhensible des entrailles.

Avoir 20 ans à l’indépendance

Le jeune Ben fredonnait ses poèmes sur des réminiscences mélodieuses de sa maman et de toutes les femmes que la guerre lui fit croiser. En 1961, Ben Mohamed rencontra Cheikh Noureddine qui lui proposa de se faire enregistrer à la radio, mais il ne se présenta pas aux studios de peur de fâcher ses parents qui voyaient encore la chanson avec les yeux pudibonds des hautes collines.

A l’indépendance, Ben est recruté comme agent de bureau par la préfecture d’Alger. Il savait que sans une formation plus conséquente il serait enterré dans ce bureau d’assistance. Il s’inscrivit aux cours du soir au Télemly. C’est dans cette école qu’il effectua ses cycles moyen et secondaire de 1963 à 1969, sous la direction de Tahar Oussedik, avant de suivre une rigoureuse formation administrative en comptabilité publique qui mettra quelques remparts à son évasion poétique permanente. Chez Hamma son voisin disquaire, il croisera des artistes, des hommes de lettres avec qui il se liait d’amitié. Il écoutait surtout beaucoup de musiques envoûtantes sans comprendre les paroles, il se forçait à écrire des poèmes brûlants pour ces airs venus d’ailleurs tout en s’initiant à l’écriture grâce à un ami libraire qui lui prêtait des livres. Ce bouquiniste, un ancien professeur de lettres en retraite, était à lui seul un cercle culturel, il connaissait tellement de monde que Ben s’y forgea une culture conséquente et un esprit critique aiguisé. Il se soustraya progressivement à la boutique de son père pour se fondre dans l’atmosphère révolutionnaire avec des amis qui l’initiaient à la politique, à la délivrance de l’aliénation coloniale. Il se mit à écrire de textes portant la terre et le sang de sa montagne.

La mère, la terre et la langue

C’est en 1966 qu’il s’entendit chanter à l’antenne à l’émission « Les chanteurs de demain » de Cherif Kheddam. Il comprit qu’il n’avait rien à voir avec ce métier. Il connaîtra néanmoins le milieu artistique de la radio et sympathisera avec Saïd Hilmi qui animait « Plumes à l’épreuve » une émission pour jeunes poètes. Ses textes plurent à l’animateur qui lui proposa de prendre une émission. Ce fut « Heureux Matin » sa première sortie radiophonique. Armé du seul souci de parler en kabyle intégralement, il fit appel à la mémoire maternelle, sa maman demeurant sa première école et son guide. Il lui consacrera d’ailleurs un poème intense en 1973, où à travers elle, c’est la femme révolutionnaire, la femme résiliente, la femme de la montagne solide comme un roc qui est décrite et mise en valeur. « Yemma », ce poème chanté par de nombreux interprètes met en situation la langue natale, la mère résiliente et la terre protectrice. Ben écrira sans arrêt des centaines de textes faits pour être chantés.

Il mènera sa vie artistique entre la radio et les récitals poétiques de la veine contestataire portant le combat identitaire avec finesse et intelligence. Un véritable combat intellectuel qui suscita maintes vocations comme feu Rachid Aliche et autre Lounis Aït Menguellet. Les cours de berbère qu’il suivit à l’université chez Mouloud Mammeri avaient déclenché en lui un nouveau langage combattant tout en symboles et en messages contestataires de restitution de la culture des ancêtres. Ben s’impliqua à différents moments dans le débat et l’engagement militant. Il fut dans le premier groupe étudiant qui demanda en 1976 dans « une contre charte » par écrit, la reconnaissance de la langue berbère. Il aura produit six pièces radiophoniques pour la chaîne 2, et traduit vers le kabyle des dramaturgies ouvrières de Kateb Yacine. À la fin de l’année 1990, Ben Mohamed ne pouvant plus exercer son métier de comptable au ministère de l’Éducation nationale avec l’arabisation de la comptabilité publique s’exila en France où l’environnement culturel favorable lui permit de réaliser de nombreux montages poétiques, des récitals et des documentaires liés à la thématique identitaire.

Vava inouva : l’universalité amazighe

« C’est en vain que dehors la neige habite la nuit » écrira Mouloud Mammeri à propos de ce sublime poème de Ben Mohamed chanté par Idir. Cette chanson au retentissement mondial a constitué, au moment opportun, un vecteur de la sauvegarde de notre âme, un pont vers le monde, un gué pour lier les deux rives de Tamazight, l’authenticité et l’universalité.

« Txilek ldi yin tabburt a Vava inuva

Cenčen Tizevgatin im a yelli Ɣṛiva

Ugadaɣ lwaḥc lɣava a vava inu va

Ugadaɣ ula d nekini a yeli ɣṛiva »

« Ouvre-moi la porte, Vava Inouva

fais tinter tes bracelets ma fille Ghriba

J’ai peur du monstre de la forêt, Vava Inouva

Je le crains moi aussi ma fille Ghriba »

Le refrain qui remonte notre éternelle quête de paix et de tranquillité résume notre précarité perpétuelle. Nous y sommes encore aujourd’hui, menacés d’extinction culturelle, guettés par la rupture identitaire, à demander le secours des ancêtres.

Comme la jeune Ghriva qui revient de loin à travers la forêt inhospitalière, nous en appelons encore à Vava inouva pour qu’il nous tende la main, qu’il nous ouvre la porte du monde que nous portons dans nos rêves, qu’il couvre notre avancée risquée vers l’avenir avec le viatique du passé !

Chacun de nous est Yeli Ghriva, fille perdue revenue de loin qui tente d’échapper aux griffes et aux crocs du monstre qui la poursuit et qui aujourd’hui encore est sur ses talons.

Le conte Vava inouva, replacé par le poème de Ben Mohamed et la belle mélodie d’Idir dans des dimensions universelles relate notre détresse, notre perte de repères, et nous propose comme issue la solidarité entre générations, la transmission du legs des anciens, la continuité des valeurs et l’inamovibilité des repères.

