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Une Américaine a accusé Cristiano Ronaldo de l’avoir violée en 2009

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Real Madrid's Cristiano Ronaldo celebrates scoring 2-2 during a Champions League soccer match round of 16 second leg, between Real Madrid and Schalke 04 at Santiago Bernabeu stadium, in Madrid, Spain, Tuesday, March 10, 2015. (AP Photo/Daniel Ochoa de Olza)

Les dessous de l’enquête du “Spiegel” sur l’affaire Ronaldo

En avril 2017, Der Spiegel avait déjà révélé “le secret de Cristiano Ronaldo”. Huit ans plus tôt, en juin 2009, une jeune Américaine, 24 ans à l’époque, s’était ainsi rendue à la police de Las Vegas, accusant “un joueur de football célèbre” de l’avoir sodomisée de force dans une chambre d’un grand hôtel de la ville. Un examen médical avait été pratiqué, révélant des lésions.

À l’époque, la victime présumée craignait d’être “humiliée publiquement” et de subir des mesures de “rétorsion” si elle donnait le nom de la star mondiale, alors joueur du Real Madrid.

Selon les documents de l’hebdomadaire allemand, un accord financier avait ensuite été passé entre Kathryn Mayorga et Cristiano Ronaldo. Ce dernier lui aurait versé 375 000 dollars [325 000 euros] en échange de son silence absolu sur cette affaire et de l’abandon de toute poursuite.

Mais, aujourd’hui, Kathryn Mayorga s’est décidée à parler et a porté plainte contre Cristiano Ronaldo, qui évolue désormais au club de la Juventus Turin. Elle a choisi Der Spiegel pour témoigner. À cette occasion, le journal de Hambourg a publié samedi une nouvelle enquête très détaillée, en révélant de nouveaux documents. Cristiano Ronaldo a dénoncé une fake news [fausse nouvelle].

Journaliste au service des sports du Spiegel, Christoph Winterbach est l’un de ceux qui ont mené cette investigation. Il répond aux questions de Courrier international.

Courrier international : Comment Der Spiegel a-t-il mené cette enquête ?

Christoph Winterbach : C’est au début de l’année 2017 que tout a commencé. Dans les millions de documents des Football Leaks – la plus grande fuite de données dans l’histoire du sport – nous avons trouvé des traces de cet incident à Las Vegas. Et je crois que la première chose que nous avons trouvée, c’est cette lettre que Kathryn Mayorga a écrite à Cristiano Ronaldo [où elle raconte ce qui s’est passé]. C’est une lettre très émouvante et explicite. C’était intrigant, et nous voulions en savoir plus.

Nous avons commencé à creuser. D’abord, pendant plusieurs semaines, dans notre base de données, pour trouver tous les documents liés à cette histoire. Pour exploiter les Football Leaks, nous avons une pièce fermée avec un réseau en circuit fermé (non relié à Internet) pour empêcher toute intrusion, car ce sont des informations sensibles.

Le plus gros morceau fut la deuxième partie de l’enquête : trouver d’autres sources, et essayer de parler à des gens. Mais ce fut très difficile car ni Kathryn Mayorga ni Cristiano Ronaldo ne voulaient nous parler. Deux membres de notre équipe sont partis à Las Vegas pour essayer de mieux comprendre ce qui s’était passé ce jour-là, en 2009.

C.I. : Vous avez révélé l’affaire en 2017, mais il n’y a pas eu de suites…

C.W. : J’ai été surpris que l’affaire n’ait pas pris beaucoup d’ampleur. C’est pourtant l’une des plus grandes stars de football dans le monde, donc on savait que c’était une énorme affaire.

Mais notre plus grand problème était que nous avions une victime présumée qui ne voulait même pas nous parler. Et Cristiano Ronaldo ne voulait pas nous parler non plus. Sans compter que l’histoire remonte à plusieurs années. Donc les autres médias ont eu du mal à reprendre nos révélations.

Un autre problème est lié au journalisme sportif. Je suis un journaliste sportif : quand un journaliste sportif lit cette histoire et qu’il va au prochain match du Real Madrid, où Cristiano Ronaldo joue à l’époque, il pourrait l’interroger dans la zone mixte après le match. Mais, à ma connaissance, personne ne l’a fait. C’est vraiment étrange pour moi.

Pour nous au Spiegel, le journalisme sportif, ce n’est pas que donner les scores et commenter des matchs.

C.I. : Dans cette affaire, qu’est-ce qui a changé depuis l’an dernier ?

C.W. : Beaucoup de choses. Tout d’abord, nous avons toujours continué à essayer d’entrer en contact avec Kathryn Mayorga, qui avait certainement lu nos premiers articles, qui, comme ceux de cette année, avaient été traduits en anglais.

Quelques mois plus tard, le mouvement #MeToo de dénonciation de violences sexuelles a aussi débuté. Kathryn Mayorga a dit que cela l’avait encouragée à parler. Elle a toujours douté, pensant que cela avait pu être une mauvaise décision de signer cet accord financier qui exigeait son silence en contrepartie. Elle a toujours eu le sentiment qu’elle n’avait pas obtenu justice, et selon elle et ses proches elle en a beaucoup souffert psychologiquement, pendant des années.

Finalement, elle a pris un nouvel avocat, qui lui a dit que cet accord n’était pas valide car elle l’avait signé alors qu’elle était traumatisée. Et donc elle a choisi de nous parler, mais il a fallu du temps pour que la confiance s’installe de part et d’autre. Car nous aussi nous prenions un risque en acceptant de publier son témoignage.

C.I. : Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour mener cette enquête?

C.W. : Il faut être certain de ce que vous publiez. C’est un véritable travail d’équipe avec des gens qui ont chacun leurs compétences. Sept personnes ont signé l’article, mais il y avait beaucoup plus de journalistes impliqués.

