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samedi 13 avril 2024
MémoireParis : il y a 32 ans, la police tua Malik Oussekine

Paris : il y a 32 ans, la police tua Malik Oussekine

Malik Oussekine symbole des violences policières

Il y a trente-deux ans, jour pour jour, Malik Oussekine était tué par la police dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, en plein mouvement étudiant contre les lois Devaquet.

Nous y associons le souvenir du jeune Abdel Beyahia également tué par un policier durant la même nuit. En cet anniversaire, n’oublions pas alors que se multiplient les violences policières gravissimes contre les lycéens, avec utilisation massive de flashballs

Ni oubli, ni pardon : en ce jour anniversaire de sa mort nous pensons à Malik Oussekine, tué par les « pelotons voltigeurs » de la police parisienne dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, en pleine mobilisation étudiante contre les lois Devaquet.

Mémorial 98 salue sa mémoire, se souvient de la responsabilité directe de Pasqua et Pandraud, ministres de l’Intérieur et de la Police de l’époque, ainsi que de celle de Chirac, chef du gouvernement.

Les pelotons voltigeurs ont été mis en service par Pandraud. Ce sont des policiers montés à deux sur une moto tout-terrain ; l’un conduit, l’autre est armé d’une matraque. Ils ont comme mission de « nettoyer » les rues après les manifestations en pourchassant les prétendus « casseurs ».

À Paris, à la suite d’une manifestation pacifique arrivée à la Sorbonne, au Quartier latin, les “voltigeurs” prennent en chasse les jeunes qu’ils croisent. Malik Oussekine, un étudiant algérien de 22 ans, sort d’un club de jazz en plein Quartier Latin. Il est minuit. Des “voltigeurs” le remarquent et se lancent à sa poursuite. Malik Oussekine se met à courir. Un témoin qui rentrait chez lui, Paul Bayzelon, fonctionnaire au ministère des Finances, habitant l’immeuble, au 20 rue Monsieur le Prince a déclaré Ni oubli, ni pardon: en ce jour anniversaire de sa mort nous pensons à Malik Oussekine, tué par les « pelotons voltigeurs » de la police parisienne dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, en pleine mobilisation étudiante contre les lois Devaquet.

Memorial 98 salue sa mémoire, se souvient de la responsabilité directe de Pasqua et Pandraud, ministres de l’Intérieur et de la Police de l’époque, ainsi que de celle de Chirac, chef du gouvernement.

Les pelotons voltigeurs ont été mis en service par Pandraud. Ce sont des policiers montés à deux sur une moto tout-terrain ; l’un conduit, l’autre est armé d’une matraque. Ils ont comme mission de « nettoyer » les rues après les manifestations en pourchassant les prétendus « casseurs ».

À Paris, à la suite d’une manifestation pacifique arrivée à la Sorbonne, au Quartier latin, les “voltigeurs” prennent en chasse les jeunes qu’ils croisent. Malik Oussekine, un étudiant marocain de 22 ans, sort d’un club de jazz en plein Quartier Latin. Il est minuit. Des “voltigeurs” le remarquent et se lancent à sa poursuite. Malik Oussekine se met à courir. Un témoin qui rentrait chez lui, Paul Bayzelon, fonctionnaire au ministère des Finances, habitant l’immeuble, au 20 rue Monsieur le Prince (6earrondissement), a déclaré :

« Je rentrais chez moi. Au moment de refermer la porte après avoir composé le code, je vois le visage affolé d’un jeune homme. Je le fais passer et je veux refermer la porte. Deux policiers s’engouffrent dans le hall, se précipitent sur le type réfugié au fond et le frappent avec une violence incroyable. Il est tombé, ils ont continué à frapper à coups de matraque et de pieds dans le ventre et dans le dos. La victime se contentait de crier : “je n’ai rien fait, je n’ai rien fait” ».

Paul Bayzelon a dit avoir voulu s’interposer mais s’être fait lui aussi matraquer jusqu’au moment où il a sorti sa carte de fonctionnaire. Puis les policiers sont partis, laissant Malik Oussékine sur le carreau.

Peu après le Samu arrive sur place. Ils apportent les premiers soins à Malik Oussekine et le transportent à l’hôpital Cochin où il meurt des suites des coups portés par la police.

Ce corps de police fut dissous à la suite de cette affaire. Le ministre Devaquet démissionna, sa réforme fut retirée ainsi que le projet gouvernemental raciste qui s’attaquait au droit du sol.

On se souvient aussi comment le Front National a, un an plus tard, commenté sa mort : « Des Français comme les Oussekine, on peut s’en passer […]. On se souvient de la mort du petit casseur gauchiste nommé Malik Oussekine. Malgré son état de santé lamentable, il n’avait pas hésité à attaquer en pleine nuit les forces de police chargées du maintien de l’ordre » (extrait du journal du Front national du Var, 20 janvier 1988).

Quant aux assassins de Malik Oussekine, les policiers voltigeurs Schmitt et Garcia, ils ne seront inculpés que de « coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Aux assises, en 1990, ils s’en tireront avec cinq ans de prison avec sursis pour le premier, deux ans pour le second.

Nous nous souvenons également de Abdel Benyahia tué dans la même nuit du 5 au 6 décembre 1986 à Pantin à l’âge de 20 ans, par un inspecteur de police qui n’était pas en service. Dans les manifestations qui suivirent, les noms de Malik Oussekine et d’Abdel Benyahia étaient associés, même si aujourd’hui, malheureusement, la mémoire du second se perd.

Ainsi lorsque Malik Oussekine est enterré à Paris, une manifestation à la mémoire des deux victimes, Malik Oussekine et d’Abdel Benyahia, réunit plusieurs centaines de milliers de personnes.

Au lendemain de la mort d’Abdel Benyahia, pendant 48 heures, c’est le blackout total dans tous les services.

La famille n’est avertie que le 8 décembre de l’endroit où a été transporté le corps.  Le policier Savrey est n’est inculpé que d’ « d’homicide involontaire » et laissé en liberté sous contrôle judiciaire. Il avait 1, 83 grammes/litre d’alcool dans le sang. Maître Forster avocat de la famille Benyahia déclara alors : « C’est sur réquisition du ministère que le juge d’instruction n’a pas délivré de mandat de dépôt à l’encontre du policier ».

A la Cité des 4000 (La Courneuve) où habitait la famille Benyahia, se constitua le Comité justice pour Abdel qui s’acharne à réclamer la vérité. Six mois après le meurtre, le crime est requalifié « d’homicide volontaire » et Savrey est incarcéré. Le procès, aux assises a lieu en novembre 1988. Des policiers déclarent à la barre : « Vous savez bien que dans la police tout le monde boit ; un autre fonctionnaire aurait eu le même geste. On peut imaginer alcoolémie ou pas, qu’on aurait abouti au même résultat ».  Le réquisitoire demandait : 8 ans de réclusion. Verdict du jury : 7 ans de réclusion.

En cet anniversaire on se souvient aussi de la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré le 27 octobre 2015 avec le scandale de l’impunité policière et plus près de nous de la mort d’Adama Traoré, victime des violences des gendarmes, mort le 19 juillet 2016 à la gendarmerie de Persan après son interpellation. Sa famille et ses amis sont harcelés depuis.

Nous n’oublions pas et réclamons la justice, la vérité ainsi que la fin de l’impunité.

 

Par Albert Herszkowicz

Source : Mediapart

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