En 1973, cette chanson inattendue, remontée du fond de notre matrice identitaire, nous a réconciliés avec nous-mêmes, nous a redonné du ressort, alimenté notre fierté, raffermi le sentiment d’appartenance à une communauté en besoin de renaissance ! Ce merveilleux texte nous a de nouveau amarrés à un destin universel partagé avec le reste de l’humanité. Vava inouva a ressuscité en nous l’envie de nous battre, exacerbé le besoin d’être nous-mêmes, avec nos différences, nos singularités, mais semblables pour l’essentiel aux autres dans ce qu’ils ont de meilleur. La guerre de libération a forgé en nous une âme collective verruqueuse, un gros cœur douloureux chargé de furoncles enkystés dans l’âme, l’indépendance de l’Algérie a été incomplète pour nous autres, qui avons ravalé notre quête identitaire le temps de chasser les colonisateurs, mais hélas l’indépendance nous a dessaisis de l’initiative historique et culturelle, nous a relégué dans le monde de l’interdit, le royaume du silence et de la peur.

Vava inouva : la délivrance inattendue 

Vava inouva fut le chant de notre indépendance retrouvée, notre hymne à la liberté, à l’ouverture, à la modernité. J’ai vécu la naissance de cette œuvre magistrale avec une certaine proximité comme un adolescent qui attend fébrilement que sa maman se libère et lui donne la sœur qui lui manquait tant ! J’habitais El Mouradia, Idir habitait la tour de Diar Saada, mon cousin Hassan qui était un peu mon tuteur était l’un de ses amis intimes, ils ne se quittaient jamais ! Nous étions un groupe d’étudiants que Hassan tenait en haleine, il allumait notre curiosité et entretenait notre attente à doses homéopathiques : – « Idir a fini par apprendre le poème de Ben Mohamed, Idir a fini la musique, Idir a vu Nouara, Idir a fait ceci, Idir a fait cela. C’est Idir qui va la chanter, ce n’est pas Nouara, ce n’est pas Aït Meslayene, ce n’est pas Samy Ldjazayri, ce n’est pas X, ce n’est pas Y… ».

Hassan nous tenait otages de ses informations jusqu’au jour il nous révéla qu’Idir était en studio chez Oasis … L’attente devint insupportable ! La libération survint inattendue, la petite sœur souhaitée fut une princesse, une fée, un être magique qui dés les premières notes conquiert amis et adversaires ! Ce fut le bonheur ! Comme pour toutes les naissances heureuses, nous avions adopté le bébé et nous l’avons porté à bout de bras, à bout de cœur à travers les méandres de nos espérances ! Nous achetions des dizaines de disques et nous les distribuons aux amis coopérants étrangers, nous voulions qu’ils sachent que nous étions capables du bon, du très bon !

Dans notre imaginaire ancien, Anza est l’appel des héros assassinés par traîtrise par de faux frères. Anza est ce murmure venu du fond des tombes ! Seuls les artistes à l’ouïe fine peuvent l’entendre à leur passage devant le cimetière, le panthéon des aïeux ! Idir est de ceux-là ! Il a entendu anza n’ Taqvaylit lancé douloureusement par le poète Ben Mohamed au moment où la course à la fortune obturait les oreilles de nombreux artistes anesthésiés par les mélodies langoureuses de l’Orient ou embrigadés par les sonorités métalliques de l’Occident ! Quand on entend Anza, on organise Asfel, le rite propitiatoire et sacrificiel, on fait alors offrande de ce que nous avons de meilleur. Pour ce poème, perle brillante sur la neige brûlante qui habite la nuit kabyle, Idir a donné le meilleur de lui-même, son engagement, sa voix, sa musique, à un moment où personne ne croyait à la greffe de l’écusson kabyle sur le blason de la culture universelle ! Grâce à cette chanson, la vie a pris le dessus sur la mort !

Vava inouva nous a tendu la main pour nous faire traverser Assaka, le gué salvateur. Le monstre de la forêt est toujours là, nous lui avons porté des coups, nous l’avons fait douter de sa force ! Le monstre a peur ! La peur a changé de camp ! Ben Mohamed ou Vava inouva peut désormais ouvrir la porte de notre univers tel que les ancêtres l’ont gravé dans l’imaginaire collectif. La culture kabyle, ou la jeune Ghriva, n’a plus besoin de faire tinter ses bracelets pour retrouver la chaleur de son foyer

Rachid Oulebsir

 

 

Caricature AÏNOUCHE

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Les hommes libres sont nés libre

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L’Histoire reste constamment en éveil tant que toutes les vérités n’ont pas été, l’une après l’autre, mises à la lumière. Il est ainsi d’une réalité que notre histoire dissimule et dont les racines remontent au mouvement national libérateur, la question berbère.

Cette question identitaire des Algériennes et des Algériens a été étouffée, dévoyée et souvent diabolisée par les différents acteurs de la vie politique algérienne que ce soit dans les années 40 ou post-indépendances. Les amalgames et les raccourcis sont toujours empruntés par les détenteurs d’un pouvoir aussi petit, soit-il, pour noyer comme à l’accoutumée, cette revendication légitime, pacifique, qui à terme, sera le catalyseur d’une démocratisation de l’Algérie et partant, de tout le Maghreb des peuples.

Déjà, à l’indépendance, le spectre du « berbérisme » et du «séparatisme » a été nourri par les « nouveaux révolutionnaires » gardiens du temple vide des « Thawabits ». La dimension amazigh est bannie. Dans les manuels scolaires, aucune référence n’est faite aux ancêtres Massinissa, Jugurtha, Juba, La Kahina….

Mouloud Maameri, l’anthropologue et écrivain, tente de percer le silence et la rétention du pouvoir de l’époque sur la question culturelle. Mais, dans sa logique stalinienne, le pouvoir pousse une jeunesse avide d’identité et de vérité à l’exacerbation.

