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dimanche 29 mars 2026
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Madjid Bencheikh chez Youcef Zirem au café littéraire parisien

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Pour les amoureux du livre, des belles-lettres et du savoir, un rendez-vous important vous donnera l’opportunité à nourrir vos neurones et à savourer le verbe de la rationalité et de la vérité dans une ambiance amicale d’où vous ne sortirez qu’avec d’importantes informations et de riches connaissances.

C’est au café littéraire parisien, cette tribune du savoir, animée par l’écrivain Youcef Zirem que Docteur Madjid Benchikh, auteur du livre « Algérie – Un système politique militarisé » et ancien doyen de la Faculté de droit d’Alger, est professeur émérite de l’Université de Cergy-Pontoise (Paris-Val d’Oise) où il a été directeur de l’École doctorale de droit et sciences humaines, tiendra une conférence-débat

le dimanche 16 septembre 2018 à 16 h au 320, rue des Pyrénées Paris 20.  Métro : ligne 11, Pyrénées.

La rédaction

Emeutes du pain du 3 janvier 1984: L’IVD dépose des dossiers devant la justice

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Selon HuffPost  , Ben Sedrine a indiqué que les 13 dossiers déposés aujourd’hui concernent 7 morts et 6 blessés atteints par balle lors de ces évènements.

Une délégation de l’Instance Vérité et Dignité (IVD) a déposé mercredi devant la juridiction spécialisée compétente en matière de justice transitionnelle près du tribunal de première instance de Sfax 1, les premiers dossiers portant sur les émeutes du pain du 3 janvier 1984.Les familles des victimes et membres du bureau régional de l’IVD à Sfax étaient présents lors du dépôt des dossiers.Les émeutes du pain survenues entre fin décembre 1983 et début janvier 1984 se sont déclenchées dans la plupart des régions en réaction à l’augmentation des produits céréales et leurs dérivés.Dans une déclaration à la presse, la présidente de l’IVD, Sihem Ben Sedrine a indiqué que les 13 dossiers déposés aujourd’hui concernent 7 morts et 6 blessés atteints par balle lors de ces évènements.

Au moins 14 personnes sont impliquées dans ces dossiers, a précisé Ben Sedrine. Parmi ceux qui sont accusés d’homicide prémédité et de tentative de meurtre, trois d’entre eux ont tiré des balles à bout portant, a-t-elle expliqué.

Cette affaire implique aussi un ministre et un chef d’Etat (pour ceux qui sont encore vivants) pour avoir donné l’ordre (de tirer).Les dossiers ont été construits après des investigations et des séances d’audition à huis clos menées par une équipe de travail du bureau régional de l’IVD à Sfax, a indiqué le président du bureau régional de l’IVD, le colonel major de l’armée nationale à la retraire, Hédi Kolsi au correspondant de l’agence TAP dans la région.Maher Zouari, 53 ans, blessé par balle lors des émeutes du pain au niveau de la main et du pied a exprimé le souhait d’obtenir réparation pour les préjudices qu’il a subis lui causant un dommage physique estimé à 60%.Samir Hriz, frère du martyr Hmaied Hriz tué par balle à Place Bab El Kasbah s’est dit satisfait du dépôt du dossier de son frère auprès de la juridiction compétente de Sfax, souhaitant la réhabilitation de son frère et de la famille de façon générale.Selon Sihem Ben Sedrine, l’IVD doit déposer d’autres dossiers devant la juridiction de Sfax portant sur la période 1955/2013.Les dossiers concernent des violations contre des syndicalistes en 1978 à Sfax et les évènements du 14 janvier 2011.

Décès de Moulay Seddik Slimane protecteur et promoteur du patrimoine des ZENATA

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Nous venons d’apprendre le Décès du protecteur, promoteur et défenseur du patrimoine immatériel et matériel des ZENATA l’un des compagnons de Mouloud MAMMERI et son guide dans le GOURARA à TIMIMOUNE  dans le grand sud Algérien, Moulay SEDDIK Slimane dit Moulay Timi. Un homme humble, modeste, très disponible, toujours au service de la communauté universitaire qui séjourne dans le Gourara et le Touat ainsi que du mouvement associatif et fidèle ami de la région des At Yanni.
Repose en paix Si Moulay .

Mort du chanteur Rachid Taha, légende du métissage musical

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L’ex-leadeur du mythique Carte de séjour mêlait les influences de son Algérie natale avec le rock, le punk et l’électro. Il est mort dans son sommeil à 59 ans.

Le chanteur Rachid Taha est mort dans la nuit du mardi 11 au mercredi 12 septembre d’une crise cardiaque dans son sommeil, à son domicile de la région parisienne, a fait savoir sa famille dans un communiqué. Il avait 59 ans.

« Son fils Lyes, sa famille, ses proches, tous ses amis et son label Naïve, ont le regret et l’immense tristesse d’annoncer le décès de l’artiste Rachid Taha, survenu cette nuit suite à un arrêt cardiaque à son domicile des Lilas », précise le communiqué.

L’ancien chanteur du groupe Carte de séjour mêlait dans sa musique les influences de son Algérie natale avec des sons plus rocks.

Lui qui était né à Oran, avant d’arriver en Alsace à l’âge de 10 ans, aimait construire des ponts entre les cultures. En 1986, il reprenait avec son groupe la chanson Douce France, de Charles Trenet, pour se payer la tête de l’intégration, peu après la marche des Beurs et la création de SOS Racisme.

« Ya Rayah », tube intergénérationnel

Se produisant en solo à partir du début des années 1990, il sort en 1998 un tube transgénérationnel, avec une reprise de Ya Rayah, hymne des immigrés algériens composé par l’idole du chaâbi, Dahmane El-Harrachi (1925-1980). Un genre musical qu’il affectionnait : « J’ai découvert le chaâbi à la radio, puis par les scopitones dans un bar à côté d’où l’on habitait, en Alsace, avec mes parentsracontait Rachid Taha en 2017C’est un peu notre Jack Kerouac à nous, de manière plus orientale ou désorientée. »

Cette année de fierté black-blanc-beur est aussi celle du succès de 1, 2, 3, Soleils, réunissant Rachid Taha, Khaled et Faudel.

