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L’élection présidentielle fixée au 18 avril 2019

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L’élection présidentielle en Algérie se déroulera le 18 avril, a indiqué vendredi la présidence de la République. A 81 ans, Abdelaziz Bouteflika pourrait se présenter pour un cinquième mandat.

La prochaine élection présidentielle en Algérie se déroulera le 18 avril, a annoncé vendredi la présidence de la République, citée par l’agence de presse d’Etat Algérie Presse Services (APS).

Un cinquième mandat pour Bouteflika ? Le mandat du président Abdelaziz Bouteflika, à la tête de l’Algérie depuis 1999, expire le 28 avril. Son camp l’appelle depuis plusieurs mois à se représenter pour un cinquième mandat, mais Abdelaziz Bouteflika, 81 ans, n’a pour l’heure pas fait part de ses intentions.

Le « président de la République a pris ce jour (vendredi), un décret présidentiel convoquant le corps électoral pour l’élection présidentielle qui se déroulera le jeudi 18 avril 2019 », indique le communiqué de la présidence, cité par l’APS.
Selon la loi, les candidats éventuels ont désormais 45 jours à partir de la publication du décret, soit jusqu’au 4 mars, pour déposer leur dossier auprès du Conseil constitutionnel.

Aucun candidat majeur déclaré. L’incertitude autour d’une nouvelle candidature du chef de l’Etat, diminué par les séquelles d’un AVC dont il a été victime en 2013, a monopolisé ces derniers mois le débat politique en Algérie. Aucun candidat d’importance n’a pour l’heure annoncé son intention de se présenter. Pour la précédente présidentielle en 2014, Abdelaziz Bouteflika avait déposé sa candidature dans les ultimes jours avant l’expiration du délai.

Source : Europe 1

Mouloud Hamrouche, l’homme mystérieux

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Le chef de file des réformateurs a cultivé l’image d’un homme politique intègre, lucide et consciencieux s’élevant au-dessus de la mêlée. C’est l’homme auquel peut rêver une opposition dispersée et sans leadership, mais aussi les faiseurs de roi en quête d’un personnage charismatique capable de cristalliser les affects des foules. Un pareil candidat aurait pu tirer d’affaires des décideurs réduits à sponsoriser un homme mourant et inaudible et dont les apparitions sporadiques n’ont de cesse de provoquer la compassion des Algériens.

Au reste, le nom de Hamrouche est régulièrement évoqué dans la presse. Certains titres qui se sont spécialisés dans les comptes rendus de réunions secrètes qui auraient réunies telles éminences grises du pouvoir algérien (qu’eux seuls savent où elles se déroulent), glissent souvent le nom de l’ancien chef de gouvernement parmi les hommes qui disposerait au sein du sérail de l’appui nécessaire pour se faire introniser à la tête de l’État. Des écrits qui ont l’air de suppliques insistent sur le caractère « consensuel » du personnage, tout en soulignant l’intérêt qu’une telle candidature peut apporter à l’Algérie.

Enfin, selon le quotidien El Watan du 9 janvier dernier une pétition « initiée par un groupe de citoyens pour une Algérie lucide» a été lancée « en faveur de la candidature de Mouloud Hamrouche » à la présidentielle de 2019. La tribune que l’ancien chef de gouvernement vient de publier dans le même journal, semble donc être une mise au point au regard de la gravité de la situation et des événements politiques récents impliquant la violation des lois et de la constitution du pays. Loin d’être une offre de service, comme d’aucuns l’ont laissé entendre, la contribution de Hamrouche dissèque avec doigté la genèse et le développement du système politique algérien en mettant à nu ses faux-semblants et ses mirages.

Ceux qui attendaient qu’il annonce sa candidature ou qu’il propose une offre de service, sont déçus de cette réponse donnée sous forme d’un exercice intellectuel et réflexif sur le parcours politique de l’Algérie. Mouloud Hamrouche a souhaité ainsi montrer qu’il n’était pas homme à se laisser prendre à des arrangements occultes et inavouables. Sa contribution est une gifle pour les tenants du pouvoir qui espéraient recruter un nouveau président potiche. Hamrouche n’y pose pas ses conditions mais constate l’impossibilité d’évolution dans un jeu fermé. Au demeurant, ce n’est pas dans les mœurs des hommes politiques algériens de rédiger des contributions pour se faire élire à la tête de l’État. La meilleure manière d’y parvenir a été toujours d’observer le silence. Hormis Mohamed Boudiaf qui avait écrit le livre Où va l’Algérie ? à l’époque où il était opposant ; aucune personnalité qui a eu à diriger l’Algérie, ne s’était évertuée (encore qu’il faille qu’elle en soit intellectuellement apte) à livrer sous forme d’un écrit réfléchi, sa vision de la politique et de la conduite des affaires de l’État.

 

Mouloud Hamrouche, chef de l’État ?