Ainsi, en avril 1980, sur un acte d’autorité, une simple conférence de Mouloud Maameri est annulée à Tizi Ouzou. Les étudiants protestent. Le régime réprime la contestation avec une violence inouïe. Le Mouvement Culturel Berbère (MCB) est né ! Il prendra en charge la revendication identitaire qui est d’essence pacifique et démocratique. Cet acte constituera l’un des événements politiques majeurs de l’Algérie indépendante, surtout que c’est une génération formée à l’école algérienne et qui n’a pas connu la colonisation française qui a pris ses responsabilités devant l’histoire. Bien que moulée dans le système éducatif du régime éloigné de la réalité socioculturelle, cette jeunesse a remis brutalement la question Amazigh sur la scène de l’actualité en ces temps de glaciation et du Parti unique !

Des années durant, et après ces événements, les animateurs du MCB ont toujours porté« à bras-le-corps » la revendication identitaire, en faisant face à différentes étapes de leurs parcours, à toutes sortes de manipulations, défis et coups de boutoir du pouvoir en place : accusations de « complot colonialiste », divisions….

Plus près encore, sous l’ère de Bouteflika, issu de « la dernière fraude du siècle » à Tizi Ouzou, et en présence de personnalités nationales et régionales, la question Amazigh est de nouveau piétinée. À une question de constitutionnalité de Tamazight, Bouteflika répondra par le tristement célèbre « JAMAIS ».
Les Algériens lui répondront par le même mot « JAMAIS », on n’arrêtera la marche d’un peuple pour renouer avec son identité et retrouver enfin la paix quel que soit les manœuvres grossières des apprentis sorciers qui déterrent la hache de guerre pour diviser ce qui reste des vrais défenseurs de Tamazight.

Depuis toujours, des hommes libres se sont battus pour avoir un rayon de soleil dans leur printemps, jusque-là, teint aux couleurs de l’automne qui ne veut pas disparaître. Leur rendre hommage, aujourd’hui, n’est que justice et reconnaissance, car ils étaient des Hommes justes et obstinés à faire aboutir leur noble cause, qui ne se limitait pas au vouloir parler la langue de leurs ancêtres librement, mais aussi pour rendre universelle dans l’esprit de l’intelligence des Algériens, qui se reconnaissent légitimement à travers elle, sans attendre une reconnaissance de la part des pouvoirs publics, qui ont lâché du lest en reconnaissant, au forceps; il est vrai, le caractère national de la langue amazigh dans la constitution « remaniée ».

  • Aujourd’hui, les Algériennes et les Algériens doivent faire une halte salutaire et se poser les questions pertinentes :
  • Peut-on toujours faire semblant de ne pas voir ce qui est évident ?
    Peut-on continuer à nier l’essence même de la nation algérienne sous des faux-fuyants et de faux prétextes ?
  • Peut-on continuer la « théâtralisation du leurre » en faisant semblant d’introduire quelques réformettes à l’école en guise de semblant de reconnaissance ?
  • Peut-on, enfin évoquer une Nation sans l’identifier, sans être fiers du creuset civilisationnel qui la berce ?
  • À quand les véritables débats pour les bonnes solutions ?

La réalité Amazigh de l’Algérie est là. Elle nous interpelle depuis la nuit des temps. Elle est là à travers les écrits et les ouvrages d’éminents écrivains (Iben Kheldoun dans l’histoire des Berbères, Mouloud Maameri…).
Elle est là à travers les noms des villes et villages (Tablat, Rélizane, Tlemcen, Tamezguida…).
Elle est là à travers les noms des montagnes (Adrar, Idjabren…). Elle est là à travers les vestiges archéologiques…
Elle est là à travers le parler algérien, les mœurs et coutumes de chaque famille, de chaque village avec un système de gouvernance harmonieux, juste et équilibré.
Elle est là à travers le caractère frondeur de chacun d’entre nous. Elle est là à travers le sens de la rhétorique (fierté et nif…).
Elle est là à travers le respect du droit de la personne humaine et la promotion de la femme qui a sa place dans la société (Antinea ou Tinhinane ou celle qui a dit ; Kahina ; Fadhma N’soumer …). Elle est là à travers l’esprit de solidarité et le sens de l’hospitalité. Elle est là à travers la grandeur d’âme et la simplicité de l’Algérien…enfin, elle est là avec tout ce qui est nécessaire pour justifier l’existence d’une Nation qui l’identifie des autres Nations.

La culture Amazigh est le référentiel même qui rassemble et unit les peuples du Maghreb et « la culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié ».

L’Amazighité est un facteur d’union de la Nation algérienne. Elle constitue le socle de l’Algérie, le noyau dur, le prolongement identitaire de nous-mêmes aux côtés de l’islamité et de l’arabité, autres facteurs d’union. Sa négation serait la négation de nous-mêmes, de la Nation algérienne.

Aujourd’hui plus qu’hier, il est important de réaffirmer que la reconnaissance constitutionnelle de Tamazight en tant que langue nationale et officielle ne peut et ne doit faire oublier aux militants que son émancipation est indissociable de la lutte pour la démocratie et le respect des droits de l’homme.

Dr Amokrane Lakhdar

 

Les femmes noires tunisiennes : La couleur de notre colère

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Tout est significatif. L’engagement dans une lutte sociale est loin d’être un signe d’intelligence, mais selon ma modeste lecture et expérience, l’engagement est une décision purement politique.

Nous, les femmes noires, notre engagement dans la lutte contre le racisme en Tunisie, cette entité géopolitique méditerranée arabo-musulmane, est plus que difficile, voire douloureux. Engagement dans un contexte sociopolitique où une grande variété de pouvoirs (les institutions politiques, la société civile, les médias, des universitaires, des acteurs noirs eux-mêmes…) s’allient afin de minorer cette question.