Par exemple, les journalistes du service de fact-checking [vérification des faits], qui travaillent sur tous les articles publiés dans Der Spiegel. Vous allez vous asseoir avec eux. Ces gens vérifient chaque mot de ce que vous avez écrit, et vous devez tout justifier auprès d’eux avec vos sources et vos documents. Ils sont très stricts, mais c’est nécessaire.

Il faut aussi passer par le service juridique, une étape essentielle dans ce genre d’affaires. Il faut également réussir à écrire quelque chose de digeste et d’intéressant pour le lecteur, même si l’histoire est complexe.

C.I. : Quels échanges avez-vous eus avec les conseillers de Cristiano Ronaldo ?

C.W. : Avant de publier cette enquête, nous avons écrit un long e-mail à Cristiano Ronaldo et ses avocats leur disant que nous allions sortir un article sur cette affaire. Nous leur demandions de commenter les citations et de répondre à nos questions.

On leur a donné du temps pour répondre. Ils nous ont juste répondu qu’ils ne feraient aucun commentaire. Et un de ses avocats a menacé de nous poursuivre si nous publiions l’article.

En 2017 déjà, le jour même de la sortie de notre premier article, les conseillers de Cristiano Ronaldo avaient publié un communiqué, en niant tout catégoriquement, et en qualifiant notre article de “journalisme fiction”.

Dans ce communiqué, ils niaient des choses dont nous avions pourtant les preuves. Résultat, dans certains journaux, les titres étaient devenus : “Ronaldo démolit les allégations du Spiegel”. Si vous êtes un fan de football et que vous tombez là-dessus, vous vous dites que tout est là et qu’il n’y a pas besoin d’en lire davantage.

C.I. : La publication de votre enquête cette année a-t-elle un impact différent par rapport à l’an dernier ?

C.W. : C’est complètement différent. Aujourd’hui, les médias nous reprennent partout. Cela s’explique parce que Kathryn Mayorga parle, et parce qu’elle a porté plainte contre Ronaldo.

Et nous avons cette fois-ci publié aussi un nouveau document qui met en doute les dénégations de Cristiano Ronaldo. Il s’agit de sa première version des faits qu’il avait écrite à ses avocats, dans laquelle il dit que Kathryn Mayorga lui a dit “non” plusieurs fois, et qu’elle lui a demandé d’arrêter. Dans sa deuxième version, plus tard, Cristiano Ronaldo dit que la relation sexuelle était consentie.

Au Spiegel, nous ne disons pas qui il faut croire. Nous disons juste que ce que nous avons écrit est exact, et que vous avez à vous faire votre propre idée sur qui croire. Seules les autorités compétentes peuvent ensuite juger.

C.I. : Le journalisme d’investigation a donc un avenir…

C.W. : L’investigation est devenue un luxe pour les médias ces dernières années. Cette enquête sur Cristiano Ronaldo a coûté très cher, elle a mobilisé beaucoup de gens pendant longtemps. Et vous ne savez jamais : parfois, les enquêtes aboutissent, parfois non.

Mais le journalisme d’investigation est essentiel. J’ai 29 ans, et je suis très reconnaissant d’être assis ici dans les locaux du Spiegel à Hambourg, qui, en soixante-dix ans d’existence, est peut-être le média qui a fait le plus d’enquêtes en Allemagne. Beaucoup de puissants ont dû rendre des comptes après nos révélations, alors qu’ils n’auraient jamais pensé devoir en rendre.

Source : COURRIER INTERNATIONAL

Mystère autour de la disparition en Turquie d’un journaliste saoudien critique de Ryad

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Depuis mardi matin, Jamal Khashoggi, journaliste critique envers l’Arabie Saoudite et vivant aux Etats-Unis, a disparu à Istanbul.

La fiancée du journaliste Jamal Khashoggi et une amie attendent devant le consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul, en Turquie, où il a été retenu, le 3 octobre. PHOTO OSMAN ORSAL/REUTERS

Le mystère entoure le sort d’un journaliste saoudien donné pour disparu après son entrée dans le consulat de son pays à Istanbul alors que Ryad affirme que cet homme, critique envers les autorités saoudiennes, a bel et bien quitté les locaux de la mission diplomatique.

Pour la Turquie, il est encore au consulat. La Turquie a déclaré pour sa part mercredi que Jamal Khashoggi, 59 ans, porté disparu depuis plus de 24 heures, se trouvait toujours à l’intérieur du consulat saoudien à Istanbul où il s’était rendu pour des démarches administratives. Rédacteur d’articles d’opinion pour le Washington Postnotamment, Jamal Khashoggi n’a pas été vu depuis qu’il est entré au consulat mardi matin. Selon les informations dont nous disposons, l’individu en question, qui est un Saoudien, se trouve au consulat saoudien à Istanbul », a déclaré à la presse mercredi en début de soirée le porte-parole de la présidence turque Ibrahim Kalin. Il a affirmé que le ministère turc des Affaires étrangères et la police turque « suivent l’affaire » et que des contacts à son sujet étaient en cours entre les autorités turques et des responsables saoudiens.

Ryad rétorque qu’il en est sorti. Pour sa part, Ryad a réagi via l’agence officielle de presse saoudienne SPA, affirmant que l’intéressé avait quitté les locaux de la mission diplomatique. Le consulat général d’Arabie saoudite à Istanbul « effectue les procédures de suivi et la coordination avec les autorités locales turques pour découvrir les circonstances de la disparition de Jamal Khashoggi après qu’il a quitté le bâtiment du consulat », déclare un communiqué publié par l’agence de presse officielle saoudienne, SPA, sans davantage de détails.

« Jamal est détenu à l’intérieur », selon un proche. La disparation de Jamal Khashoggi avait été annoncée tôt mercredi par le rédacteur en chef de la rubrique opinion du Washington Post, Eli Lopez. « Ce serait injuste et scandaleux qu’il soit détenu en raison de son travail de journaliste et de commentateur », a-t-il déclaré dans un communiqué. La fiancée turque de Jamal Khashoggi était depuis mercredi matin devant le consulat saoudien à Istanbul. Un ami de Jamal  Khashoggi, Turan Kislakçi, à la tête d’une association turco-arabe de journalistes, a dit avoir contacté les autorités turques qui lui ont affirmé qu’elles « suivent l’affaire de près ». « Nous sommes certains que Jamal est détenu à l’intérieur, à moins que le consulat n’ait un tunnel », a-t-il déclaré.