Sous la sobriété des phrases court une ironie toute discrète. C’est l’existence même de l’Etat algérien que l’ex-chef de gouvernement sous Chadli interroge. Il affirme d’emblée que « Beaucoup n’avaient jamais noté et d’autres, […] avaient simplement oublié que la Proclamation de Novembre 1954 avait posé comme objectif la restauration de l’Etat national souverain comme finalité du combat libérateur et comme garantie de l’indépendance nationale ». La suite de la contribution est la confirmation de ce diagnostic de départ. En tous les cas, le discours qu’y tient Hamrouche est à même de donner le tournis à tout potentiel candidat à la magistrature suprême. Après le rappel de l’oubli des principes pour lesquels le peuple algérien avait milité pour son indépendance, le contributeur n’hésite pas à dresser le parallèle entre l’Etat actuel et la Régence ottomane d’Alger qui s’était faite connaître par la corruption et les activités de piraterie en Méditerranée. Le contributeur estime que l’Etat algérien moderne a hérité des « fragilités de la gouvernance » de l’Etat des Pacha et des Dey. Un Etat qu’il qualifie de « national » quand bien même il fut « dirigé par des étrangers à cause d’une pauvreté dans le leadership national et d’un manque d’évolutions positives et subtiles».

En outre, Hamrouche fera beaucoup référence au modèle de l’Etat-nation européen qu’il appelle « westphalien » en référence à la région allemande de Westphalie où furent conclus les traités qui, en 1648 avaient mis fin sur le Vieux continent à diverses guerres de religion. Ces traités qui devaient remodeler la carte de l’Europe en la morcelant en plusieurs dizaines de petits Etats, établissaient le principe de l’égalité et de l’inviolabilité de la souveraineté nationale, ainsi que celui de non-ingérence dans les affaires d’autrui. Aux yeux de Hamrouche, les Algériens qui avaient lancé le FLN, ambitionnaient de construire un Etat de ce type, lequel est fondé sur le « triptyque : population, territoire et volonté nationale souveraine ».  C’est sur cette articulation entre les trois éléments que le contributeur semble vouloir attirer l’attention. Selon lui l’Etat westphalien a pour vocation de « mettre un terme aux conflits et aux violences communautaires cycliques en interne, rompre avec la continuelle composition et recomposition des populations, des territoires et des modifications des frontières ».  Une allusion au spectre du séparatisme, aux déplacements des populations durant la guerre civile et au fait que le territoire algérien comporte aujourd’hui des zones non sécurisées signalées du reste par nombre de chancelleries dans le monde.

 

Quid de l’armée ?

Que peut nous dire un ancien chef de gouvernement dont le mandat a été écourté par l’intervention de l’armée lors de la grève du FIS de juin 1991 ?

Pour Hamrouche, l’armée est « une sphère de l’Etat dont elle est la colonne vertébrale ». Le mot « armée » qui apparaît dans le texte 19 fois et l’acronyme ANP, 2 fois, témoignent de l’importance qu’accorde l’auteur de la contribution à cette institution de la République. Mais en évoquant la crise de l’été 1962, l’ancien chef de gouvernement lui reproche son implication dans le « système de pouvoir ». « Des expériences et des études, écrit Hamrouche, y compris dans de vieux pays structurés socialement et démocratiquement, où l’armée avait servi de base un temps pour gouverner, ont démontré que cela nuit à sa mission et à sa finalité ». Il faut donc lire que le présent s’explique par le passé. Hamrouche n’évoque pas la maladie de Bouteflika, mais fera allusion aux conséquences qui en découlent. A l’ombre de l’Etat national, écrit-il « aucun pouvoir et/ou aucune fonction d’autorité d’Etat ne s’exerce dans l’anonymat, sans habilitation, sans autorisation, sans vérification et sans contrôle a priori et a posteriori ».

 

La citoyenneté

En somme, le procédé littéraire utilisé souvent par le contributeur consiste en l’énumération de vérités générales dont il faut comprendre qu’elles ont été bafouées sous la latitude algérienne.  Ainsi on notera que « Le pouvoir et son exercice relèvent d’un gouvernement soumis à contrôle »  et aussi que « le droit de vote et l’acte de voter […] bénéficient de ces mêmes garanties de sécurité et de protection de l’Etat ». Hamrouche  conclura sa contribution ainsi : « Que nos failles, nos erreurs, douleurs et malheurs d’hier, que nos errances post-libération et que nos violences et crises du pouvoir nous aident à tirer le maximum d’enseignements pour le parachèvement de la mise en place de l’Etat national. L’instauration d’une gouvernance fondée sur un exercice institutionnalisé des pouvoirs séparés, la garantie de l’existence des contre-pouvoirs, des contrôles et des voies de recours ». Le pouvoir est donc renvoyé à sa vacuité profonde et à la momie qu’il a érigée en symbole.

Par: Larbi Graïne

 

Mère de prisonniers rifains

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Elle s’est levée de bon matin pour se préparer à rendre visite à ses trois fils, détenus dans la prison locale d’Al-Hoceima, pensant à tout ce qu’elle va emporter avec elle, y compris la nourriture et objets divers.

Elle a pétri le pain traditionnel, allumé le four traditionnel (Tayennurt).  Dès que c’était prêt, elle a tout emballé. Elle tenait à gâter ses trois enfants, comme elle avait l’habitude de le faire jusque-là, lors de chacune de ses visites, tous les vendredis.

Elle s’est mise en route. Pour ne pas être en retard, et arriver à temps, elle a pris le premier taxi de Boukidarne à Al-Hoceima. Le taxi l’a déposé à la gare de Cala Bonita. Là, elle s’est rendue à pied à la prison.

Sur place, elle s’est mise à patienter. Un surveillant pénitencier, qui la connaît, lui a annoncé que ses trois fils avaient été transférés à la prison locale de Taounate. Un autre surveillant lui avait annoncé seulement un de ses fils avait été transféré à Ouazzane.