Depuis, Rachid Taha n’a jamais cessé la musique. Pour la sortie de son dernier album, « Zoom », en 2013, le chanteur électrise le Trianon à coups de sons traditionnels et électroniques, de métissages punk, jamaïcains et électro. Quatre ans plus tard, il rend hommage au chaâbi le temps d’un concert à l’Institut du monde arabe. Il s’apprêtait à sortir un nouvel album chez Believe, dont le premier single devait s’intituler « Je suis africain ».

https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2018/09/12/le-chanteur-rachid-taha-est-mort_5354006_3382.html

Interview avec Mohamed Arkoun

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Mohammed Arkoun :
« Ce ne sont pas les bombes et les bateaux qui vont résoudre toute cette histoire »
Cet entretien est paru au journal Le Monde le samedi 6 octobre 2001…quelques jours seulement après les attentats du 11 septembre…Bonne lecture…
– la violence est-elle consubstantielle à l’islam ?
Poser ainsi la question est choquant. C’est isoler l’islam de toute la problématique anthropologique de la violence. Bien avant l’intervention de ce qu’on nomme l’islam, il y avait dans toutes les sociétés primitives des rites sacrificiels, des actes de violence guerrière. Et cela continue dans nos sociétés dites modernes. Or comment expliquer que, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les affrontements soient presque tous mis d’abord en relation avec le djihad islamique, ce qui a construit l’idée tenace que la guerre sainte est consubstantielle à l’islam ? Comme on parlait de banque islamique, de commerce islamique, d’architecture islamique. A-t-on jamais observé ce phénomène avec le christianisme ou le judaïsme ?
« J’admets que la responsabilité de cet usage non critique incombe aux musulmans eux-mêmes, qui lient effectivement l’islam aux combats en cours, soit dans les sociétés dites aussi islamiques, soit avec des adversaires désignés par le terme fortement idéologisé d' »Occident ». Si des acteurs sociaux dans les pays dits musulmans font des usages doctrinalement infondés de « leur »religion, il appartient à l’analyste et aux observateurs critiques de déconstruire le discours social adressé à l’imaginaire collectif pour le mobiliser dans des luttes dont les enjeux sont exclusivement politiques et sociaux.
« Les racines du mal relèvent d’une anthropologie plus profonde, dans ce que René Girard a analysé comme une rivalité mimétique autour d’un même capital symbolique. Une rivalité mimétique qui remonte à l’âge de Mahomet et opposait déjà chrétiens, juifs et musulmans naissants autour de trois piliers : le monothéisme, la fonction prophétique, la Révélation. Ce capital symbolique avait déjà été monopolisé pendant des siècles par la Bible hébraïque et par le message de Jésus de Nazareth. Or voilà qu’un troisième acteur surgit et dit que ce qui a été transmis par les précédents prophètes n’est pas complet, que leur message a été altéré. La rivalité mimétique commence par la différenciation : une autre expression du divin surgit, qui concurrence celles qui existent. Sans cette différenciation, il n’y a pas d’islam. Mais cette rivalité engendre de la violence entre les peuples du Livre dès les premiers temps de l’islam.
« On est en face d’un « triangle »composé des trois forces mobilisatrices que sont la violence, le sacré et la Vérité. René Girard n’a étudié que les rapports entre violence et sacré. Moi, j’ajoute la Vérité. C’est la sourate 9 du Coran qui m’a ouvert les yeux. C’est elle qui justifie le djihad par l’idée de Vérité. C’est au nom d’une Vérité religieuse que j’accepte d’aller au combat et de me sacrifier, que je peux avoir à tuer d’autres hommes. Mais ce triangle anthropologique de la sacralisation de la violence n’est pas propre à l’islam ni à toute vérité religieuse. Elle peut être la Vérité de la patrie à défendre, comme c’était le cas pour les soldats de la guerre de 1914. Le pouvoir sacralisateur de la réalité religieuse ou de la patrie charnelle, c’est la même chose.
– Comment expliquer que l’exégèse plutôt tolérante et humaniste de l’islam au Moyen Age soit restée bloquée en cours de route ?
J’ai passé ma thèse de doctorat à la Sorbonne sur « L’Humanisme arabe » au Xe siècle. Oui, il y a eu une pensée humaniste arabe dans tout le Moyen Age, fondée sur la philosophie, la morale et la religion. Que s’est-il passé pour que nous ne puissions plus en parler au présent ? Qu’est devenu cet humanisme tolérant ? Ce n’est pas la faute au Coran puisqu’il n’a pas empêché le mouvement humaniste de s’exercer, de Cordoue à Téhéran. Ce qui est en jeu cette fois, c’est l’histoire économique et militaire dans l’espace méditerranéen telle qu’elle s’est déroulée à partir des XIIe et XIIIe siècles, c’est-à-dire de cette époque où l’Europe prend son essor intellectuel, scientifique, technique et devient dominante. De mimétique, la rivalité devient militaire et tourne principalement autour des routes du commerce.
« Les centres politiques de l’islam disparaissent peu à peu au profit de confréries religieuses. L’Etat central, qui était porteur de cet humanisme arabe, s’affaiblit. Quand les Français arrivent en Algérie, ils trouvent des confréries, pas des Etats. C’est ce qui va permettre une colonisation facile. Une colonisation qui apporte des fragments d’une modernité vivante, dynamique, émancipatrice, mais des fragments seulement, et que des élites arabes, très étroites, vont accueillir avec reconnaissance.
« Le basculement qui va intervenir dans le dernier quart du siècle, disons entre 1960 et 2000, achève cette période, et il est effroyable. Toute cette violence est imputée à l’islam, mais c’est une violence liée plutôt à la dialectique des forces politiques et économiques qui s’exercent depuis le XIIIe siècle, amplifiée par la colonisation et les guerres de libération. On retrouve aujourd’hui le même affrontement entre des imaginaires sociaux nourris par l’histoire ou la culture et, pour ce qui nous concerne, par ce que j’oserais appeler l’occultation officielle de l’histoire de la souveraineté française sur l’Algérie. Avec le débat sur la torture, une petite porte a été entrouverte, mais je crois que si on avait ouvert plus franchement et plus tôt cette page d’histoire, on serait mieux armé aujourd’hui pour traiter de cette question de la violence dans l’islam et pour supporter le drame que nous vivons.
– Le « martyre », le suicide que choisissent les terroristes, en Israël ou dans les réseaux afghans, a-t-il une quelconque validité dans l’islam ?
Je récuse le mot de « martyre »utilisé dans les cas que vous citez. Bien sûr que le mot chahidexiste dans le Coran, mais il est ici complètement décontextualisé, comme le font toutes les exégèses à caractère idéologique et politique, surtout lorsque l’acte terroriste entraîne la mort de tant d’innocents absolus.
« Dans le Coran, le martyr, le héros est toujours celui qui meurt pour la face de Dieu. Mais de quelle grande cause s’agit-il ici ? S’agit-il de défendre une oummablessée par une force matérialiste, athée, par un Occident qui aurait décrété la mort de Dieu ? C’est le discours nationaliste qu’ils entendent dans leurs écoles. On répète comme une litanie que l’Occident est impérialiste et colonial, que l’islam fut puissant avant d’être détruit par l’Occident. On leur dit que l’islam avait donné un modèle de construction politique de la Cité autrement plus efficace que les prétendues démocraties européennes ou américaines. On leur demande de couper toute relation avec cet Occident qui leur a fait tant de mal. Voilà les « mots » qui construisent des mythes sans rapport avec une réalité historique et c’est tout ce travail de déconstruction des mythes qu’il faut entreprendre.