Le racisme pervers dans notre pays, je le compare avec le mercure. Nous le voyons clairement, il brille et, pourtant nous sommes incapables de le tenir entre les mains. Une grande frustration qui laisse un arrière-goût amer. Mais nous essayons encore et encore de faire en sorte que cette question soit abordée de manière concrète et qu’on en débatte profondément.

Quand tu comprends, tôt ou tard, que tout est politique : ta classe, ta catégorie, ta situation économique, ton image, ta représentation dans ta société… Tout est défini et encadré directement ou indirectement par le politique… Tu commences peu à peu à examiner des données sur le racisme, qui pendant très longtemps ont été considérées comme non politiques. Tu te saisis de ces données, d’ailleurs lacunaires (des mailles de la chaîne de l’histoire ont été totalement perdues, y compris l’esclavage et sa représentation), tu les décortiques et tu les déconstruis pour finalement comprendre que ces données historico socio-économiques ont été constituées sous l’égide du politique.

Quand tu es noir dans un monde majoritairement « blanc » ou qui se voit comme blanc, tu te retrouves malgré toi dans ce cercle de représentation, fruit du passé. Là, tu as deux choix. Résister ou résister.

De toute façon tu es obligé de résister, mais c’est à toi de choisir ta façon de le faire. La majorité des noirs tunisiens ont choisi la résistante silencieuse. Lutter quotidiennement pour une vie meilleure, aux côtés du peuple dans son ensemble, sans faire de leur lutte une lutte spécifique. Une résistance qui se dilue dans la résistance du peuple en général, sans que le fait que leur couleur noire soit à l’origine d’un effort double soit seulement reconnu, dans une société où la lutte des classes a écrasé la lutte contre le racisme de couleur : l’occultation de la cause de Slim Marzoug dans les années 1960, l’injustice contre le poète Belgacem Yaagoubi, le racisme contre Najiba Hamrouni, etc.

Comme toutes les femmes noires en Tunisie, j’ai porté dans mon ADN le traumatisme de l’agression, de la discrimination et des stigmatisations, mais, comme beaucoup d’autres femmes noires aujourd’hui, j’ai décidé de changer cette réalité alarmante de notre vécu. Ces femmes et moi voulons une nouvelle image et cherchons une nouvelle place dans notre société. Nous sommes en train de nous battre pour légitimer notre existence dans ce pays, notre appartenance à ce pays. Un combat dur, mais possible.

Notre lutte est purement politique et elle ne peut pas être analysée autrement. La grande marche-caravane qui a été organisée par des activistes noirs en mars 2014 et qui a démarré de Djerba en passant par Gabès et Sfax pour arriver à Tunis un 21 mars[1] 2014, était l’initiative d’un groupe des femmes lors d’une discussion sur Facebook. Cet engagement féminin contre le racisme dit long.

Photo 1 : Amyna Soudani membre fondateur de l’association ADAM première Association en Tunisie pour la lutte contre le Racisme et membre organisateur de la marche de 2014 (Tunis Mars 2014

 

 

 

Photo n°2 : Imen Ben Ismail et Maha Abdelhamid membres organisateurs de la marche de 2014 (Sfax, mars 2014).

Dans mon cas, le choix de la recherche en sciences sociales était un moyen de comprendre, de décortiquer, et par conséquent de déconstruire mon histoire et mon vécu.

Issue d’une classe populaire modeste, j’ai vécu les frustrations d’une femme noire marginalisée dans sa société et sur laquelle on projette tous les clichés du monde. La majorité des femmes noires dans ma ville et mon entourage étaient des femmes de ménage, des nourrices chez les grandes familles ou des ouvrières…les quelques femmes noires aides-soignantes, institutrices, fonctionnaires ou même professeures de lycée constituaient l’exception et elles n’ont pas pu changer cette stigmatisation qui touche largement les femmes de ma catégorie. J’étais surtout encouragée par ma mère (aide-soignante) et ma grand-mère (femme de ménage) à continuer mes études supérieures. Elles m’avaient appris que les études étaient le seul chemin d’émancipation et le seul moyen de rompre avec la stigmatisation qu’on a toujours subie. Cette stratégie est en soi une stratégie de résistance politique par des femmes noires en Tunisie qui ont bien compris que seul le parcours supérieur de leurs filles ainsi que l’engagement concret dans les mouvements de militantisme peuvent faire rempart à cette stigmatisation. Selon Bahri dans sa thèse « Les Noirs n’ont jamais pu dépasser un taux d’entrée dans le secondaire de 25 %. […] Les Noirs souffrent de la faiblesse de leurs capitaux économiques » (BAHRI, 1992, p.276). » Ces mêmes femmes luttent pour rompre avec les séries d’anecdotes qui victimisent les noirs[1] et qui sont répétées dans les médias depuis 2011 à chaque fois qu’on parle du racisme. Elles ont décidé de mettre fin à la « ridiculisation » d’une vraie bataille de fond contre le racisme politique, contre une histoire d’oppression, contre une histoire de silence. J’exprime mon respect et je manifeste ma sincère fierté à toutes ces femmes citées en note de bas de page qui ont choisi une lutte acharnée, brisant ainsi le silence, en imposant une nouvelle image des femmes noires qui disent STOP à la stigmatisation et qui visent à agir collectivement afin de donner une nouvelle couleur de la sphère féministe en Tunisie qui reflète la vraie couleur de la population et de la société Tunisienne.

Maha Abdelhamid

Chercheur et militante tunisienne

 

[1] Journée internationale de la lutte contre le racisme.

[2] Je pense également à toutes ces femmes comme Amina Soudani, Ghalia Soudani Imen Ben Ismail, huda Mzioudet  Saadia Mosbah, Samira Trabelsi, Afifa Letifi, Houda Derbal, Jamila Camara, Baya Mrabet Ghrissi et ses filles, Jamila Debech Kssikssi, Amal Belkhir, Sabrine Jertila Sana Krir, Fatma Ben Barka, Imen Sayeh, Imen Akacha, Latifa Letifi, Fatima Jaidi, Iman Marouani, et bien d’autres qui ont choisi une lutte acharnée, brisant ainsi le silence , en imposant une nouvelle image des femmes noires qui disent STOP à la stigmatisation.