Tout est resté pendu à ses mains, déçue, choquée la pauvre, elle qui s’impatientait de les revoir. Aussitôt arrivée, elle est repartie avec son bagage lourd. Les images de ses enfants ne la quittaient pas. Préoccupée d’identifier là où ses enfants ont été transférés.

Comment pourra-t-elle s’y prendre, la semaine prochaine ? Comment trouvera-t-elle son chemin et se procurer les frais de transport et s’il se révèle vrai qu’ils sont répartis sur plusieurs prisons. Comment pourra-t-elle tenir ses engagements assumés jusque-là à Al-Hoceima ? Assaillie de questions, elle a demandé autour d’elle, à la recherche des réponses à ses questions. Elle est rentrée chez elle, sans pouvoir voir ses propres enfants en prison, emportant avec elle sa déception, regrettant de devoir annoncer la mauvaise nouvelle à leur pauvre père, resté à la maison, et au reste de ses autres enfants. Pour elle, c’était certain, les jours à venir allaient être plus difficiles et misérables.

Récit d’une histoire vraie, vécue par la mère de détenus politiques rifains, Brahim Benaissa et ses frères Hakim e Jamal. C’est arrivé le 18 janvier 2018.

 

Rachid Oufkir

Vidal recadre les universités qui refusent l’augmentation les frais d’inscription des étudiants étrangers

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Les présidents d’universités sont « fonctionnaires de l’État » et à ce titre, tenu à « un devoir d’obéissance et de loyauté », a répliqué la ministre.

 

UNIVERSITÉS – Un recadrage sans détour. Alors que plusieurs universités se sont rebellées contre la décision du gouvernement d’augmenter les frais universitaires pour les étudiants étrangers, la ministre de l’Enseignement Supérieur Frédérique Vidal a souligné qu’en tant que « fonctionnaires de l’État », les présidents d’université avaient « un devoir d’obéissance et de loyauté ».

« Je tiens à rappeler que les universités sont des établissements publics, opérateurs de l’État et qu’effectivement, en tant qu’opérateurs de l’État et fonctionnaires d’État, il est évidemment très important qu’ils portent les politiques publiques décidées par l’État », a répliqué la ministre de l’Enseignement Supérieur, interrogée mercredi 16 janvier au Sénat par Claudine Le Page.

Et d’évoquer le « devoir d’obéissance et le devoir de loyauté » de  » tout fonctionnaire » vis-à-vis des décisions prises au sommet, comme le montre la vidéo ci-dessous.

La ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal a indiqué quelques jours auparavant que la hausse des frais d’université n’avait « pas vocation à être remise en cause dans son principe comme dans son calendrier ». « C’est elle qui nous donnera les moyens d’une amélioration durable des conditions d’accueil des étudiants internationaux », selon elle.

Actuellement, les étudiants extra-européens (une centaine de milliers en France) paient les mêmes droits que les étudiants français ou européens: 170 euros pour une année en licence, 243 euros en master et 380 euros en doctorat. Mais à la rentrée 2019, ils devront s’acquitter de2770 euros en licence et 3770 euros en master et doctorat, soit « un tiers du coût réel » d’un étudiant étranger pour les finances publiques, selon le gouvernement. Les non-Européens ayant déjà entamé leurs études en France ne sont pas concernés par cette hausse.

La Conférence des présidents d’université (CPU) a demandé en décembre la suspension de cette décision. Trois universités ont déjà fait part de leur refus d’appliquer la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers: la faculté de Clermont-Ferrand, celle de Lyon 2 et désormais celle de Rennes 2 mercredi 16 janvier.

Cette décision est jugée discriminatoire par les opposants à la réforme, qui affirment qu’elle exclut les étudiants issus des pays moins riches, notamment les étudiants francophones du continent africain.

Par Jade Toussay

Source : HuffPost

La Tunisie paralysée par une grève générale

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La grève générale tant redoutée a finalement eu lieu, ce jeudi 17 janvier, dans les services publics sur tout le territoire tunisien, à l’initiative de la puissante centrale syndicale « l’Union générale tunisienne du travail » (UGTT), suite à l’échec des négociations sociales.

Les multiples rounds de négociations entre le gouvernement et la centrale syndicale et les bons offices du président tunisien, Béji Caïd Essebsi, pour le dénouement de la crise n’ont décidément servi à rien et ce qui devait arriver arriva.

La Tunisie se trouve alors paralysée par une grève générale dans le secteur public qui concerne plus de 650.000 fonctionnaires et plus de 200.000 employés, avec des pertes énormes pour l’économie nationale déjà agonisante. La plupart des commerces, les banques, les administrations, les établissements scolaires (…) sont fermés, alors que les forces de l’ordre patrouillaient dans les rues et les avenues pour parer à toute éventualité et à tout dérapage.

« Toutes les mesures ont été prises pour parer à toute éventualité d’infiltration, de dérive ou d’atteinte à la sûreté publique », a déclaré à ce sujet le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Sofien Zaâg, assurant que les unités sécuritaires sont tout à fait prêtes pour sécuriser la grève générale non seulement à Tunis, mais également sur tout le territoire national.

Reste que l’échec des pourparlers entre les deux parties belligérantes sur l’augmentation des salaires dans le secteur public a soulevé des inquiétudes et rajouté de la morosité à un climat de tension qui a atteint son apogée avec les tiraillements entre les adversaires politiques et les crises économique et sociale qui déchirent le pays.