Un journaliste exilé aux Etats-Unis. Jamal Khashoggi, journaliste chevronné, est devenu critique envers le pouvoir saoudien ces derniers mois alors qu’il était auparavant considéré comme proche du gouvernement. Il s’est exilé aux Etats-Unis l’année dernière par crainte d’une arrestation, après avoir critiqué certaines décisions du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et l’intervention militaire de Ryad au Yémen. Le département d’Etat américain a indiqué qu’il cherchait à en savoir davantage sur son sort. L’organisation Reporters sans frontières (RSF) a qualifié la disparition du journaliste d' »extrêmement inquiétante », et a appelé les autorités saoudiennes et turques à « faire le nécessaire en sorte qu’il réapparaisse libre aussi tôt que possible ».

L’Arabie saoudite, très mal classée en matière de liberté de la presse. L’Arabie Saoudite figure à la 169ème place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF. Ryad promeut une campagne de modernisation depuis que le prince Mohammed ben Salmane a été désigné héritier du trône en 2017. Mais la répression contre les dissidents, avec des arrestations de religieux, de personnalités libérales et aussi de militantes de la cause des femmes, s’est accentuée depuis. Jamal Khashoggi est l’un des rares journalistes saoudiens en vue à élever la voix contre cette répression. Dans l’un de ses derniers tweets, il avait ainsi critiqué le procès intenté à un économiste saoudien de renom, Essam Al-Zamel, après son arrestation par les autorités saoudiennes.

 

Source : europe1.fr

Le Maroc refuse l’installation de camps de migrants sur son sol, comme souhaité par l’Europe

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Le Maroc ne veut pas accueillir une zone où les migrants seraient accueillis pour déterminer s’ils sont autorisés à pénétrer en Europe, a indiqué le ministre des Affaires étrangères marocain Nasser Bourita.

« Le Maroc est généralement contre toutes formes de centres. C’est un élément clé de notre politique migratoire et notre position de nation souveraine », a déclaré le ministre au quotidien allemand Die Welt, selon lequel le royaume fait partie des pays désignés par l’Europe pour accueillir de tels centres sur leur territoire.

Pour le ministre, de tels centres sont contre-producfis et une compensation financière ne le ferait pas changer d’avis. « C’est trop facile de dire simplement que c’est une opportunité pour le Maroc », a-t-il soutenu, affirmant que le contexte politique en Europe fait en sorte de gonfler la problématique. « Les migrations englobent 3% de la population, dont 80% sont légales. Nous parlons donc de 20% de ces 3%. ».

bladi.net

Invitation : Pour une nouvelle loi sur les associations

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Appel

Pour une nouvelle loi sur les associations .

Dans le cadre de la célébration du trentième anniversaire des évènements d’octobre 88, le collectif des associations ci-dessous, vous invite à la présentation d’un projet de loi alternative sur les associations, le vendredi 5 octobre 2018 à 10h00, au Sofitel d’Alger.

La presse nationale et internationale est cordialement invitée. Alger le 03 octobre 2018- Djazairouna- Femmes Algériennes Revendiquant leurs Droits FARD – Ligue Algérienne des Droits de l’Homme LADH- Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme LADDH-Benissad- Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme LADDH- Zehouane- Ligue des arts cinématographiques et dramatiques de Tizi-Ouzou- Rassemblement-Action- Jeunesse RAJ- SOS Disparus- Tharwa Fadhma N’soumer .

 

Commémoration : disparition de Mehdi Siam

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Cela fait vingt ans, jour pour jour, que nous a quitté Mehdi. Nous avons souhaité commémorer cet anniversaire en cette journée

du 22 septembre. Mais hélas, pour des raisons administratives, la journée hommage est reportée au samedi 6 octobre 2018. Aujourd’hui, à cet instant, nous vous demandons d’avoir une pieuse pensée en sa mémoire.

Mehdi est présent dans nos cœurs. Qu’il repose en paix.

Changement climatique : «Les autres combats n’ont aucun sens si celui-là est perdu»

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Aurélien Barrau, astrophysicien, a enflammé les réseaux sociaux avec un discours lucide et saisissant sur le réchauffement et la responsabilité de l’humanité dans sa propre destruction.

Début septembre, Aurélien Barrau, 45 ans, astrophysicien à l’université Grenoble-Alpes, lançait avec l’actrice Juliette Binoche un appel pour une action politique «ferme et immédiate» face au changement climatique, signé par 200 personnalités et publié en une du Monde. Quelques jours plus tard, invité du festival Climax, à l’Ecosystème Darwin, à Bordeaux, il enfonçait le clou, avec un discours limpide et percutant qui a enflammé les réseaux sociaux – vu près de 4 millions de fois sur Facebook. Devenu malgré lui une figure médiatique, il souhaite désormais «retourner à ses recherches».

Vous n’êtes ni climatologue ni spécialiste de la biodiversité. Qu’est-ce qui vous a amené à sonner l’alerte sur l’écologie ?

Je n’ai pas de compétence particulière dans ce domaine et je ne masque pas cette ignorance. C’est un cri d’alarme que je pousse en tant que citoyen, en tant que vivant. Mais comme scientifique je sais néanmoins deux choses : d’abord qu’une croissance exponentielle, dans un monde de taille finie, est impossible durablement, et ensuite que si les prédictions climatiques ont pu être un peu aléatoires, elles sont désormais extrêmement fiables. Il est aujourd’hui impossible d’être climatosceptique.

