Par Bihmane Belattaf – Tribune du Montagnard
Il est des refus qui valent des victoires, et des silences qui font trembler les grandes capitales.
Le refus de l’Algérie de participer au vote de la résolution 2797 du Conseil de sécurité sur le Sahara occidental n’est pas un simple geste diplomatique : c’est une déclaration de souveraineté, un acte politique réfléchi qui a mis à nu les limites d’un système international devenu prisonnier de ses propres compromis.
Contrairement à l’abstention, souvent perçue comme une posture neutre, le refus de voter est un message fort : l’Algérie ne cautionnera pas une résolution biaisée, ambiguë, qui prétend concilier le droit et la force, mais finit toujours par servir les intérêts des puissants, en particulier Washington et Paris, architectes du statu quo.
Un texte creux, au service des équilibres
Adoptée sous le chapitre VI de la Charte des Nations unies, la résolution 2797 n’a aucune valeur contraignante.
Elle évite soigneusement toute référence au référendum d’autodétermination, pourtant au cœur du dossier, et préfère parler de “solutions réalistes” — une formule diplomatique qui renvoie implicitement au plan d’autonomie marocain, sans jamais l’imposer comme solution définitive.
C’est là tout l’art du flou politique : faire semblant d’avancer tout en piétinant le droit.
En refusant de participer à ce vote, l’Algérie a refusé d’endosser cette hypocrisie internationale.
Elle a montré que le véritable courage diplomatique consiste parfois à se taire face au mensonge plutôt que de se prêter à une mascarade de consensus.
Ce refus a bousculé les calculs des États-Unis, contrarié les ambitions françaises, et surtout retiré au Maroc l’illusion d’un triomphe diplomatique.
Le Makhzen dans la confusion
Comme à son habitude, le Makhzen s’est empressé de vendre à son opinion publique une “victoire historique”.
Ses médias ont célébré un succès imaginaire, prétendant que le Conseil de sécurité venait de confirmer la “souveraineté marocaine” sur le Sahara occidental.
Mais la réalité est tout autre : le texte ne reconnaît aucune souveraineté, ni ne valide le plan d’autonomie comme unique solution.
Il se contente de maintenir le flou, de prolonger le conflit, et de laisser la porte ouverte à toutes les interprétations.
Le discours du roi Mohammed VI, prononcé après l’adoption de la résolution, a trahi un certain malaise.
Sous des formules religieuses et un ton solennel, on a perçu la crainte d’un pouvoir en perte de confiance, conscient que la propagande ne suffira pas à masquer les crises sociales, la cherté de la vie et l’usure d’un régime qui cherche à compenser son vide politique par des victoires diplomatiques imaginaires.
L’Algérie, actrice et non spectatrice
Face à cette agitation, l’Algérie a opté pour la hauteur.
En refusant de voter, elle a refusé de servir de figurante dans un théâtre où les dés sont pipés d’avance.
Elle a réaffirmé que toute solution au conflit du Sahara occidental doit passer par le respect du droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination — un principe que nul artifice diplomatique ne peut effacer.
Ce refus algérien n’est pas un blocage du processus onusien, comme certains voudraient le faire croire.
C’est une correction nécessaire : une manière de rappeler que la légalité internationale n’est pas un menu à la carte.
L’Algérie refuse les résolutions ambiguës, les formulations creuses et les compromis dictés par les intérêts économiques et militaires des puissants.
Elle défend une logique de droit, pas une logique de rapports de force.
Le courage de dire non
Ce que les observateurs honnêtes reconnaissent aujourd’hui, c’est que la résolution 2797 a perdu toute portée avant même son application.
Le refus algérien de participer au vote a ôté à ce texte sa légitimité morale, le privant de l’apparence de consensus que Washington et Paris espéraient.
Et c’est là que réside la vraie victoire diplomatique d’Alger : celle d’un pays qui ne cède ni à la pression ni à l’illusion.
Pendant que Rabat s’enivre de ses “succès”, l’Algérie agit avec constance, sans triomphalisme.
Elle sait que le temps et le droit finiront par trancher, que le courage de dire non reste la plus haute expression de la souveraineté, et que la dignité d’un État ne se mesure pas au nombre de résolutions votées, mais à la justesse de ses positions.
En refusant de voter sur la résolution 2797, l’Algérie a rappelé au monde que le silence peut être un acte de résistance, et qu’il existe encore des nations capables de dire non — non à l’injustice, non à la manipulation, non à la résignation.
Et dans cette époque de compromissions, ce non-là résonne comme une leçon de dignité diplomatique et politique.