D’aucuns estiment, en effet, que cet échec n’était pas surprenant compte tenu des résultats des précédentes négociations et des propositions du gouvernement qui sont restées loin des exigences de la centrale syndicale, bien que modifiées à plusieurs reprises.

 

Source : MÉDIAS 24

La France a délivré (beaucoup) moins de visas aux Algériens en 2018

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Le nombre de visas Schengen accordés par la France aux Algériens a baissé en 2018. Selon des chiffres de la Direction générale des étrangers en France(DGEF) du ministère de l’intérieur, l’Algérie n’a obtenu que 297.104 visas, glissant de la deuxième à la quatrième place du classement des pays auquel la France a accordé le plus de visas.

Le nombre de visas de court séjour Schengen, accordés par la France en 2018, a enregistré une hausse de 4.4% en 2018. “Après la forte progression de 2017, qui faisait suite à un repli en 2016, le nombre de visas délivrés progresse plus modérément en 2018 (+ 4,4 %)”, explique ainsi la Direction générale des étrangers, qui rajoute que le nombre total de visas délivrés est de 3.571.399.

Le même organisme explique que cette progression a été portée par des visas touristiques, notamment ceux délivrés aux ressortissants russes et indiens.

Les documents Schengen délivrées aux ressortissants algériens “sont en baisse”, poursuit la même source.

Les chiffres détaillés démontrent que la France, après avoir accordé 413.976 visas aux Algériens en 2017, n’en a délivré que 297.104 exactement en 2018.

La Chine reste le premier pays d’origine des titulaires de visas, avec 875.994 visas délivrés en 2018, en hausse de  3,2 % par rapport à 2017. La Russie est le deuxième pays (372.451), devant le Maroc (334.016).

Cette baisse n’est pas surprenante. Les Algériens n’ont pas cessé de rencontrer des difficultés à obtenir un visa pour la France, une de leurs destinations principales en Europe, notamment après le changement du prestataire de services chargés de la récolte des dossiers.

Beaucoup affirmaient qu’il s’agissait même de restrictions volontaires de la part des autorités françaises sur fond de crispations politiques avec l’Algérie.

L’ambassadeur de France à Alger, Xavier Driencourt, affirmait qu’il n’y avait aucune restriction.

 

Source : HuffPost Algérie

La répression au Maroc ne fera pas taire la dissidence

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A Moroccan draped in the Berber, or Amazigh, flag shouts slogans while marching during a protest against the jailing of Al-Hirak al-Shaabi or "Popular Movement" activists in the capital Rabat on July 15, 2018. - Thousands demonstrated in the Moroccan capital on July 15 against the jailing of the leaders of the Hirak movement, whose protests which started in October 2016 spiralled after the death of a fisherman into a movement demanding jobs and development. (Photo by FADEL SENNA / AFP) (Photo credit should read FADEL SENNA/AFP/Getty Images)

Dans tout le pays, les manifestants sont de plus en plus disposés à critiquer le gouvernement et la monarchie – en dépit de la répression.

Lorsqu’elle a adhéré à l’Union nationale des étudiants marocains en 1978, Khadija Ryadi a su qu’elle ferait face à des difficultés. « À ce moment-là », a-t-elle rappelé, « nous avons été constamment suivis par la police. » Mais aujourd’hui, m’a-t-elle dit, la vie peut être encore plus dure. « Maintenant, non seulement nous sommes suivis, mais nous sommes aussi écoutés et photographiés, et partout. La répression est restée, mais les instruments ont changé. Je ne me sens jamais à l’aise.

Récemment, Ryadi, qui était présidente de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) de 2007 à 2013 et a remporté le Prix des Nations Unies dans le domaine des droits de l’homme en 2013, a fait sourciller les yeux. Dans un entretien avec moi, elle a dénoncé « un retour aux années de plomb » – une référence aux décennies de dure oppression des années 1960 aux années 1990 sous le règne du roi Hassan II.

La répression d’aujourd’hui est peut-être beaucoup moins brutale, mais le simple fait de dénoncer la récente vague de répression risque d’entraîner les opposants en prison. En effet, ces derniers mois, les défenseurs des droits de l’homme ont signalé une augmentation importante de harcèlement, des arrestations et de la violence policière à l’encontre des militants. Abdellah Lefnatsa, l’un d’entre eux, a déclaré que « les acquis tels que la liberté d’expression [et] le droit de manifester » sont en train d’être remis en question. Selon Youssef Raissouni, directeur exécutif de l’AMDH et membre du parti de gauche Annahj Addimocrati (La Voie Démocratique), plus de 1000 personnes ont été emprisonnées pour des accusations liées à la politique.

Au-delà des grands noms, il y a des gens comme Nawal Benaissa, une mère de 37 ans, mère de quatre enfants, qui a été arrêtée quatre fois pour son implication dans des manifestations dénonçant la corruption et exigeant des emplois, des hôpitaux et des écoles dans le cadre  du mouvement rifain | Hirak, qui a débuté dans la région du Rif, dans le nord du pays, après qu’un poissonnier ait été écrasé dans un camion poubelle en octobre 2016 alors qu’il tentait de récupérer sa marchandise de poissons que les autorités locales lui avaient pris.

Les charges officielles retenues contre elle, participation à une manifestation non autorisée, outrage aux agents de la force publique et incitation d’autres personnes à commettre des infractions pénales. En février dernier, elle a été condamnée à une peine de 10 mois avec sursis et à une amende de 500 DH (environ 50 dollars).