Vous parlez de «crash du système planétaire», d’«atrophie des espaces de vie». Même de «fin du monde»

En tant qu’astrophysicien, je peux confirmer que la Terre continuera de tourner autour du Soleil. L’expression semble donc exagérée. Mais quelle est la spécificité de notre monde ? C’est cette richesse du vivant, cet équilibre subtil et fragile gagné après des millions d’années d’évolution. Si notre planète se dépeuplait de l’essentiel des vivants, en quoi serait-elle encore miraculeuse, merveilleuse, magique ? En quoi mériterait-elle encore d’être sauvée ? Voilà pourquoi je crois qu’on peut parler de fin possible du monde.

Votre constat rejoint celui du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, selon lequel le monde a deux ans pour agir contre le changement climatique sauf à affronter des «conséquences désastreuses». N’est-il pas déjà trop tard ?

Il est trop tard pour que rien de grave n’ait lieu. On le voit déjà : 60 % des populations de vertébrés ont disparu en quarante ans. L’Europe a perdu, en trente ans, plus de 400 millions d’oiseaux et 80 % des insectes volants. Et au niveau humain, on commence déjà à observer des déplacés climatiques et des pandémies. La catastrophe a déjà lieu. En ce sens, c’est vrai, il est trop tard. Mais ça pourrait être bien pire. Dans un système aussi complexe que la Terre, il y a des paliers. Ce que met en exergue l’ONU, c’est que si on ne fait rien de drastique d’ici quelques années, on passera un palier. Ensuite, même si on est exemplaire, il faudra des temps gigantesques pour inverser la tendance.

Emmanuel Macron sacré «champion de la Terre» à New York, ça vous inspire quoi ?

Si cette récompense consacre une action passée, elle est incompréhensible. L’année 2017 a été la pire de l’histoire en termes de rejets de CO2 et la France a été parmi les mauvais élèves. Nous ne sommes pas sur la bonne voie. En revanche, que Macron ait reçu cette médaille ne me choque pas. Je la vois comme une incitation. Parfois, endosser le costume de super-héros peut vous donner envie de vous comporter comme tel. C’est ce que j’espère : il aurait l’opportunité de rester dans l’histoire comme celui qui a commencé à sauver le monde. Ça serait pas mal, quand même ! A sa place, je me laisserais tenter, je crois !

Lui comme la plupart des dirigeants politiques continuent de vouloir concilier écologie et capitalisme. Est-ce possible ?

Quoi qu’on réponde, on est coincés. Si on répond oui, les altermondialistes n’écoutent plus. Si on dit non, les plus conservateurs, qui veulent faire un effort mais sans remettre en cause les fondements du système, n’écoutent plus non plus. On ne peut pas se permettre de trop restreindre. Tout le monde est d’accord pour dire qu’on ne doit pas envoyer la vie dans le mur. Les autres combats n’ont aucun sens si celui-là est perdu. Commençons par l’action : effondrons les émissions de CO2 et arrêtons d’envahir les espaces naturels. Et on verra bien quel système permet de le faire efficacement ! La vraie question est : pourrons-nous défendre notre bilan dans cinquante ans ? Non. Même si vous êtes ultralibéral, vous ne pourrez jamais expliquer que vous avez décidé de flinguer l’essentiel des vivants parce qu’il fallait gagner deux points de croissance. Cela transcende les divergences d’analyse économique.

A quoi ressemblerait un changement radical de modèle ?

Si on reste prisonniers des indicateurs de l’ancien monde, comme le taux de croissance, on aura forcément l’impression de régresser. L’inflexion drastique qu’on doit engager peut être perçue, au départ, comme une perte de confort ou de liberté. Mais c’est une illusion, ce sont ces indicateurs sclérosés qui sont biaisés car issus d’un système qui est dans l’impasse. Il faut redéfinir notre rapport au vivant, à la Terre, et envisager une décroissance économique qui soit une croissance intellectuelle, culturelle, écologique et humaniste. Une amélioration de la qualité de vie, une ouverture de possibles, un endiguement de la mort des espèces, un partage apaisé des richesses devraient, avec de meilleurs indicateurs, apparaître comme une authentique croissance ! Même si on baisse la production de certains objets techniques.

Depuis votre pétition, avez-vous été contacté par des responsables politiques ?

Oui, et ces conversations m’ont ému. Ces personnes m’ont dit qu’elles étaient conscientes du problème mais ne pouvaient pas faire changer les choses. Je vois deux raisons à cette impuissance. La première, ce sont les lobbys, tout le monde le sait. Nos dirigeants devront oser se fâcher, être braves, affronter de grandes puissances. Je crois qu’il y a une autre raison, plus subtile : aucun de nos dirigeants n’ayant été élu sur un programme écologiste, ils ne se sentent pas légitimes pour le mettre en œuvre. Il faut un sursaut citoyen. Faisons l’effort de dire, tous, de gauche, de droite, libéraux ou marxistes : «Nous ne voterons plus pour un candidat dont le projet écologique n’est pas clair, assumé et absolument prioritaire.»

Ce sont des dirigeants nationaux qui vous ont contacté ?

Je ne donne pas leur nom, car cela relève de conversations privées. Mais je n’ai pas eu Macron au téléphone, si c’est votre question !

Vous plaidez pour des mesures fortes, quitte à ce qu’elles restreignent nos libertés. A quoi pensez-vous ?

J’ai vu que cela suscite des crispations. On ne va pas instaurer un écofascisme ou un stalinisme vert ! Personne ne veut ça. Mais il ne faut pas se mentir : si l’on consomme moins, il y aura une petite incidence sur un certain type de confort. A l’instant, trois voitures viennent de passer, avec une seule personne dans chacune. Il ne s’agit pas de l’interdire mais il faut que cela devienne rare. Un billet d’avion coûte souvent moins cher qu’un billet de train, c’est incompréhensible. On réplique parfois que la liberté n’est pas négociable. C’est idiot, toute notre vie est conditionnée par des privations de liberté : je ne suis heureusement pas libre d’agresser un passant, ni de ne pas payer mes impôts ou de ne pas scolariser mes enfants. Des tas d’actes sont interdits ou obligatoires, pour le bien commun. Ne doit-on pas considérer la planète – la vie – comme un bien commun ? Dans quelques années, des épisodes caniculaires empêcheront de sortir de chez soi. Le corps ne peut pas rester longtemps à 55 °C. Le réchauffement nous privera de la liberté de sortir, ce n’est pas rien ! Il faut s’imposer de petites restrictions pour éviter une catastrophe in fine bien plus liberticide.