Nadia Matoub défend la mémoire du rebelle

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C’est sur sa page Facebook que Nadia Matoub, la veuve du rebelle a publié une déclaration par laquelle, elle accuse le pouvoir algérien de vouloir récupérer la mémoire du chanteur le plus aimé de tous les temps et de vouloir s’accaparer de sa demeure qui porte dans chacun de ses coins l’âme de celui qui a tout le temps combattu ce pouvoir qui reste toujours le même.

Nadia s’oppose catégoriquement au musée qui viendra de ceux qui refusent encore d’élucider l’assassinat de son époux. La rédaction.

Voici le texte de la déclaration:

Défendons la mémoire de Lounès Matoub

Lounès Matoub incarne l’esprit de liberté, celui de la résistance, de la chanson qui éveille. C’est cet esprit que le régime algérien a combattu et combat encore par la censure, la répression, l’injustice, l’humiliation qu’il fait subir aux populations, l’instrumentalisation de l’histoire et de la langue amazighe ; Lounès ne disait-il pas « Int-iyi isem Amaziɣ ma d tilelli s tegrawla ? » (Dites-moi si “Amazigh” ne signifie-t-il pas “Liberté par la révolution” ?). Mais voilà que ce système que Lounès a combattu de toutes ses forces, système d’hier qui demeure celui d’aujourd’hui, prétend vouloir préserver sa mémoire et son patrimoine artistique et culturel en finançant un musée qui va porter son nom. Il s’agit tout simplement d’une profanation et de la volonté de neutraliser le symbole qu’il incarne.

En tant que veuve de Matoub Lounès, je suis étonnée, encore une fois, d’apprendre, par la presse, l’existence d’un projet qui concerne mon époux. Par cette déclaration, je tiens à informer l’opinion publique de ma ferme opposition à ce projet qui aura comme conséquence de dénaturer ses biens matériels : le projet tel qu’il est annoncé par les autorités algériennes prévoit même « d’intégrer la maison familiale » dans l’édifice du musée. Sa demeure qui abrite ses souvenirs les plus précieux, à l’exemple de ses instruments de musique et des prix qui lui ont été décernés, doit rester tels qu’il les a laissées, reflet de sa vie et de son parcours.

Je refuse que la mémoire de Lounès soit souillée et que son combat soit perverti et instrumentalisé. Comment oser prétendre œuvrer pour la préservation de l’héritage culturel et artistique de Lounès lorsqu’on combat la liberté d’expression, l’une des valeurs pour lesquelles il a lutté.

Lounès s’est imposé comme le poète exemple de la mémoire fidèle. Notre mémoire est condition de notre conscience et du chemin à emprunter pour préserver le souvenir du symbole de la liberté et de la résistance. La mémoire de Lounès est le patrimoine de l’ensemble des Amazighs à qui il revient de la défendre. Réflexion, discernement et vigilance sont de rigueur dans notre action de mobilisation afin d’entretenir dignement son souvenir.

Nadia Matoub,
Paris, le 9 septembre 2018

 

L’environnement en Algérie : Un désastre en gestation

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Trouver les mots qu’il faut pour qualifier l’état de l’environnement en Algérie est un exercice difficile. Les Algériens doivent, au quotidien, se frayer un chemin entre les amas d’ordures et composer avec des épidémies d’une autre époque.

Régulièrement présente dans toutes les discussions, la question de la collecte et du traitement des ordures ménagères et des déchets industriels demeure une source d’inquiétudes pour les Algériens. La récente épidémie de choléra, qui marque la fin des vacances, n’est qu’une alerte sur la gravité de la situation et l’urgence d’une solution.

Le constat est plus qu’alarmant. C’est un véritable désastre écologique qui est en cours en gestation à travers tout le pays. En effet, aucune parcelle, aucun espace, y compris ceux censés être des lieux de détente de villégiature, n’échappent à l’invasion des déchets de toutes natures et origines. Les sacs et bouteilles en plastiques, les emballages de tout genre (verre, carton, métaux…) et les eaux usées enveniment le quotidien des algériens et rendent l’air irrespirable.

Les décharges sauvages se multiplient à travers les villes et les campagnes du pays, n’épargnant aucun espace, y compris les lieux dits de tourisme ou de détente. La situation est d’autant plus inquiétante qu’elle doit faire face à l’indifférence des uns et l’irresponsabilité des autres. Tout le monde s’accorde à dire que cela ne peut et ne doit durer, car les conséquences risquent d’être désastreuses pour la santé publique et pour l’environnement.

Cependant, face à la gravité du diagnostic et à l’urgence d’une réaction, force est de constater que c’est plutôt l’indifférence et du citoyen et l’incurie des responsables qui prévalent. La collecte des déchets se fait de manière occasionnelle, laissant s’entasser des milliers de tonnes de déchets aux abords des routes et des trottoirs. Quant à l’industrie du recyclage, elle est totalement absente du programme économique du gouvernement.

Abandonné par les pouvoirs publics et malmené par les citoyens, le pays s’écroule progressivement et irréversiblement sous le poids des déchets. Un abondant des territoires qui met en péril l’homme et l’environnement, alors qu’on assiste, au niveau mondial, à un regain de dynamisme et une reprise en main du combat pour la protection de la planète.

Par Hakim Taibi

Chakib Khelil s’en prend à la France

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L’ancien ministre de l’Énergie et des Mines, Chakib Khelil, s’est attaqué à la France, lors de sa dernière conférence en l’accusant d’être un obstacle pour l’investissement américain et asiatique en Algérie.

Cette intervention est venue en réponse à un participant qui aurait posé une question relative à l’absence d’investisseurs américains en Algérie.