Mortada Iamrachen, un autre militant du Hirak, a été arrêté en novembre 2017 et condamné à 5 ans de prison pour avoir publié deux publications sur Facebook. Le premier, en décembre 2016, était un reportage sur l’assassinat de l’ambassadeur de Russie en Turquie. La deuxième publication, en juin 2017, incluait le récit d’une conversation au cours de laquelle un prétendu journaliste lui aurait demandé s’il avait tenté de faire entrer des armes au Maroc sous les ordres d’Al-Qaïda et qu’il avait répondu sarcastiquement à ce qu’il l’avait fait. Il était accusé de promotion du terrorisme.

Pendant l’été, entre-temps, Nasser Zefzafi et trois autres leaders de la manifestation du Hirak ont ​​été condamnés à 20 ans de prison pour « atteinte à la sécurité de l’État ». Les manifestants ont organisé des rassemblements à Casablanca et à Rabat en juillet dernier pour condamner les lourdes peines qui leur ont été condamnées ainsi que 49 autres militants et journalistes citoyens.

Désormais détenus à Oukacha à Casablanca, les militants ont entamé plusieurs grèves de la faim pour dénoncer leurs condamnations et les conditions de leur détention. Zefzafi a été maintenu à l’isolement pendant plus d’un an après son arrestation, en violation le standard des Nations unies, selon Human Rights Watch.

Un procès en appel pour 42 des détenus – 11 ont été graciés par le roi Mohammed VI depuis le verdict rendu en juin dernier – a été ouvert à Casablanca le 14 novembre 2018, mais les défenseurs des droits humains ne sont pas optimistes.

Le Maroc a déjà été témoin de vagues de manifestations et de détentions. Les gens ont marché contre les prix élevés des denrées alimentaires en 2007, contre le chômage en 2008 et pour la démocratie pendant et après le printemps « arabe ». Mais le nombre de poursuites engagées a considérablement augmenté, passant de 124 en 2016 à environ 1 000 depuis 2017, selon Raissouni.

Parmi les personnes emprisonnées figurent des militants du Hirak, des manifestants du nord-est et du sud, des étudiants de l’UNEM et des journalistes. (Rachid Belaali, avocat des défenseurs des activistes du Hirak, a déclaré qu’au moins 1 200 manifestants ont été arrêtés depuis 2017 ; environ un tiers d’entre eux ont été inculpés simplement pour avoir exprimé leur soutien au mouvement sur les réseaux sociaux, principalement sur Facebook.)

Par Ilhem Rachidi

Source : foreignpolicy.com

(Traduction, Rachid Oufkir)

 

La LADDH appelle à la libération des détenus d’opinion

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L’acharnement du pouvoir d’Alger est terrible sur toute voix discordante qui n’approuve pas et qui ne bénit point la politique répressive et dictatoriale qui mène le pays droit au mur.

Que cette voix soit exprimée dans les colonnes de la presse, sur des sites internet, sur les réseaux sociaux ou sur les plateaux des télés par des journalistes, des blogueurs ou de simples citoyens, le régime en place qui ne maîtrise que le langage de la matraque, d’intimidation et d’incarcération en instrumentalisant la justice qui est loin d’être indépendante jette dans ses froides et obscures geôles ces jeunes Algériens qui n’aspirent qu’à une Algérie prospère et libre.

Merzouk Touati est l’une de ces victimes condamnées lourdement (7 ans de prison ferme) pour un crime qu’il n’avait jamais commis. L’unique reproche qu’on peut lui faire c’est son opposition au régime.

c’est à travers ce jeune incarcéré arbitrairement que la ligue algérienne de droits de l’homme (LADDH) a publié le communiqué ci-dessous qui condamne l’arbitraire des décideurs et qui exige la libération de Touati et de tous les détenus d’opinion en Algérie.

Ali Aït Djoudi

 

Texte du communiqué :

 

LADDH Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme 15 janvier, 14:41 ·

18 janvier, jour pour jour, Touati MERZOUG blogueur et détenu d’opinion bouclera 02 ans de prison.

Interpellé suite à des publications sur son blog et les réseaux sociaux dans le sillage des événements survenus à Béjaïa en protestation contre la loi de finances 2017.

Poursuivis sous des chefs d’inculpations graves et lourds allant jusqu’à la peine capitale pour incitation à attroupement armé, incitation à la rébellion contre l’autorité de l’état et pour le renversement du régime et plus grave encore pour intelligence avec l’étranger pour nuire aux intérêts du pays.

La LADDH qui s’est mobilisée depuis l’interpellation du blogueur en 2017 en engageant des avocats pour l’assister dans son procès n’a pas cessé depuis d’appeler à l’abandon des poursuites et à sa libération inconditionnelle. Pour rappel, lors de ses deux procès en première et deuxième instance en mai et juin 2018 à Bejaia, les représentants du parquet (procureurs) ont requis 25 ans de prison ferme à l’encontre de Touati Merzoug qui a été finalement condamné à 07 ans de prison ferme.

La LADDH qui s’est encore mobilisée à l’occasion de son jugement en assurant sa défense, l’observation de ses procès, l’initiation et la participation aux actions et large élan de solidarité qui se sont exprimés en faveur de sa libération a qualifiée les deux procès de non équitable, car exclusivement à charge et amplifies à base d’un dossier vide.