Vous vous inquiétez aussi de la disparition des espaces de vie. Cela appelle-t-il des mesures coercitives ?

C’est vrai qu’il ne faut pas parler que du climat. Aujourd’hui, la première cause d’extinction des espèces est la disparition des espaces de vie, les prélèvements excessifs, la pollution. L’expansionnisme humain n’est plus possible. Je n’ai évidemment pas envie que des gens renoncent à se loger décemment. Il faudra juste un peu plus de partage : on ne s’en sortira pas sans une répartition des richesses, des ressources et de l’espace de vie. Par ailleurs, certains pays donnent des droits à des fleuves ou des forêts, qui deviennent des «personnalités juridiques». On pourrait donner des droits à des objets naturels – parcs régionaux, montagnes, populations animales – qui auraient des représentants. On donne bien des droits à des entreprises ! Ce n’est pas infaisable : quand Kennedy a dit qu’on irait sur la Lune, c’était fou ; sept ans après, on y était. La seule question est de savoir si on veut le faire.

Un pays ne peut pas se transformer seul dans le cadre d’une économie mondialisée, dit-on…

Cet argument est irrecevable. On apprend bien à nos enfants que l’irresponsabilité des copains n’est pas une excuse… Pour être concret, l’échéance importante n’est pas la remise du rapport du Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat], dont les conclusions seront catastrophiques. Ni la COP 24 qui ne pourra rien faire, à cause de Trump. Mais le prochain sommet européen : Macron et Merkel auront un pouvoir de décision et pourraient ouvrir un gigantesque infléchissement écologique de l’axe européano-africain. On ne parlerait plus d’un pays mais de deux continents, ce ne serait plus anecdotique.

Même si la préoccupation écologique infuse dans l’opinion, croyez-vous que celle-ci soit prête à renoncer à son mode de vie ?

Je n’en suis pas sûr… Il semble qu’on choisisse l’effondrement. Mais je crois encore au pari de la vie. Quand les dinosaures ont reçu la météorite, ils ne pouvaient rien y faire. Nous, nous avons les rênes en mains. Certains pensent qu’il y aura, au dernier instant, un miracle technologique. Ce n’est pas raisonnable. Et même si on déménageait sur Mars, il y aurait très peu de «happy few» ! En revanche, je crois à un miracle éthique : on sait tous, au fond de nous, que la situation est insensée. On nie la vie en elle-même. L’inaction serait impardonnable : nous avons toute l’information.

Votre discours au festival Climax a eu un écho fort. Mais vous voulez retourner à vos recherches. N’avez-vous pas la responsabilité de porter la parole de cette cause ?

Ce que je vous ai dit à l’instant n’est pas nouveau. Si je vous avais parlé astrophysique, je vous aurais appris des choses, là je n’ai rien dit de très original. C’est mieux que je me retire, d’abord car j’ai une vie, un travail. Il ne faut pas «peopliser» ce sujet : peu importe que ce soit un type aux cheveux longs avec des bracelets au poignet qui l’aborde ! Des personnes bien plus compétentes travaillent sur ces questions, elles ont des solutions clés en main, chiffrées. C’est à elles qu’il faut donner la parole. Pour une raison qui me dépasse, mon message a été écouté. Tant mieux ! Je voudrais maintenant que le passage demeure, mais que le passeur disparaisse.

Par Laure Equy et Coralie Schaub, photo Pablo Chignard (Hans Lucas)

Source Journal Libération

L’État algérien face à la revendication berbère et à ses outils « éditions, médias… » (première partie)

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Ce texte provient de la communication présentée au colloque « la question berbère après la colonisation. Amnésie, renaissance, soulèvements » qui s’est tenu les 19 et 20 mai 2015 à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Il diffère sur certains points de la présentation orale qui en a été faite, ainsi que de la version écrite, plus courte, destinée à la publication dans les Actes du colloque.

Ramdane Achab éditeur, enseignant

 

Introduction

De nos jours, la langue berbère est attestée sous forme d’un nombre relativement important de variétés régionales réparties sur une dizaine de pays, le Maroc et l’Algérie étant les plus importants sur les plans de la démographie et de la revendication identitaire. Aux communautés linguistiques des pays d’origine s’ajoutent celles des pays d’adoption. Sans être unique, la langue reste le marqueur le plus immédiat, le plus manifeste, le plus emblématique, mais aussi le plus fragile, le maillon faible de l’identité berbère, celui sur lequel pèsent et convergent toutes les menaces, de la plus anodine à la plus ultime.

La langue berbère s’est trouvée très tôt confrontée à la présence de grandes langues de civilisation et de pouvoir (punique, latin, grec, arabe, turc, français) qui ont exercé leur domination, voire leur monopole, dans les domaines « nobles » et les échanges formels de façon générale. L’impact le plus fort et le plus durable dans les domaines de la langue, de la culture, de la civilisation, de l’identité en général, est très certainement celui de la conquête arabo-musulmane, surtout à partir du 11ème siècle. Les avancées de la langue arabe lui ont permis de ravir la première place à la langue berbère, jusque dans les échanges informels. Le recul de la langue berbère est un phénomène historique qui se poursuit de nos jours.

Recul en termes de perte de territoires, de baisse de la démographie relative, de statut social, entermes d’une accentuation de la variation et de la fragmentation linguistiques, en termes de démantèlement des sociétés traditionnelles dans ce qu’elles avaient de plus essentiel, comme ce fut le cas, pendant la colonisation française (1830-1962), de la Kabylie dans le dernier tiers du 19ème siècle et du monde touareg au début du 20ème, à titre d’exemples, compromettant ainsi, sérieusement, les possibilités de régénération et de redéploiement, surtout que les Etats postindépendance, au lieu de s’atteler à la résorption des violences et des traumatismes hérités de l’histoire, se sont au contraire inscrits dans leur prolongement par la négation, la marginalisation, la répression, la réduction et la destruction de la dimension et des espaces berbères, langue, culture, histoire, civilisation et identité.