« Les investisseurs que vous évoquez sont contraints de passer par la France pour arriver en Algérie et sont dans l’obligation d’avoir une autorisation et l’approbation du bureau français chargé des affaires d’investissements en Algérie », répond Chakib Khelil.

Et d’ajouter : « On n’oublie pas que le problème de langue fait que nous soyons sous l’emprise des Français ».

Il maintient toujours sa position d’imposer et de promouvoir la langue anglaise en Algérie pour assurer une meilleure gestion économique.

La rédaction 

Verrous et loquets de l’histoire

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En ces temps de disette et de sécheresse idéologique, les intellectuels et les analystes politiques aux positions plutôt inconfortables se fendent de théories complexes. Tout concourt à noyer le citoyen et à brouiller les messages y compris pour les citoyens les plus éveillés.

En évoquant l’adjectif éveillé, je ne considère pour ma part, en aucun cas que sur cet immense territoire, cohabiteraient des dormeurs et des veilleurs, des bourrus et des margines, des brillants et des nazes, des sédentaires malicieux et des bédouins sommeillant, des sous-hommes et des surhommes en latente et douteuse cohabitation. Je crois que sommeille un peuple las des coups bas, violents et insidieux.

Qu’importent mes croyances, le clou de l’Histoire qui rouille et croule sous le poids des exigences de cette dernière risque de ne plus tenir. Il nous rouillera inévitablement entre les doigts et gare aux contaminations. Ce faisant, nos intellectuels déblatèrent sous l’imaginaire arbre à palabre, la Djemaa ayant disparu. Ses membres disloqués se perdent dans des monologues inaudibles.

Je ne comprends rien, je n’aurais rien compris ?

En effet c’est le cas ! J’avais rêvé toutes plumes fendantes ou confondantes de ce pays, rédigent dans un même élan, le même appel, disent ensemble ou individuellement que –YA BASTA- Je ne cite personne, mais je n’oublie personne, non plus. À force d’enfumage nos intellectuels et leurs superproductions de chroniqueurs ou d’analystes, finissent en fumisterie.

Pas de malentendu, j’admire et respecte nos intellectuels, il n’en demeure pas moins que mon respect comme celui de ce peuple a ses limites. Alors, écrivez, dites, parlez ou taisez-vous à jamais ! Ce n’est pas un serment d’autel, encore moins un sermon, mais, nom d’un chien galeux, réveillez-vous !

Akli Drouaz 

La littérature nord-africaine à travers les siècles

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L’histoire culturelle de l’Afrique du Nord ou « Tamazgha » est très complexe et particulière.

L’oralité de la culture nord-africaine très riche, étant une caractéristique assez importante, elle a fait l’objet de plusieurs études. Mais le but de cet article n’est pas de parler de la littérature orale et écrite de l’Afrique du Nord, ou de « culture savante » et « culture vécue », selon les termes employés par M. Mammeri, mais d’aborder celle-ci sous l’angle de la langue d’écriture de cette expression littéraire.

Ce qui interpelle le lecteur lorsqu’il s’intéresse à ce domaine, c’est la problématique de la langue dans l’expression littéraire, culturelle ou de la vie politique. Pour des raisons pratiques, nous nous cantonnerons dans cet article, à aborder uniquement le cas de l’Algérie.

En effet, à travers ses siècles d’histoire, tous les auteurs berbères ont écrit dans la langue de l’envahisseur. Pourquoi ? Pourquoi plusieurs générations d’écrivains et d’intellectuels ont choisi la langue du colonisateur pour s’exprimer dans les domaines religieux (ST Augustin), sociologique et politique (Ibn Khaldoun), littéraire (Apulée), Kateb Yacine et Assia Djebar, etc.

Cette génération d’écrivains et d’intellectuels berbères qui ont traversé les siècles sont connus pour la plupart d’entre nous.

Nous ne citerons que les plus récents et les plus connus : Jean Amrouche, Taos Amrouche, Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Assia Djebar, Mohamed Dib et Rachid Mimouni. Tous ont abordé à leur manière la problématique de la langue d’écriture et la question de cette dichotomie entre l’écrit et l’oral.

À titre d’exemple, Kateb Yacine a cessé d’écrire des romans en français et s’est mis à faire du théâtre en langue arabe algérienne pour se rendre plus accessible au peuple.

Dès la fin du 19e siècle, des intellectuels algériens se sont posé la question de la revendication identitaire culturelle et linguistique en termes académiques. Parmi les pionniers nous citerons : Belkacem Bensedira, Said Boulifa ainsi que Mohamed Said Lechani. Mais ce mouvement de la quête de soi a été repris de façon bien plus importante et plus poussée par Mouloud Mammeri qui a consacré sa vie à cette reconquête identitaire linguistique et culturelle.

Dans sa présentation des travaux de M. Mammeri dans la revue Awal, Malha Benbrahim écrit : « La littérature historique algérienne dans son ensemble, se caractérise depuis les années trente par la revendication identitaire. La revendication identitaire y était évoquée soit dans son aspect ethnique, soit à travers le panégyrique des héros politiques et militaires de l’antiquité. La dimension culturelle de la berbérité était quand à elle, éludée et évacuée au profit de l’arabo-islamisme… »; Et toujours selon Malha Benbrahim, cela a conduit un glissement de la revendication identitaire vers le « mythe d’une unicité » culturelle et linguistique, qui a marginalisé et effacé la diversité et la pluralité de la culture algérienne. C’est cette dérive historique qui a nourri la forte opposition aux travaux de M. Mammeri qui représentaient la réappropriation de la dimension culturelle de l’identité algérienne.

Mammeri, en tant que dépositaire et parfait connaisseur du savoir autochtone, s’est attelé à comprendre la mise à l’écart, voire même l’effacement de la langue amazigh dans l’expression écrite en Afrique du nord.

Son inquiétude était clairement exprimée lorsqu’au colloque d’Oujda, Maroc, lorsqu’il disait : « Je voyais que dans toutes les matières qu’on apprenait, il était question de tout sauf de nous ».