« Ces Palestiniens, Afghans, Algériens, qui ont grandi dans un climat nationaliste farouche et religieux – dans le sens d’une religion confisquée par l’Etat – sont habités par une vision aussi imaginaire que celle de l’Occident sur l’islam. L’islam est théologiquement protestant et politiquement catholique. C’est-à-dire que le musulman est théologiquement habilité au libre examen des Ecritures sacrées, qu’un Luther, dans le christianisme, ne va réclamer qu’au XVIe siècle. Mais tous les Etats post-coloniaux ont fait un coup de force théologique en détournant à leur profit la liberté spirituelle des musulmans d’avoir accès au libre débat sur les lectures du texte coranique.
– Dans cette construction des mythes et ce travail de déconstruction à opérer, quelle est la part de la fascination pour des Lieux saints ?
Ne prenons qu’un exemple, mais il est le plus révélateur : Jérusalem. Comme Médine, divisée au début de l’hégire entre les polythéistes, les juifs, les chrétiens et les premiers musulmans, Jérusalem est devenue l’espace favori de cette rivalité mimétique entre peuples du Livre. A la prise de Jérusalem par les Arabes, la construction du dôme du Rocher avait été un acte politique, mais surtout un acte de prise de possession du capital symbolique de cette ville hors du commun. Ainsi Jérusalem est-elle devenue cet espace, unique au monde, où se sont retrouvés les signes les plus sacrés des trois religions monothéistes.
« Mais pour que ces trois expériences spirituelles du divin puissent s’exprimer pacifiquement, il aurait fallu créer à Jérusalem une culture du religieux capable d’accueillir les différences. Au lieu de cela, une rivalité mimétique est née, qui a détruit cette expérience humaine incomparable, capitalisée à partir de ces trois textes fondateurs que sont la Bible, l’Evangile et le Coran, et devenue une référence essentielle pour l’esprit humain. La responsabilité en revient en partie à la pensée européenne qui, du fait des excès des Lumières, n’a pas su créer les conditions de cette culture du religieux, pourtant propre à toute expérience humaine.
« Si cette culture moderne, humaniste du religieux a une place magnifique pour s’exprimer, c’est à Jérusalem. Si le travail de déconstruction des mythes que j’appelle de mes vœux est opéré, c’est à Jérusalem que devront converger les aspirations de tous ceux qui ont soif de spiritualité, de morale et qui, las du dieu dollar ou du primat économique ou marchand, veulent restituer à l’homme sa juste place et son âme.
– L’islam est-il capable de se réformer en se tournant vers l’avenir, ou seulement en se retournant vers ses origines ?
Le réformisme a été l’un des piliers de l’histoire de l’islam. Pendant la période classique, jusqu’au XIIIe siècle, il y a eu des réformistes comme Ghazali ou les Andalous Shatibi et Ibn Hazou. Les classiques étaient inventifs. Ils proposaient des alternatives herméneutiques. La pensée était pluraliste et aucune école ne pouvait faire prévaloir sa solution sans débat.
« Le décor a changé complètement quand les Etats post-coloniaux ont pris le pouvoir. On a assisté à une étatisation de la religion, dans laquelle le ministre des affaires religieuses prenait les décisions sous le contrôle du parti unique. On ne peut plus parler de réformisme. Les oulémas sont la voix de leur maître, qui les paie. Après 1945, le discours nationaliste va monopoliser tous les pouvoirs. Il n’y a plus d’alternative à l’expression idéologisée et à la transcription fondamentaliste de la religion.
« C’est pourquoi il est urgent de créer cette alternative, seule réponse possible en Europe à la violence fondamentaliste. Ce ne sont pas les bombes et les bateaux qui vont résoudre toute cette histoire.
– A quoi attribuez-vous l’incompréhension du monde occidental envers l’islam ?
Fernand Braudel a lancé la première grande aventure historique sur le monde méditerranéen. Il est le premier à avoir ouvert les archives turques, comme européennes, pour regarder le jeu des puissances et leurs rivalités de l’époque. La Méditerranée a connu des ruptures successives. D’abord en 1492 avec l’expulsion d’Espagne des juifs et des musulmans, une date que nous devrions apprendre à nos enfants. L’Europe s’est tournée vers l’Atlantique tout en prenant possession de la Méditerranée. Or l’histoire de l’espace méditerranéen qui continue d’être enseignée dans nos écoles ignore la rupture idéologique qui s’est effectuée, sur la base de la rupture religieuse de 1492 et qui s’est accentuée avec la colonisation : on enseigne encore la séparation totale entre les deux rives de la Méditerranée. La ligne de Braudel, selon laquelle il faut regarder tous les protagonistes qui ont façonné le visage des peuples de la Méditerranée, n’est pas reprise par les Français eux-mêmes.
« Au contraire on assiste à une polarisation, à une fantasmisation du regard européen sur l’islam. Les acteurs sociaux musulmans ont fait un usage tellement envahissant et idéologique de l’islam que les observateurs extérieurs sont presque obligés de faire la même chose. Que des gens pressés reprennent ce discours, soit. Mais je n’accepte pas que les « historiens patentés de l’islam » dans les grandes universités occidentales adoptent cette même approche idéologisée, c’est-à-dire non analysée.
– En vous écoutant, on comprend l’importance que vous accordez à l’éducation pour améliorer les relations entre les mondes musulman et européen, comme pour moderniser l’islam et l’ouvrir sur le reste du monde.
Un grand nombre d’Algériens comme moi ont grandi avec la connaissance lucide de la pensée française critique, que nous aimons et qui nous fait ce que nous sommes. Mais nous sommes en même temps extrêmement sévères et exigeants à l’égard d’un imaginaire français et occidental nourri par une double démission : l’occultation officielle de la page coloniale de l’histoire française, comme l’ont montré les réactions officielles à propos de la torture en Algérie, et l’occultation au niveau de l’enseignement de l’histoire réelle des peuples méditerranéens. Les manuels d’histoire gomment des pages entières de l’histoire de France, comme celles qui touchent à la présence de la France au Maghreb. Les relations entre la France et le Maghreb ne seraient pas ce qu’elles sont si Maghrébins et Français avaient entendu de la bouche de leurs professeurs des exposés tels que la grande tradition historique française est capable d’en faire.
« L’islam doit être enseigné dans un espace intellectuel et scientifique qui dépasse ses expressions cultuelles. Les professeurs devraient être formés et un enseignement organisé dans les lycées, collèges et institutions de recherche scientifique. Or très peu de mes collègues chercheurs en France, en Amérique ou en Europe, sont convaincus de la nécessité d’une islamologie appliquée faisant appel à l’érudition, utilisant toutes les ressources des sciences sociales et qui soit appliquée au terrain. Or ce terrain est occupé par les fondamentalistes qui se livrent à un lavage de cerveau des jeunes sans défense. Et je devrais, moi l’érudit, rester absent de ce combat ? »