 

  1. L’État algérien

Bien avant le déclenchement en 1954 de la guerre d’indépendance, le mouvement national algérien était dominé par l’idéologie de l’arabo-islamisme qui n’envisageait et n’admettait pour l’Algérie future que la seule identité arabe et musulmane, à l’exclusion de la dimension identitaire berbère. L’identité de l’Algérie était déjà scellée pour l’essentiel bien avant le début de la guerre, ce qui ne signifie pas qu’il y eût unanimité ou consensus à son sujet, puisque la berbérité et la revendication de la berbérité étaient bien présentes dans la société bien sûr, mais aussi, quoique de façon minoritaire, dans les structures du mouvement national, au sein de l’Etoile Nord-Africaine dans les années 1920, au sein du PPA-MTLD vers la fin des années 1940, et pendant la guerre de 1954 à 1962.

L’Etat algérien est né dans la violence, la violence de la guerre bien sûr (1954-1962), mais aussi la violence des luttes claniques de pouvoir qui ont commencé plusieurs années avant l’indépendance : liquidation physique de concurrents potentiels, liquidation de « berbéristes » avant et pendant les années de guerre, liquidations en nombre de maquisards lors de purges internes, crise de l’été 1962 qui a culminé avec des affrontements meurtriers entre « l’armée des frontières » et les combattants de l’intérieur, installation d’un pouvoir autoritaire, répression violente de la révolte du FFS en 1963, coup d’Etat militaire en 1965, parti unique, omniprésence et omnipotence de la police politique, arrestations, emprisonnements, liquidations d’opposants politiques à l’intérieur du pays comme à l’extérieur, etc. En un mot, tous les attributs d’un régime de dictature, avec l’arabo- islamisme comme idéologie, l’adoption de l’Islam comme religion d’État (1976) et comme projet de société. Utilisant tous les leviers de l’État et portée par des forces politiques ascendantes, cette idéologie tentaculaire s’est très vite imposée dans des secteurs-clefs comme l’éducation, la justice, l’administration, l’armée, etc. La politique d’arabisation de l’enseignement par exemple, menée tambour-battant avec des moyens illimités, n’a pas consisté en une simple opération de substitution linguistique, le remplacement du français par l’arabe, elle a été l’occasion d’une redéfinition et d’une réorientation politique et idéologique des contenus : formatage politique et idéologique des élèves (et à travers eux, de la société), mise sous le boisseau de tout esprit critique et des matières « Subversives » (sciences humaines), etc. Un jeune élève algérien par exemple connaît « tout » du Prophète de l’Islam et de ses compagnons, mais il ignore tout de l’histoire de son village ou de sa ville, il est même loin de se douter que son village ou sa ville ont une histoire.

 

  1. La revendication identitaire berbère

De notre point de vue, la revendication identitaire berbère n’est pas réductible à des événements, des dates, des lieux, des personnes, une chronologie, un folklore, etc. Elle n’est pas réductible à une lecture de type racial ou ethnique (telle « race », telle « ethnie » contre telle autre), elle n’est pas réductible à une lecture de type essentialiste (les Berbères ont toujours été ceci ou cela), elle n’est pas non plus réductible à une lecture de type unanimiste (tous les Berbères sont ceci ou cela). Ces quelques définitions par la négative permettent de se prémunir contre un certain nombre de dérives dans l’analyse et l’interprétation des faits.

Nous entendons par revendication identitaire berbère le mouvement historique par lequel et dans lequel se sont exprimées, individuellement ou collectivement, à l’extérieur ou à l’intérieur de structures quelles qu’elles soient, l’une et/ou l’autre de ces attitudes :

  • l’attachement à l’identité berbère, déclinée sous un ou plusieurs de ses aspects : langue, culture, société, histoire, civilisation, etc. ;
  • la défense et la promotion de cette identité.

Ce cadre définitoire nous semble correspondre aux principales données du terrain. De notre point de vue, il exclut toute considération d’ordre « ethnique ». Il inclut au contraire la diversité des régions, des nations et des origines, la diversité des idéologies et des croyances.

Ce mouvement historique n’est uniforme ni dans le temps ni dans l’espace. Sur le plan politique et idéologique par exemple, toutes les tendances sont présentes et actives en son sein. Il a connu des périodes de continuité et de croissance, d’apogée même, mais aussi des périodes de doute, d’attente, de rupture, de régression et de déclin. C’est un mouvement multiforme et multipolaire qui est soumis aux lois de l’histoire, et non pas à de prétendues « lois du sang », de la génétique ou de la psychologie des peuples.

 

  1. L’État algérien face à la revendication berbère

La revendication identitaire berbère heurte de façon frontale et remet en cause de façon radicale les fondements mêmes de l’État algérien dans ce que celui-ci a de plus essentiel : son idéologie arabo-islamique, son monolithisme politique, culturel, linguistique, son autoritarisme, sa conception centralisée de l’État, etc. Elle avance les valeurs et les principes politiques de pluralisme linguistique, de démocratie, de libertés individuelles et collectives, de justice sociale, de décentralisation, etc.