Son approche historique l’a amené à faire, d’abord, une analyse critique et objective de la société berbère pour en cerner les mécanismes.

Selon Malha Benbrahim : « une rétrospective de l’œuvre M. Mammeri, ne laisse aucune équivoque. Dès sa première étude, M. Mammeri se voulait objectivement critique par rapport à la société berbère ; ce qui l’éloignait de la tendance à vénérer le passé. Cette tendance était- pour des raisons aisément perceptibles- le propre d’un grand nombre d’études menées à partir du nationalisme algérien ».

En effet, dès 1938, alors qu’il avait à peine 20 ans, M. Mammeri a écrit un article sans concession, intitulé : « La société berbère » ; article paru dans la revue Aguedal à Rabat.

Le premier paragraphe de cet article portant le titre clairement critique : « la société berbère persiste et ne résiste pas », s’ouvre comme suit :

« Les Berbères n’ont jamais formé un état, une civilisation propre.

Mais les multiples colonisateurs qui ont passés sur leur sol, des Carthaginois aux Français, en passant par les Romains, les Vandales, les Byzantins, les Arabes et les Turcs, nul ne leur a transmis sa civilisation.

D’où vient cette apparente contradiction ?

Il semble à première vue que puisqu’après vingt-cinq siècles de civilisation étrangère, les Berbères sont restés eux-mêmes, ils aient des énergies considérables à opposer à l’étranger. Mais puisque d’autre part ces énergies n’ont jamais pu se fondre en un tout harmonieux, il faut croire que quelques principes de destruction, quelques vices empêche cette synthèse.

Cette force de résistance et cette incapacité politique semblent pouvoir s’expliquer par une construction sociale particulière qui a déterminé à la longue dans les esprits une psychologie politique assez primitive ».

Mammeri identifie la structure tribale et le mode de fonctionnement de la société berbère comme étant l’une des principales causes de blocage empêchant l’ouverture et l’évolution de la société dans un mouvement de synthèse, de Syncrétisme harmonieux des apports civilisationnels extérieurs. Il écrit en l’occurrence : « Mais la famille n’est point la véritable base de la société berbère. C’est en réalité la tribu, formule d’un autre âge, très ancienne, quasi protohistorique. Le rôle des cités est prépondérant dans le travail d’unification d’une nation ».

L’autre cause et non des moindres qui se conjugue à la précédente est la multiplicité des envahisseurs durant vingt-cinq siècles. La réaction de la tribu a toujours été la même écrit, M. Mammeri : « À tous les envahisseurs ils ont opposé la tribu. Pour fonder un état, créer une civilisation, ils avaient la tribu. Mais la faiblesse capitale d’une tribu est sa trop grande uniformité. À l’intérieur d’une même tribu, il n’ya jamais qu’une seule espèce de génie, une vertu d’une sorte très particulière ».

Il ajoute que même si  » la tribu peut à la rigueur suffire à fonder un empire. À l’organiser, à le perpétuer, elle s’épuise. Seule la cité peut assumer ce rôle ».

Toutes les dynasties berbères fondées sur la tribu n’ont pu former des états viables et durables dans le temps et donc à pouvoir imposer leur culture et une langue.

Mammeri constate amèrement que : « Toute l’histoire berbère est une suite de destruction, de désastres, de dynasties météores qui passent aussi éblouissante par la rapidité de leurs conquêtes que par la facilité de leur chute ».

Dans son article : « l’expérience vécue et l’expression littéraire en Algérie », M. Mammeri aborde en ces termes le statut marginal et inférieur de la langue et de la culture berbère à travers les siècles d’histoire :

« Ce statut diminué des langues populaires en face d’une langue de civilisation est, en réalité, un phénomène très ancien dans l’histoire du Maghreb tout entier. Pas seulement de l’Algérie, mais aussi de la Tunisie, du Maroc et de la Libye. En cela, l’arabe populaire n’a fait que continuer le statut qui était celui du berbère avant l’entrée de l’islam en Afrique du Nord ».

Mammeri met l’accent sur l’impact dramatique des invasions successives du Maghreb dès le début de son histoire qu’il qualifie de « malédiction historique ». Douze siècles avant Jésus-Christ les colons phéniciens ont ouvert la porte à une suite de colonisations durant de longs siècles.

Il en déduit que,  » à aucun moment, l’histoire du Maghreb n’a été entièrement déterminée de l’intérieur du Maghreb ».

Il ajoute que sur le plan de la culturel et linguistique, « dès le départ, il ya toujours eu une langue officielle qui n’était jamais celle du peuple maghrébin quel qu’il fût. Déjà du temps des Phéniciens, alors que le Maghreb entier était uniquement berbère, et que, par conséquent, il y avait une unité de peuplement du Maghreb…la langue officielle même des rois numides, c’est-à-dire des rois berbères (Massinissa, Jugurtha, Makawsen et tous les autres) était le punique, c’est-à-dire la langue de Carthage. Parce que la langue punique était une langue répandue dans tout le bassin occidental de la méditerranée… ».

Cette marginalisation de la langue berbère devant la force et la puissance de la langue officielle de l’envahisseur va continuer en s’accentuant comme le précise M. Mammeri : « Cette dichotomie qui a existé avec les Phéniciens va se reproduire avec les Romains de façon plus déterminante, peut être encore plus grave. À tel point qu’au troisième siècle après Jésus-Christ, l’essentiel de la littérature latine a été écrit par les Berbères. Des Berbères qui étaient berbères de naissance et qui parlaient berbère chez eux, mais dès qu’ils devaient écrire quelque chose l’écrivaient en Latin…le plus connu d’entre eux était Saint-Augustin. La mère de Saint-Augustin, Sainte Monique, parlait le latin, mais mal ; cependant elle parlait très bien le berbère…St Cyprien était berbère, Tertullien était Berbère. Arnobe, Lactance, Fronton, Apulée étaient tous berbères ».