La LADDH, deux ans après l’emprisonnement du blogueur, actuellement à la prison de BLIDA, 08 mois après l’introduction du recours à la Cour suprême, réitère sa demande pressante pour la libération du blogueur détenu d’opinion Touati MERZOUG. Elle appelle la Cour suprême à examiner sans délai son dossier pour lui permettre de recourir à sa liberté et de regagner sa famille.

La LADDH appelle aussi à la libération de l’ensemble des détenus d’opinion et à l’ouverture des champs d’expression démocratique et d’exercice des droits et libertés.

 P/la LADDH Said SALHI vice-président LADDH

Humanité, les Berbères vous saluent

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Libres et authentiques !

Nous sommes des milliers,

Nous sommes des millions,

En Afrique du Nord, en Europe, aux Amériques et partout dans le monde.

Vous comptez avec nos chiffres que vous attribuez aux Arabes. Vous célébrez nos divinités que vous attribuez aux païens. Vous priez St Augustin, vous étudiez Apulée, mais vous les attribuez aux Romains. Vous aimez Zidane et le couscous, mais vous les attribuez à l’Algérie. Vous gouvernez avec notre démocratie, mais vous dites qu’elle est grecque. Et pourtant nous étions là et nous ne sommes venus ni d’Orient ni d’Occident.

Vous connaissez nos érudits, vous découvrez nos peintures rupestres et vous cherchez dans notre histoire antique, mais vous ne nous voyez pas, car nous ne faisons pas exploser nos enfants. Nous étions toujours des guerriers en temps de guerre, des festifs en temps de paix. Nous avons accueilli toutes les cultures sur nos terres et nous avons voyagé partout sur la terre.

Nous aimons la paix, nous aimons la vie.

Nous sommes des millions de Kabyles, Chaouis, Rifains, Targuis, Nefoussi et Chleuhs. Nous sommes les premiers habitants d’Afrique du Nord.

Nous sommes un vieux peuple, une ancienne civilisation et une odyssée historique. Toutes les civilisations qui ont côtoyé la nôtre depuis des temps immémoriaux se sont enrichies un temps, mais elles ont disparu par la suite. Nous avons donné naissance à Jugurtha et à Massinissa, à Dihya et à Tin Hinan, à Lounes Matoub et à Taos Amrouche, À Tahar Djaout et à Kateb Yacine.

Nous sommes comme cet olivier de nos montagnes, malgré les sécheresses et les tonnerres, malgré les neiges et les incendies, il reste toujours debout. Rien ne le fait tomber, il ne s’incline pas, il ne se brise pas, il résiste. Il EST !

Cela fait 2969 ans que nous produisons calcul et poésie, culture et mélodie. Nous sommes Amazighs. Nous sommes « des hommes et des femmes libres ». Yennayer amegaz i merra imazi¥en.

Bonne et prospère nouvelle année à tous les Berbères ainsi qu’à toute l’humanité.

 

Ahviv Mekdam

Le retour de l’enseignement scientifique en français est une nécessité

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Malgré son adoption en Conseil de gouvernement et des ministres, le projet de loi cadre prévoyant le retour de l’enseignement des matières scientifiques et techniques en langue étrangère a provoqué une levée de boucliers du PJD et de l’Istiqlal lors de la tenue d’une commission parlementaire. L’occasion de solliciter un éminent chercheur qui du fait de son implication sur cette question dans une instance officielle a préféré rester anonyme. Selon lui, le retour de l’enseignement scientifique en français est une nécessité dans un monde globalisé où l’arabe et l’amazigh n’ont pas encore trouvé leur place.

 

Que faut-il penser du retour des langues étrangères, et plus particulièrement du français, dans l’enseignement des matières scientifiques et techniques qui ont été arabisées au collège et au lycée?

Une question d’actualité sachant que la discussion en commission parlementaire du 8 janvier dernier après l’adoption du projet de loi cadre en Conseil de gouvernement et des ministres a entraîné une opposition des députés du PJD et de l’Istiqlal qui y voient une menace contre les langues officielles du pays.

Un ardent partisan de cette réforme rappelle que le retour du français pour enseigner les mathématiques, la chimie et la physique ne concernera que le cycle primaire au lycée.

Précisons en effet que ces matières (et d’autres techniques) ont été arabisées progressivement jusqu’à arriver au baccalauréat mais qu’au cycle universitaire, elles sont enseignées en français.

Selon notre spécialiste des langues, l’expérience d’arabisation a été un échec car l’éducation nationale s’est contentée de traduire le contenu de ces matières sans effort sur la compréhension.

« Le conseil supérieur de l’enseignement et des experts internationaux qui ont fait son bilan ont conclu à un échec. Cela s’explique par le fait que le Maroc a simplement arabisé le verbe et pas le contenu scientifique. Il n’y a pas eu de pédagogie parce qu’il ne produit pas de science ».

« Si nous sommes capables de trouver l’équivalent de l’expression « une équation à 2 inconnues », nous avons été incapables de traduire en arabe le sens de cette abstraction.

« En fait, ce n’est pas un problème de traduction mais plutôt de conceptualisation car le vocabulaire adéquat n’existe pas.

« Ne pouvant analyser, théoriser et dégager des lois, nous sommes restés dans le langage et la rhétorique. Une langue qui ne produit pas science, de technologie, de concepts et donc d’idées se cantonne à faire de la traduction.

« On peut facilement traduire un mot mais pas les concepts des matières scientifiques.