Il y a 20 ans, Liamine Zeroual démissionna et ouvrit la voie au règne d’Abdelaziz Bouteflika

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Le 11 septembre est entré dans l’histoire de l’humanité après les attentats de New-York et Washington en 2001. Avant cette attaque spectaculaire, cette date correspondait à celle du putsch contre le président Salvador Allendé et son assassinat au Chili par les forces du général Pinochet. Pour l’Algérie, cette date est historique car elle marque l’anniversaire de la décision historique du président Liamine Zeroual de démissionner.

Démarche inédite en Algérie, vingt ans plus tard, dans un paysage politique algérien totalement bloqué par les difficultés de santé de Abdelaziz Bouteflika et sa difficulté à diriger on ne mesure que plus l’importance et le courage de Zeroual.

Vingt ans plus tard les motivations de Liamine Zeroual n’ont jamais été complètements révélées, l’histoire de cette période critique pour la survie de l’Algérie a été totalement écrasée par le règne sans partage et l’accaparement de l’espace infligé par Bouteflika à l’Algérie.

En 2016, le journaliste Farid Alilat levait le voile sur cet épisode historique dans les colonnes de Jeune Afrique. Pour Alilat la décision prise par Zeroual avait été prise le 3 septembre à Windhoek, capitale de la Namibie, après une logue nuit passée debout à cogiter, le président Zeroual décide de jeter l’éponge. Le lendemain, dans l’avion du GLAM sur le chemin du retour il réunira se collaborateurs dans le petit salon de l’appareil Il est serein mais grave. « Vous savez que je voulais partir il y a un an, leur dit-il. À l’époque, les décideurs n’étaient pas d’accord, arguant qu’il n’était pas opportun de quitter le pouvoir. Eh bien ce moment est venu. Il faut laisser la place à d’autres. Je pars. Je vais le faire savoir dès mon retour à Alger. » écrit Farid Alilat.  Vendredi 11 septembre, huit jours après cette confidence faite à 10 000 m d’altitude, Liamine Zéroual annonce la tenue d’une élection présidentielle anticipée.

Nommé à la tête du Haut Comité d’Etat (HCA) en 1994 après avoir été ministre de la Défense nationale, Zeroual avait détonné par sa manière de diriger. Faisant montre d’une probité extrême, il avait une parfait désintérêt pour le pouvoir et ses privilèges. En 1995 il accédera au rang de Président de la République après avoir obtenu 61% des voix lors des élections du 16 novembre.