Le phénomène s’est ainsi reproduit et avec force avec l’arrivée de la langue arabe porteuse du message sacré de l’islam, mais aussi avec le français par la suite.

Tout au long de son histoire, jusqu’à nos jours, il ya eu cette dichotomie entre langue savante écrite et langue vécue, populaire non écrite. Même si aujourd’hui l’Afrique du Nord est indépendante et la langue amazighe a gagné la place de langue officielle en Algérie, elle reste marginale et la faiblesse de la production littéraire en langue amazighe n’aide pas à la sortir de son ghetto.

Les causes de sa marginalisation ne tiennent pas seulement au fait des siècles de colonisations successives de l’Afrique du Nord.

Un travail de longue haleine doit être fait pour lui donner la place qu’elle mérite.

Samiha BELARIBI

 

 

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Éditorial

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« A.D.N news » est un défi médiatique levé par un groupe de jeunes et de chevronnés journalistes et militants des justes causes qui luttent pour la liberté de la presse et de la parole. Cette équipe qui aspire à un demain meilleur pour les peuples de « Thamazgha » Afrique du Nord pour retrouver leur prospérité perdue et leur union éparpillée et vivre dans une nouvelle Numidie sans frontières politiques, terrestres, idéologiques, sociales … que les pouvoirs en place ont imposées à ces hommes libres.

Ces journalistes militants, qui croient dur comme fer à la parole de Thomas Jefferson qui disait : « Notre liberté dépend de la liberté de la presse », militent sur tous les fronts contre les tyrans qui étouffent les vérités, qui couvrent les scandales, les corruptions, les crimes… par la tyrannie, la peur et le bâillonnement de tous ceux qui refusent le silence et le cautionnement. Et tout cela avec la bénédiction et l’aide d’une certaine presse au service et aux bottes de ces décideurs qui tiennent en otage toute la population nord-africaine.

Ces pouvoirs totalitaires dont dépendent les parlements, les institutions administratives, judiciaires et sécuritaires mettent en place des lois scélérates et liberticides afin de réprimer toute voix discordante. C’est par ces lois répressives qu’ils jettent dans leurs geôles journalistes, syndicalistes, blogueurs ou simple citoyen contestataire avec des peines réservées aux terroristes, aux sadiques et aux dangereux criminels.

Cette répression féroce n’exclut aucun des pays nord-africains.

Le cas de la Libye en guerre est connu. C’est le désastre et ce sont les armes qui parlent. Si ce pays est devenu le terrain d’affrontements des puissances étrangères dont le seul perdant est le peuple libyen, c’est bien la conséquence du régime dictatorial de Kadhafi qui a laissé derrière lui un pays sans institutions et sans culture d’État.

Pour la Tunisie, les braises de la contre-révolution ne sont pas encore éteintes et elles menacent toujours la révolution du jasmin. La mal n’a pas disparu avec la fuite de Ben Ali, mais un pas géant a été fait vers la démocratie et l’alternance pacifique aux pouvoirs et c’est l’unique pays qui a pu tirer profit de la révolution dite arabe.

L’Algérie, l’Algérie de Bouteflika, est menacée plus que jamais de sa propre existence. L’illégitimité, la vacance au sommet de l’État et l’impopularité des dirigeants laissent ce pays tourner au rythme de son président malade et paralysé. Le pays de la grande révolution qui a pu faire face à la quatrième puissance du monde avec un attribut d’un million et demi de martyres est devenu aujourd’hui la risée des nations. Un état qui pouvait être prospère et développé est pris en otage par un groupe de clowns incultes sans vision d’avenir, dont le seul souci est le pillage des ressources qui jaillissent de cette noble terre. Cette meute a fait plonger toute la société dans un désespoir total. Une jeunesse sans avenir se jette à la mer dans des embarcations de fortune pour atteindre la rive de l’espoir et de la dignité. Un peuple qui n’attend la belle vie que dans l’au-delà. Les hommes et les femmes scientifiques, écrivains, journalistes qui peuvent rendre espoir à cette populace désemparée sont exilés ou marginalisés ou condamnés à de lourdes peines, juste pour avoir osé dire la vérité à l’instar de Mohamed Tamalt qui a perdu la vie dans l’une des geôles du pouvoir en place.

La situation au royaume chérifien n’a rien de mieux que son voisin de l’Est. Le mouvement populaire rifain n’est pas prêt à s’éteindre, en dépit de la répression du Makhzen et l’arrestation et la condamnation à de lourdes peines des protagonistes du mouvement à l’instar du lion de l’atlas Nasser Zefezafi qui est en grève de la faim et qui a refusé de s’alimenter même en eau et en eau sucrée. Une protestation qui s’achèvera par une mort évidente, mais ce militant conscient de son acte a préféré perdre sa vie que d’être humilié par les sbires de Mohamed VI. Le régime marocain comme ses voisins n’a nul respect à la vie humaine et aux droits de l’homme qu’il bafoue sous le silence des puissances occidentales. Ce régime qui ne retient rien de l’histoire porte toujours la honte pour sa célèbre prison Tazmamart qui juste la prononciation de son nom fait trembler le pauvre peuple. Au lieu d’écouter la voix de la raison et celle des citoyens, l’émir des croyants préfère la fuite en avant, la répression et la prison.

Les régimes des pays nord-africains ont tous une même vision et un même comportement envers leurs peuples. Ils les considèrent comme un troupeau qui ne mérite ni respect ni dignité et que l’unique langage qu’il mérite est la violence, l’humiliation et la Hogra.

C’est dans ces circonstances qu’ADN news a vu le jour pour donner la parole aux sans paroles et donner champ libre à la voix de la raison et de la vérité. Ce média sera toujours la tribune de la justice et de l’équité et un trait d’union entre les peuples de toute l’Afrique du Nord sans distinction aucune et pour le vivre ensemble dans ce qui les rassemble et ce qui les différencie. Fraternellement.

Ali Aït Djoudi