« Au Maroc, le savoir scientifique n’est pas assez ancré pour le faire efficacement car on s’est contenté de développer des discours. Ce n’est pas dit en termes de réussite ou d’échec mais de constat », avance notre expert qui pense que l’acquisition du français est un atout dont le Maroc ne pourra pas faire l’économie.

Urgence de réintroduire la langue française pour enseigner les matières scientifiques

Sachant que le Maroc a hérité de deux siècles de travaux de recherche (ethnologie, archéologie, anthropologie, histoire …) effectuées en français, le pays a, selon notre interlocuteur, une chance qu’il doit capitaliser sur la base de ses documents d’archives, d’écrits, de patrimoine, témoignages …

« Cela nous facilite la tâche et donne une profondeur pour la recherche en termes d’arguments et pas de narration.

« C’est là où réside la différence car les bibliothèques de savoir dont nous avons hérité ne se constituent pas du jour au lendemain.

« Grâce à la passerelle française, le Maroc a hérité d’une culture immense complémentaire pour enrichir la sienne car il faut reconnaître que si le déclin arabe a commencé au Moyen-âge, le savoir a évolué ailleurs de manière remarquable ».

Selon lui, le Maroc qui n’a pas créé la révolution industrielle a profité de l’évolution technologique et scientifique avec le protectorat français qui a ramené la construction de ports, de ponts et chaussées, de chemins de fer, sciences, sidérurgie, métallurgie, scieries, système d’impôts ….

Si le Maroc a profité de l’apport des carthaginois, romains, andalous, arabo-musulmans, amazighs, cette somme n’est cependant pas un savoir scientifique mais plus plutôt théologique et culturel.

Sachant que la communauté marocaine expatriée la plus nombreuse est francophone et que ceux qui parlent le français s’expriment plus facilement dans d’autres langues, notre expert affirme que l’enfermement dans une seule langue pour des considérations identitaires est suicidaire.

« L’ouverture sur le français est d’autant plus importante que notre économie satellitaire est greffée sur celles de la France et de l’Europe.

« Cette ouverture qui date du début du 20ème siècle se fait à travers la France et en partie sur l’Espagne pour le nord et le sud du Maroc.

« Sachant que l’Espagne n’est plus une puissance, la France s’est imposée en devenant une des locomotives de l’Europe qui est le principal partenaire économique et commercial du Royaume.

« A partir de là, l’Hexagone est donc un véhicule et un instrument crucial pour que le Maroc puisse intégrer l’économie mondiale avec des partenaires et investisseurs francophones.

« Le retour de l’enseignement des matières scientifiques en langue française est donc logique en même temps que celui d’autres langues comme l’anglais.

« C’est d’ailleurs l’avis du conseil supérieur de l’enseignement qui affirme que la maîtrise des langues étrangères ne fait pas d’ombre aux langues officielles que sont l’arabe et l’amazigh.

« Le drame actuel de l’Education nationale au Maroc est d’avoir enseigné un arabe littéraire identitaire, ce que l’on risque d’ailleurs de reproduire avec l’amazigh.

« Ne pas s’ouvrir sur le français et demain sur l’anglais empêchera la société et l’économie marocaine d’avoir des instruments de travail et de participation à la mondialisation, à la recherche scientifique et à la transmission du savoir qui sont formidables.

« Si on n’enseigne pas en français aujourd’hui et en anglais demain, on ne pourra pas profiter de ces instruments pour s’insérer dans l’économie mondiale juste avec notre lexique arabe ou amazigh », avance, pessimiste, notre professeur et chercheur

Selon lui, il est, en effet, impossible d’enseigner les transferts de technologies (know-how), l’économie de la connaissance, les nanotechnologies, l’informatique, le numérique, l’industrie spatiale … sans les matières et les langues des pays où la recherche est la plus avancée.

Sans ce biais, le Maroc sera condamné à utiliser la traduction des traductions de la traduction et ne sortira donc pas de la narration.

Contrairement à ce qui est dit par les opposants, ce n’est pas la langue arabe qui est en question.

Le débat actuel serait ramené à des considérations identitaires sur l’arabe et l’amazigh alors que, selon lui, le Maroc n’est pas assez puissant pour concurrencer la France, les Etats-Unis et la Chine.

L’intelligence devrait donc dicter de rester soi-même en utilisant les atouts que les langues mondiales offrent.

« Certains veulent exclure le français au profit de l’anglais mais remplacer la langue de Molière par celle de Shakespeare réclamerait un siècle de travail.

« On ne doit pas faire la même bêtise que nous avons faite en arabisant car nous ne nous sommes pas préparés en formant des formateurs.

« Pour réussir, l’arabisation aurait dû commencer par le haut, c’est-à-dire avec la création de centres de recherches, la création de lexique et de dictionnaires, formation de traducteurs et de pédagogues.

Tout cela aurait pris trente ans au maximum et nous ne serions pas dans la situation actuelle car il ne suffit pas de connaitre le verbe, le sujet et le complément pour parler une langue », juge notre expert

Pas d’affrontement entre les langues arabe et française

Notre interlocuteur pense que les acteurs du débat confondent et confrontent les langues nationales et les langues étrangères alors qu’en France, en Belgique, certaines universités enseignent les nanotechnologies en anglais et ne font pas pour autant abstraction de leurs langues officielles.

La maîtrise d’une langue étrangère qui véhicule le savoir permet donc un raccourci « fantastique » pour accéder à la technologie et aux sciences. Selon lui, il ne faut pas confondre identité et science.