Ni éradicateur ni réconciliateur il aura une approche implacable face au pic d’attaques terroristes de 1997, tout en ouvrant des canaux de communications avec les anciens dirigeants du FIS, à qui il rendra de nombreuses visites et avec les terroristes voulant déposer les armes.

Il donnera son accord pour une “paix des braves” avec l’Armée Islamique du Salut qui ouvrira la voie au processus de réconciliation nationale dont bénéficiera son successeur Abdelaziz Bouteflika.

Pour beaucoup deux images subsisteront du président Zeroual: Le 30 janvier 1995 les caméras le montrent au chevet des victimes de l’attentat à la bombe du boulevard Amirouche, prostré après la supplique d’une femme blessée lui enjoignant de “faire quelque chose”. Et celle du refus de rencontrer et de serrer la main du président français Jacques Chirac dans les coulisses de l’assemblée générale de l’ONU en octobre 1995.

Restera aussi sur son court règne l’ombre de son adjoint et mauvais génie Mohamed Bétchine, une sorte de Raspoutine qui subira l’été 1998, une énorme campagne médiatique, qui finira par convaincre Zeroual de démissionner.

Malgré son retrait total de la vie publique et son retour dans sa ville d’origine Batna, Liamine Zeroual force toujours le respect des citoyens par sa simplicité et son accessibilité. Ne refusant jamais les selfies et les photos avec les gens du peuple, il occupe toujours et ceci malgré-lui les réseaux sociaux.

Selon Maghreb Émergent

Des cinéastes algériens dénoncent la censure et le monopole de l’État

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Le cinéma algérien, s’il en existe encore est dans un état alarmant. En plus de la fermeture des salles obscures, de la maigre et médiocre production et l’absence du public, s’ajoutent les lois liberticides et répressives instaurées par l’ex-ministre de la Culture Khalida Toumi en 2010. Ces lois qui sont devenues l’épée de Damoclès au-dessus des têtes des cinéastes, des réalisateurs et des producteurs. La censure, les tracasseries administratives et le refus d’aides financières à ce secteur tombent toujours sur toute initiative qui sort de la voie tracée par les gardiens du temple.

Khalida Toumi, l’ex-ministre de la Culture.

Selon El Watan édition du 19 avril 2011, la nouvelle loi relative à la cinématographie qui avait été adoptée par le Parlement ne cesse de susciter la colère des cinéastes en Algérie.

L’article 6 de la nouvelle loi relative à la cinématographie, qui soumet la production de films sur la guerre d’indépendance à l’approbation des autorités politiques, est considéré par de nombreux réalisateurs algériens comme « un retour au monopole de l’État sur la production cinématographique ». À ce sujet, le producteur Bachir Derrais a fait savoir mardi dans une déclaration à l’APS qu’il est la « première victime de cet article » en évoquant son projet de long métrage sur Larbi Ben M’hidi.

Bachir Derrais estime que l’article pénalise les cinéastes, surtout, ajoute-t-il qu’il reste « vague » sur la partie apte à délivrer l’autorisation. « On est les otages de la nouvelle loi, ne sachant plus à qui s’adresser, car deux ministères, celui de la Culture et celui des Moudjahidine, réclament, chacun, un droit de regard sur les films portant sur la guerre de libération nationale », s’indigne ce producteur qui projette de tourner un film sur la vie de Ben M’hidi.

Suite au dépôt du projet de ce long métrage, une « fiction », précise-t-il, il s’est vu proposer une offre de produire la totalité du film par le ministère des Moudjahidine qu’il a déclinée, nous apprend encore à ce propos l’APS.

« Accepter de se faire produire par un organe de l’État, ouvrirait les portes de l’ingérence de ce dernier dans le contenu du film », se justifie de son côté Bachir Derrais. Ce producteur se soucie, en outre, de la « carrière » d’un film produit par un ministère quand il s’agira de son exploitation et de sa présentation dans les festivals, avant de mettre en garde contre « le risque de le mettre (le film) dans un tiroir et le condamner à l’oubli ».

De son côté, Ahmed Rachedi, réalisateur et producteur de plusieurs documentaires et de fictions sur la guerre de Libération, relève que les autorisations pour les films traitant de la guerre de libération nationale « existaient avant la nouvelle loi ». Toutefois, aujourd’hui, les nouveaux textes vont encore, précise-t-il mardi à l’APS, consacrer davantage « la censure et le monopole de l’État sur la production cinématographique ».

Selon El Watan

Un rapport remis à Macron s’inquiète de la montée de l’islamisme en France

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« Taxe halal » et arabe à l’école : l’Institut Montaigne préconise plusieurs mesures contre l’islamisme.

Une association pour financer l’islam de France, notamment par le biais d’une « taxe halal », renforcer l’apprentissage de l’arabe à l’école : l’Institut Montaigne a présenté dimanche 9 septembre des propositions pour lutter contre le fondamentalisme qui « progresse chez les musulmans de France », selon un rapport.

L’auteur du rapport, Hakim El Karoui, a présenté sur RTL sa mesure phare, déjà évoquée depuis plus de deux ans par ce groupe de réflexion libéral : la création d’une Association musulmane pour l’islam de France (Amif).

Réguler des flux financiers parfois « opaques » 

Selon le nouveau rapport de l’Institut Montaigne, qui doit être adressé au président de la République et à tous les partis politiques, « les musulmans se sont enrichis, contrairement à ce qu’on croit et ils pratiquent beaucoup », a résumé Hakim El Karoui. Il y a donc « de plus en plus d’argent lié à la consommation : le pèlerinage, le halal, le don ».