Du côté de l’État algérien, deux attitudes assez nettement différenciées, correspondant à deux périodes distinctes, caractérisent son face-à-face avec la revendication identitaire berbère :

  • La négation et la répression jusqu’à la fin des années 1980 ;
  • Et, à partir des années 1990, une nouvelle stratégie qui, sans exclure ni la violence (2001) ni quelques concessions concrètes ou purement symboliques, s’attèle à un travail systématique de démantèlement qui touche non seulement le mouvement de revendication identitaire, mais la société dans son ensemble et particulièrement des bastions importants comme la Kabylie. Cette nouvelle stratégie est, nous semble-t-il, caractérisée par les trois principaux niveaux d’action suivants :
    1. Un niveau « macro » qui agit sur les grands paramètres de la société (les facteurs économiques par exemple) ;
    2. Un niveau « micro » de suivi et de traque sur le terrain avec comme objectif de réduire les différents obstacles et les différentes poches de résistance ;
    3. Un troisième niveau qui consiste :
  • à dévoyer la revendication identitaire par l’introduction en son sein d’un véritable cheval de Troie : le paradigme « ethnique » comme paradigme d’analyse et de perception des problèmes, identitaires ou autres. Les questions quelles qu’elles soient se résolvent alors, miraculeusement, dans ce paradigme, qu’elles relèvent de l’histoire, de la sociolinguistique, de la politique, de l’anthropologie, etc. « Nous les Kabyles, on est ceci ou cela, on est comme ceci ou comme cela… », c’est le sésame qu’on trouve en amont ou à la conclusion de bien des discours, de bien des explications, et qui se décline sous toutes les coutures, prose, poésie, chanson, etc., avec les imparables évidences et assurances du sens
  • à manipuler la même revendication identitaire, notamment en favorisant l’émergence d’acteurs et d’organisations capables d’assurer la promotion politique du même paradigme. Une manipulation qui peut rejoindre des aspirations de type nationaliste et qui peut rencontrer en écho le désespoir et l’impatience d’une partie de la

Ainsi dévoyée et manipulée, la revendication identitaire est détournée de ses objectifs ; elle devient disponible pour toutes sortes d’aventures et de marchandages, à l’échelle du pays pour servir au besoin de détonateur à une confrontation violente de type « interethnique », ou bien, à l’échelle de l’Afrique du Nord, pour défaire le tissu de solidarités avec les autres régions berbérophones afin d’affaiblir, sinon de neutraliser le mouvement dans son ensemble.

Il n’est pas inutile de rappeler ici que ce dévoiement et cette manipulation de la revendication identitaire se sont faits à l’occasion et à la faveur des événements de 2001 et l’assassinat resté impuni de près de 130 citoyens par les gendarmes en Kabylie. Après la phase ascendante du Mouvement citoyen qui a culminé avec l’imposante marche du 14 juin, le cours de ces événements a été détourné pour ne plus servir qu’à disqualifier la politique et le politique en général. Faire table rase du passé, neutraliser les acteurs politiques, les forces de médiation, nettoyer la Kabylie politique au kärcher, faire émerger de nouvelles forces, de nouveaux acteurs, de nouveaux « porte-paroles », de nouveaux « guides », de nouveaux « héros », installer la violence, l’émeute, la jacquerie, le vandalisme, les barricades et la fumée des pneus brûlés comme nouveaux codes du militantisme et nouveau mode de gouvernance : telle fut la mission historique, tel fut l’héritage des Arouchs, force aux relents fascisants fabriquée et gérée dans les cabinets secrets chargés d’élaborer et d’implanter des stratégies d’éradication des racines mêmes de la revendication et de la fronde.

Les événements de 2001 ne sont pas une réplique du printemps berbère de 1980, ils en sont non seulement la caricature mais la négation la plus absolue, tant au niveau des principes et des valeurs que dans celui du fonctionnement et des objectifs. Ils illustrent les capacités illimitées du régime en matière de manipulation de la société, la capacité de retourner la société contre elle- même. C’est dans le sillage de ces événements et dans une volonté de reconfiguration au forceps du paysage politique régional, que se sont profilées les premières expressions autonomistes (et aujourd’hui indépendantistes) et que sont apparus les tuteurs politiques autoproclamés de la région, chargés de tenir leur rôle dans la polarisation de la vie politique, et de travailler de l’intérieur à la réduction, à l’implosion et à l’effondrement de la revendication identitaire et de la contestation en général.

Dévoiement et manipulation n’excluent pas, cependant, l’existence intrinsèque et relativement ancienne, de positions berbéro-nationalistes, entrevues en termes d’autonomie, d’autodétermination, de régionalisation, de fédéralisme, etc., à l’échelle d’un pays comme l’Algérie ou à celle de l’Afrique du Nord toute entière. La première formation politique à s’être engagée formellement sur ce terrain est le FFS clandestin qui, vers la fin des années 1970, a avancé le concept de « démocratie décentralisatrice » ainsi que le triptyque « autonomie individuelle, autonomie locale et autonomie régionale ». Mais ces concepts ont été proposés par le FFS clandestin pour l’Algérie toute entière, alors que des formations plus récentes voguent sur le paradigme « ethnique » et se focalisent sur la seule Kabylie.

Dans la mise en application de cette stratégie de dévoiement-manipulation, à partir des années 1990, plusieurs leviers sont actionnés :

  • dégradation de la situation sociale, avec, notamment, un taux de chômage significativement élevé par rapport aux taux des autres régions du pays ;
  • politique de découragement des investisseurs : rejets arbitraires des dossiers, insécurité voulue et entretenue, enlèvements d’entrepreneurs et de membres de leurs familles, etc. ;
  • apparition rapide de maux sociaux à grande échelle : lieux de débauche, drogue, prostitution, avec la complicité des autorités ;
  • militarisation de toute la région, sous prétexte d’une insécurité volontairement entretenue ;
  • destruction ou neutralisation de tous les espaces où peut s’exprimer, s’organiser et se développer le lien social : structures traditionnelles, partis politiques, réseaux sociaux, etc. ;
  • offensive islamisante destinée, avec la complicité des autorités, à encadrer idéologiquement la population, à la dresser à l’obéissance et à la soumission, à la traumatiser par la remise en cause des rituels d’enterrement par exemple, tout en servant de véhicule et de force d’appoint à l’arabisation ;
  • stratégie de pollution et de brouillage des repères et des valeurs, de nivellement par le bas,
  • etc.
  • Ramdane Achab

    Deuxième partie

 

Amir.dz : La page Facebook qui dérange le pouvoir algérien et ses larbins est censurée 

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La page du cyberactiviste Amir DZ dont la page Facebook connaît un succès sans pareil dans le monde arabe en dénonçant les malversations de responsables algériens et leur rejetons a été supprimé momentanément hier par l’administration de Facebook suite à une plainte du patron d’Ennahar tv, Mokkedem Mohamed, alias Anis Rahmani.