« La science est froide car elle n’a pas de patrie et pas de passeport.

« Sortons de ce complexe qui dit que ceux qui utilisent le français sont des colonisés car cette langue n’est plus celle du colonisateur, elle est plus prosaïquement internationale et donc utile pour avancer.

« Concernant le discours du chef du groupe parlementaire du PJD, qui avance que l’arabe peut véhiculer la science, c’est un positionnement purement politique qui se base sur un patrimoine idéologique de son parti à référentiel religieux.

« En fait, il exprime simplement une peur d’un retour d’une certaine forme de francophonie qui avait été traumatisante dans le passé.

« Il est vrai qu’à un certain moment de notre histoire, l’élite francophone a évincé les autres avec une certaine arrogance voire même du mépris.

« A cette époque pas lointaine, tout ce qui était francophone était considéré comme moderne, les Arabes des arriérés et les Amazigh préhistoriques.

« Pour faire court, il y avait les sauvages amazighs, les traditionnalistes arabes et les modernes francophones. Tout cela a laissé des traces avec un vrai traumatisme et une profonde rancune.

« Sachant que nous sommes en plein débat, il faut donc prouver au PJD que ses appréhensions du retour d’une espèce de suprématie sont infondées », propose le chercheur qui ajoute qu’il faut être convaincant.

Rejet identitaire contre considérations pratiques

 « Si nous avions arabisé progressivement et intelligemment, en restant ouverts sur le français et l’anglais, nous n’aurions pas sacrifié 3 générations de Marocains qui ne parlent correctement aucune langue y compris natale ou officielle.

« Au final, ce n’est pas un problème de langue mais plutôt d’esprit conquérant et pratique qui fait appel à l’initiative, à la pédagogie et à la méthode.

« Une langue est une fusée qui prospecte des univers à découvrir. La question de l’arabisation ne doit pas se faire contre les autres langues dans une logique d’opposition ou de confrontation.

« Moi contre le reste du monde ne permet pas d’avancer. Pour que le Maroc soit une économie émergente qui puisse jouer sur le terrain des grandes puissances, il faut utiliser les mêmes armes dans le domaine des sciences et du savoir et surtout pas dans celui du discours.

Aujourd’hui, c’est l’utilisation du français et de l’anglais qui est nécessaire mais demain ça sera celle du chinois. Ce problème ne s’est jamais posé aux Libanais qui sont au minimum trilingues.

Ils sont partout, à la Ligue arabe où ils s’expriment parfaitement en arabe, à la Banque mondiale où ils conversent en anglais et enfin à l’Unesco où ils passent allègrement à la langue française sans complexe. Leur force vient du fait qu’ils maîtrisent à la fois les langues et leur contenu », donne en exemple le professeur.

Mélange des genres

Pour lui, il faut arrêter de tomber dans le piège qui mélange la langue et la religion. Ainsi, l’arabe a des capacités magnifiques en poésie et en théologie, mais n’a pas encore pu devenir une langue de l’économie ou des sciences du fait que le Maroc ne produit pas de savoir scientifique.

Il cite en exemple inspirant l’Allemagne qui est devenue la patrie de la philosophie. Selon lui, c’est parce que la langue allemande a dès le départ pénétré la liturgie et la théologie. Le protestantisme est né comme une critique de la religion dominante puis l’esprit critique a fait le reste.

« Aujourd’hui au Maroc, vous trouvez des livres d’économie d’auteurs étrangers qui sont traduits par des littéraires arabes qui se contentent de traduire le verbe et pas l’essence ou les concepts.

« Un philosophe qui traduit un philosophe étranger, c’est parfait mais un littéraire qui traduit un mathématicien, c’est une catastrophe », dénonce notre expert en linguistique.

Concernant les déclarations du chef du groupe parlementaire de l’Istiqlal, qui attribuent l’échec du système d’éducation marocain à l’importation de systèmes étrangers, notre source le ramène, là aussi, à sa condition de politicien.

« Notre système d’arabisation a échoué parce qu’il n’était tout simplement pas préparé. Dans le débat actuel, chaque parti tente de mettre en avant son patrimoine teinté de discours idéologique.

« Sachant que comme disait Jacques Brel, « aucune idée même sincère ne mérite une guerre », le plus important est de garantir aux opposants de ce projet de loi cadre que l’arabe ne sera pas méprisé comme ça a pu être le cas dans le passé.

Tout comme l’Islam marocain est censé être celui du milieu, nous devons profiter de notre ouverture sur l’étranger à condition de garder notre personnalité.

« Quelqu’un comme Nizar Baraka est capable d’assumer cette situation et d’imposer que l’arabe ne devienne pas une langue au rabais », affirme optimiste notre interlocuteur qui n’exclut cependant pas l’influence négative de considérations électorales basées sur des idéologies rétrogrades.

A la question de savoir si le Maroc dispose de suffisamment de professeurs capables du jour au lendemain d’enseigner les matières scientifiques en français, il se veut affirmatif.

« Il y a des enseignants au rabais mais aussi des très bons éléments. L’essentiel est que ceux qui maîtrisent ces matières sont capables de les enseigner dans n’importe quelle langue.

S’il faudra former des formateurs, cela ne prendra pas beaucoup de temps car à la base, la plupart des enseignants ont été formés en français », conclut notre éminent chercheur qui se veut optimiste sur l’aboutissement rapide du projet de loi-cadre sur l’enseignement.

Par Samir El Ouardighi

Source : MEDIAS 24