Et le consultant de développer :

« L’idée, c’est de créer une organisation neutre, indépendante des pays d’origine, indépendante de ceux qui tiennent aujourd’hui les mosquées, pour prélever une toute petite somme d’argent sur chaque acte de consommation et réinvestir cette somme d’argent dans le travail théologique, parce que c’est la mère de toutes les batailles. »

Cette structure pourrait notamment gérer une « taxe halal », idée maintes fois évoquée depuis les années 1990 pour financer l’islam de France. « Il n’y a pas de ‘taxe halal’ au sens où il y aurait un impôt prélevé par l’Etat », a expliqué l’ancien banquier. Le prélèvement serait géré par l’association et s’inspirerait de la « taxe de cacherout » de la communauté juive, gérée par les rabbinats et qui permet de certifier les produits « casher », a-t-il développé.

L’association pourrait investir « dans la formation de cadres religieux, la construction pourquoi pas de certaines mosquées », a-t-il ajouté. Et rendrait un « service utile aux fidèles » en se posant comme « régulateur » des flux financiers, parfois « opaques » dans la communauté musulmane.

Valises de billets et dons hors contrôle : la très opaque gestion de l’islam de France

Hakim El Karoui, qui a l’oreille d’Emmanuel Macron, préconise également de renforcer l’apprentissage de l’arabe à l’école publique. « Le nombre d’élèves qui apprennent l’arabe au collège et au lycée a été divisé par deux. Il a été multiplié par dix dans les mosquées, il faut savoir ce qu’on veut », a-t-il argué.

Montée inquiétante du salafisme  

Son rapport constate « la progression de l’idéologie islamiste chez les musulmans de France », a-t-il résumé. Les salafistes – branche rigoriste de l’islam – « gagnent du terrain à l’intérieur de la communauté », surtout chez « les jeunes de moins de 35 ans ».

La quasi-totalité des réponses sur internet aux questions religieuses est fournie par des prédicateurs proches des salafistes, s’inquiète Hakim El Karoui, qui pointe aussi le développement de sites communautaires, d’hébergement ou de covoiturage « halal ».

Macron tranchera bientôt  

Ce rapport est publié alors que sont organisées jusqu’à mi-septembre des « assises territoriales de l’islam de France » dans chaque département, sous l’égide des préfets, pour faire émerger des propositions inédites.

A l’issue de cette concertation, « dès l’automne », l’exécutif donnera « à l’islam un cadre et des règles garantissant qu’il s’exercera partout de manière conforme aux lois de la République », avait déclaré début juillet Emmanuel Macron devant le Congrès réuni à Versailles.

(Avec AFP)

Mouwatana : Appel à la communauté algérienne à l’étranger

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Appel à la communauté algérienne à l’étranger :
Rassemblement à Paris samedi 15 septembre pour soutenir Mouwatana 

 

Nous, organisations politiques et associatives de la communauté algérienne à l’étranger, préoccupées par les risques de délitement du pays, dénonçons ce régime et appelons à l’urgence de son départ, de manière pacifique mais résolue.

Nous appelons les citoyens algériens établis à l’étranger à venir renforcer le mouvement citoyen Mouwatana et à nous rejoindre lors du 1er rassemblement que nous organisons à Paris samedi 15 septembre à 14h30 sur la place de République (Paris 10ème, M° République) pour accompagner, soutenir et faire écho aux rencontres citoyennes de Mouwatana en Algérie.

« La Tada » chez les Aït Hkem du Maroc

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Aït Hkem est un groupe de tribus situé au pied de Moyen Atlas, à 100 kilomètres au sud-ouest de Rabat et 160 kilomètres au sud-est de Fès. Cette confédération dit  » Beni Hakem- Tedders » au temps du protectorat français, dépend de la province de Zemmour-Khémisset appartenant à la région de Rabat-Salé-Kénitra. Les tribus formant aujourd’hui le groupe d’Aït Hkem sont : Mchichita, Aït Zoulit, Aït Baboud, Aït Zaghou, Aït Bouguemal, Aït Boumeksa, Aït Bouhaki, Aït Mhammed, Aït Bouzit, Aït Alla. Elles se dispersent autour du petit village de Tiddas, localisé entre Mâaziz et Oulmès. Ce hameau a été créé par les autorités du protectorat français au début du siècle dernier.

Bien que ce groupe fasse partie du grand groupement berbère Zemmour, les Hkmaouites s’aperçoivent comme unité indépendante du voisinage. D’ailleurs, certaines sources historiques citent Zemmour et Aït Hkem séparément. Marcel Lesne, considérant les « Bni-Hakem » comme étant une partie des huit grandes tribus sous-confédération Zemmouries de l’époque, met l’accent sur la particularité de ce groupe[1] : « Sans rechercher d’hypothétiques comparaisons avec les tribus Zemmour que nous connaissons aujourd’hui, constatons simplement l’existence de deux sous-groupes distincts, et l’importance des Bni-Hakem dans cet ensemble. Et à ce propos, il est remarquable de constater que les auteurs marocains citent toujours Zemmour et Bni-Hakem, mettant ainsi en relief le caractère particulier de ce dernier groupement ».

Les Hkmaouite très attaché dans le passé à leur « orf » ont mis en place un arsenal de droit coutumier assez particulier, qui s’appliquait en toute indépendance du pouvoir makhzenien. Le contexte de siba (dissidence), connue historiquement comme étant une forme de contestation politique et sociale au pouvoir central, a exigé la création des institutions symbolique aptes à garantir l’harmonie du groupe et à assurer la paix avec le voisinage. Le siba était marquée également par les conflits inter et intra-tribaux. Des rivalités autour du pâturage et des sources d’eau provoquaient souvent des combats impitoyables, seuls les pactes de paix pouvaient y mettre fin et maintenir l’équilibre, le pacte sacré de tada en faisait partie.