« J’ai reçu très tôt ce matin des messages de Facebook confirmant la suppression de la page Amir DZ. Oui pour la liberté d’expression, mais dépasser les limites avec des hommes est interdit », écrit-il sur Tweeter.
am

La page Facebook Amir.dz comptait pas moins de 2 millions d’abonnés. Par ses publications, qui chatouillent une fibre sensible chez les Algériens, en n’épargnant aucune personne qui graviterait autour de système pollué des responsables corrompus et leur progéniture qui bradent les ressources du pays.

Le jeune, Amir Boukhors, originaire de Tiaret, et établi actuellement en France, recevrait même, de la part de personnes haut placées dans les institutions sécuritaires, ce qu’on pourrait appeler sans hésiter, des informations classées confidentielles, et même des messages de soutien, ce qui montre à quel point le pouvoir se sent fragilisé et perdre le contrôle sur ses éléments.

Par ailleurs, une autre page de secours du même nom et qui compte plus de 200 000 abonnés, a démenti l’implication d’Anis Rahmani dans la désactivation de la page et accuse une campagne de signal de la part de millions de facebookeurs engagés par les nababs du système contre lui.

En gros, le système, avec tous ses moyens, est en train de s’affoler, face à un seul jeune « harrag », muni que de sa page Facebook et de sa détermination.

Source : Le Matin d’Algérie

Les inscriptions aux examens, BAC, BEM et 5ème

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ALGER – Les inscriptions pour les examens scolaires nationaux pour l’exercice 2018/2019 sont fixées du 15 octobre au 15 novembre, et se feront sur le site de l’Office national des examens et concours (ONEC), a annoncé mardi le ministère de l’Éducation nationale.

Pour le baccalauréat, les futurs candidats pourront s’inscrire sur l’adresse bac.onec.dz, pour le Brevet de l’enseignement moyen (BEM) sur bem.onec.dz, tandis que pour l’examen de fin de cycle primaire l’adresse est cinq.onec.dz, précise la même source.

L’examen du baccalauréat aura lieu du 16 au 20 juin, celui du Brevet d’enseignement moyen (BEM) du 9 au 11 juin, tandis que l’examen de la 5ème année primaire est fixé au 29 mai.

APS

Le Baron perché, roman d’Italo Calvino

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Je viens de terminer ce chef-d’œuvre d’intelligence et d’humour, où défile, en filigrane tout le siècle des Lumières ! Cette «période de transition» comme le dit le narrateur…

On y rencontre pêle-mêle :

Les mœurs, les costumes, les décors, les nourritures nouvelles venues des contrées lointaines. La pauvreté du peuple, les errants, les parias au fond des bois, les brigands des grands chemins.

Le bouillonnement religieux, l’Inquisition, la sorcellerie et les superstitions, la rigueur janséniste, les Jésuites, puis le déisme voltairien.

Les philosophes : Montesquieu, Voltaire, Rousseau… L’exil des penseurs auprès de monarques «éclairés», comme Catherine II.

La glorification du savoir et de l’inventivité humaine (l’encyclopédie Diderot-D ’Alembert, Robinson Crusoë qui réussit sa survie en solitaire… L’exploration de la nature (les ruches, la culture de la vigne, les herbiers de Linné…) et les tours du monde (Cook, Bougainville…). L’essor des sciences, de l’hydraulique des jardins de Versailles à la montgolfière…

La vogue d’exotisme (le turban de Monsieur Jourdain, les Lettres persanes, Zadig, Paul et Virginie, le magnolia d’Amérique… juste au-delà du mur, au-delà donc des limites, ce dernier peut être aussi allusion à cette révolution américaine qui a précédé la nôtre). Les pirates barbaresques. L’aventurisme à la Beaumarchais. Le bon sauvage, l’ingénu, vendredi…

L’éclatement du carcan moral, fruit de nouvelles interrogations, le libertinage (Casanova, Don Juan, le marquis de Sade, le succulent «Supplément au voyage de Bougainville» de Diderot…)

Les productions littéraires phares de l’Europe de l’époque : des romans picaresques aux romans d’initiation, des œuvrettes populaires colportées par la bibliothèque bleue aux libelles incendiaires et aux gazettes. On se promène aussi au jardin préromantique de la nouvelle Éloïse ou de Werther.

L’éducation sclérosée des nobles et des grands bourgeois. Mais aussi les voyages de formation de la jeunesse (comme celui que fit Goethe à Rome). La nouvelle curiosité intellectuelle des femmes, qui, au sortir des salons littéraires, allait bientôt donner Olympe de Gouges ou Mme de Staël… La rouerie de celles qui s’émancipent… Le badinage mondain à la Marivaux.

On y voit s’éveiller la conscience sociale de certains nobles instruits, comme le héros, ce qui va mener à la Révolution. La franc-maçonnerie transparaît avec ce Papageno de la Flûte Enchantée de Mozart, perché dans ses arbres. On assiste bientôt au recueil des Cahiers de doléances, aux États généraux… et à la Révolution.

L’espoir soulevé par Bonaparte sera suivi de la déception et de la crainte face à l’impérialisme napoléonien, de l’avortement de la Révolution, et de la remise en place d’un ordre ancien, peut-être plus impitoyable encore avec le triomphe de la bourgeoisie industrielle et commerciale.

On voit néanmoins à la fin se profiler les prémisses d’une libération des nations par les peuples (Risorgimento italien, avec des allusions claires aux carbonari, à Mazzini et à Garibaldi). Le réveil du peuple bientôt avec Proudhon et Marx…

Ce roman, c’est… de la haute voltige !

À relire, deux, voire trois fois sans en épuiser la richesse…

 

Mireille Liatard