Le terme berbère tada désigne étymologiquement l’allaitement collectif, il est issu du verbe itted (téter), lié pour sa part au terme assutted (allaitement). Toutes les tribus d’Aït Hkem sont jusqu’à nos jours unies à d’autres tribus du voisinage par un pacte d’allaitement collectif. Les alliés reconnaissent tous la sacralité de cette alliance, créant une fraternité éternelle et exigeant un respect mutuel, mais la plupart de la population ne connait guère le détail du rite concrétisant cette alliance. Les textes produits lors de l’époque coloniale, ainsi que l’ouvrage de l’anthropologue Hammou Belghazi, sur la tada demeurent les principales sources en la matière.

Chehba Ghait, une native de la tribu Aït Elânzi âgée de 82 ans, a confirmé qu’elle ne sait rien ni sur le rite ni sur l’objectif de cette pratique sociale, mais la sacralité du lien fraternel entre les outada semble évidente pour elle :  » Je ne sais pas comment les liens de tada ont eu lieu entre les tribus, tout ce que je sais c’est que nous et Aït Zoulit sommes des outada, nous nous aimons, nous nous respectons comme frères et sœurs. Le mariage entre les femmes et les hommes des deux tribus est interdit. L’hostilité et la perfidie ne devront pas avoir lieu entre nous. Personne ne peut trahir l’autre, sinon il sera exposé à la vengeance divine. Tada twâr (dangereuse). Les liens de fraternité de tada que je connais sont : Aït Elânzi avec les Aït Zoulit, les Aït Mahfoud avec Aït Mchichita, Aït Boubker avec Aït Bouchlefen, Aït Atta avec Aït Bouhaki et les Aït Zaghou avec les Aït Baboud et en fin Aït Bouguemal avec Aït Ikkou. »

Le rapport de la Mission scientifique française sur les villes et les tribus du Maroc note que tada « aurait été initiée par un certain Cherif Bou Ishak ayant écrit sur une tablette une liste des outada (frères de lait) Aït Ikkou et Aït Bouguemal. Ladite tablette a disparu et aucune trace écrite n’a été gardée.

La tada représente un acte permettant le passage d’un état de guerre à un état de paix, d’une relation conflictuelle à une relation pacifique. C’est une alliance à caractère sacrée entre deux lignages ou deux tribus qui exige le devoir de protéger l’un l’autre contre toute attaque extérieure. Lorsque l’un des lignages ou tribus alliés vient solliciter le soutien de son outada, ce dernier doit spontanément répondre à la demande. Il s’agit d’un pacte solennel d’où résultent des engagements que l’on ne doit pas trahir, sous peine d’être puni par la volonté divine, ou encore devenir objet de mépris de la part des membres des parties contractantes.

L’anthropologue Hammou Belghazi souligne que trois démarches étaient primordiales pour la concrétisation de tada. D’abord le repas rituel, le tirage au sort des chaussures et la présence d’un amas de pierres ou d’un bordé à ciel ouvert de caractère sacré. Jusqu’au début du XXe siècle, la concrétisation du pacte de tada se faisait autour ou près d’un monument sacré : agrur (ensemble de pierres déposées les unes sur les autres et formant une pyramide), hawch (demeure à ciel ouvert) ou sanctuaire d’un saint (seyyed). Ce rite, se déroulant en deux temps qui correspondaient chacun à la réalisation d’une pratique particulière, était célébré par un spectacle de fantasia et de danse populaire Ahidous. Les tribus contractantes devaient, en premier lieu, consommer un repas spécifique à cet évènement, ensuite elles procédaient à un tirage au sort des chaussures des chefs de familles issus des groupes concernés.

Le repas rituel était la première étape du processus de la concrétisation de l’alliance. Il constituait la pièce angulaire de tada et consistait en le partage de la nourriture (uchchour n t’am) inaugurant le rite. Belghazi cite les témoignages de certaines personnes parlant d’un repas composé d’un couscous arrosé de lait de femmes, alors que d’autres ont soutenu l’idée que ce plat était arrosé de miel, sinon il était limité à des dattes partagées.

Le couscous arrosé de lait de femmes, bien qu’aucune source historique ne le confirme, semble être une pratique très ancienne. Le mot tada désignant l’alitement collectif peut fortement trouver son origine dans le lait des femmes, qui aurait été utilisé pour arroser le couscous. Un native d’Aït Hkem avait affirmé à Belghazi cette hypothèse [2] : « Nos parents nous ont raconté que lorsque les gens veulent conclure un accord pour qu’il n’y ait plus d’hostilité, ils scellent la fraternité absolue, la tada. Ils se réunissent, préparent un couscous et l’arrosent de lait de femmes appartenant à ces tribus. Ils mangeaient ce couscous et deviennent utada-s, frères […], comme des frères allaités du même sein. C’est comme ça que s’établissait la tada ».

La présence du lait comme substance sacralisant le lien de tada, évoque l’importance de la femme dans la société hkmaouite dans un passé lointain. L’hypothèse impliquant le lait paraît plus logique et explique le choix du terme tada (allaitement collectif), d’autant plus que l’allaitement produisant des liens de parenté classificatoires était très répandu en Afrique du Nord. L’arrosement du couscous avec le lait de femmes a fort possiblement disparu avec la parution de la société patriarcale.

La deuxième étape du rite de tada comprenait le tirage au sort de chaussures, qui se faisait ainsi : les membres mâles de familles des deux groupes célébrant l’événement se déchaussaient et donnaient l’une ou l’autre chaussure, dite afrghous, pour en former un amas : chaussures droites du premier groupe et chaussures gauches du deuxième, ou inversement. Dès que les chaussures (ifrghoussen. sing. afrghous) sont rassemblées, la personne la plus âgée ou deux notables des deux groupes veillaient sur le tirage au sort. Ils prenaient, une paire après l’autre, les fausses paires de chaussures et les donnaient à l’assistant. Une fois le tirage terminé, les contractants se rechaussaient. « il s’agit d’un appariement de chaussures différentes pour en faire des paires et, par symbole, « appareiller » les hommes deux à deux comme des frères[3]« .

Certaines notes de la Missions scientifique rapportent d’autres éléments concernant ce rite. Quelques tribus auraient conclu ce pacte de manière légèrement différente. Par exemple, un homme des parties souhaitant sceller la tada, rassemblait les ifrghoussen des hommes présents et les cachait dans son burnous. Ensuite, un autre prenait successivement les babouches, les levait en l’air par paires. Les contractants prenaient, chacun une fausse paire, et les possesseurs de chaque paire différente sortaient de la foule, se promettaient en amitié devant tous et s’en allaient ensemble. Il existait également une autre pratique similaire consistait en l’échange de burnous[4].

La concrétisation de tada se faisait auprès d’un lieu sacré : hawch ou seyyed d’un saint à ciel ouvert. Ce lieu sacré constituait un élément primordial dans le processus de ce rite ce qui invoque l’importance du culte des saints dans la région. Le pays de Zemmour et Aït Hkem était peuplé par un grand nombre de sanctuaires occupant souvent un lieu précis dans un cimetière.

La présence du sacré dans ce rite a fait que plusieurs mythes ont été tissés autour, au point de lui attribuer une puissance divine. A titre d’exemple, les Aït Bouguemal transmettent de père en fils l’histoire du sabre et du serpent. La légende raconte qu’un jour, des gens d’Aït Ikkou qui étaient de passage sur un lieu où demeuraient des Aït Bouguemal, ont aperçu un sabre. Quand ils ont tenté de l’emporter, ce dernier est tout à coup devenu un serpent. Ils se sont éloignés et le sabre a réapparu. Ils ont compris qu’il s’agissait d’un avertissement de tada, et ont juré que ladite arme devait être rendue à son possesseur. Ainsi, l’arme a gardé sa forme et ils ont pu la prendre et la rendre à leur outada.

Une autre histoire liée toujours au « miracle » de tada raconte qu’un notable des Aït Ikkou aurait rencontré sur son chemin une femme portant un nourrisson sur le dos. L’homme s’est senti attiré par cette femme et a voulu l’aborder, mais une fois qu’il s’est rapproché d’elle, elle a disparu. L’homme continuait à entendre les cris de l’enfant sans voir la femme. Il s’est éloigné et la femme a apparu. Il a tenté encore une fois de se rapprocher et elle a disparu à nouveau, jusqu’au moment où il a compris que cette femme, issue d’Aït Bouguemal, était une sœur du lait collectif (oultada). Soudain, son désir le quitta et la femme reparut.

Aussi, le récit d’un combat cruel ayant lieu entre un natif des Aït Bouguemal et un de ses frères de tada d’Aït Ikkou, marque toujours l’imaginaire de certaines personnes âgées. Les gens racontent que les deux hommes ont passé toute la journée à se battre sans pour autant se blesser. Quand le Bouguemali est rentré chez lui, il a trouvé plus de quarante balles dans son harnachement et ses vêtements. Il a vérifié son corps pour s’assurer qu’il n’a pas été vraiment touché et constata qu’il a été bien sain et sauf. Cette histoire illustre l’importance qu’accordaient les Hkmaouites à cette alliance très vénérée.

Le rite de tada créait donc un lien de parenté non biologique ayant pour but d’assurer la paix, la stabilité et la cohésion des groupes concernés. L’allaitement collectif était une forme de manipulation de substance humaine, ce afin de concrétiser un lien de parenté sacré dépassant la parenté biologique. De cette parenté symbolique, associée au monde féminin, résultait un certain nombre d’interdits. Marie-Luce Gélard souligne à ce propos que lorsque deux fractions ont échangé le lait, cela suppose désormais une homologie non seulement durable, mais permanente de la substance lactée entre l’ensemble des descendants des deux groupes, instituant une stricte prohibition matrimoniale.

En somme, la tada s’inscrivait dans un rite religieux qui témoignait le passage de la guerre à la paix. Elle était l’une des caractéristiques coutumières les plus marquantes du Maroc précolonial, où les Berbères de Moyen Atlas et Haut Atlas en particulier, avaient souvent recours à des coutumes aptes à assurer l’équilibre des groupes en l’absence d’une organisation centralisatrice. C’est un adage de sagesse populaire ayant pour but la cohésion sociale, à travers la création de liens de parenté artificielle. Les zones insoumises, dont les Aït Hkem faisaient partie, trouvaient dans la tada une issue permettant de mettre fin aux relations conflictuelles perturbant les rapports inter et intra-tribaux.

Les mutations socio-économiques et politico-judiciaires ont fait que ce rite a perdu son rôle sociopolitique et est devenu un symbole culturel sans importance réelle. Toutefois, les individus des tribus liées par la tada continuent toujours à sacraliser cette alliance et à reconnaître sa puissance. La nouvelle génération, en tentant de garder le patrimoine culturel de la région, s’intéresse de plus en plus aux anciennes pratiques et les fait revivre. Les natifs de la tribu d’Aït Ikkou à Khémisset célèbrent toujours la tada lors du moussem d’Aït Hammou Boulmane. La cérémonie a lieu en mois d’août de chaque année et est accompagnée de ce rituel comme il était pratiqué par les ancêtres.

Fatiha Aarour

 

Notes: 

[1] Lesne Marcel. Les Zemmour. Essai d’histoire tribale (à suivre). In : Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, n°2, 1966. pp. 111-154 ; doi : https://doi.org/10.3406/remmm.1966.932 https://www.persee.fr/doc/remmm_0035-1474_1966_num_2_1_932

[2] Ce témoignage est rapporté par H. Belghazi lors de son travail de terrain sur le pacte de tada effectué entre 1986 et 1991.

[3] Hammou Belghazi, Tada chez les Zemmour : Instances, puissance, évidence, Institut Royale de la Culture Amazighe, Rabat 2008, pp.44-63

[4] Cf. Mission scientifique du Maroc, pp. 54-240