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Questionnements sur la composante de l’académie algérienne de langue amazighe

L’académie algérienne de langue amazighe est directement affiliée à la présidence comme le Haut Conseil Islamique, le Haut Conseil de la Langue arabe et le Haut-Commissariat à l’Amazighité (dont on ne connaît pas la nouvelle mission en présence de cette académie).

Techniquement l’Académie algérienne de langue amazighe reçoit son budget du gouvernement. Son président est nommé par décret présidentiel, mais jouit d’une indépendance scientifique.

Il s’agit de Dr Mohamed Djellaoui, professeur de linguistique et spécialiste de la langue amazighe et doyen de la Faculté des lettres et des langues à l’Université Akli Mohand Oulhadj de Bouira. Il a été nommé pour une période de 4 ans.

Le décret publié dans le journal officiel répertorie les 40 membres de l’académie, dont je ne connais que quelques noms que sont :

Abdelaziz Berkai, Zahir Meksem, Moussa Imarazene et Abderazak Douarari.

Les autres noms sont inconnus. Il s’agit de :

Salah Bayou, Malek Boudjellal, Djoudi Merdaci, Djamel Nahali, Abdelkrim Aoufi, Saïd Hadef, Samia Dahmani, Hassina Kherdouci, Sadek Balla, Lamri Benguessima, Ouardia Yarmache, Karima Aouchiche, Moussa Aïbas, Sonia Bekal, Nacéra Sahir, Ali Taouinat, Rachid Fekaï, Lounis Oukaci, Khadidja Nezzal, Hocine Ameziane, Tafkik Amouden, Tahar Ahad, Salem Oukari, Ali Karzika, Ahmed Ramdani, Yahia Benyahia, Mustapha Hamouda, Bachir Bouhania, Mohamed Tahrichi, Ali Karaz, Leïla Benaïcha, Mohamed Rahal, Mohemed El Hadi Boutarene, Kamel Khaldi, Mustapha Ould Youcef, Lydia Kerkouche

mis à part le nom de Kamel Khaldi, chef du département d’anglais à l’université des lettres et langues d’Alger, donc rien à avoir avec Tamazight, je vous invite à faire une recherche Google pour voir la difficulté à trouver le profil de ces membres ou ce qu’ils font exactement.

Par exemple Mohamed Rahal est-il ce jeune réalisateur de films ? Leïla Benaïcha, la dramaturge ? Mustapha Hamouda, le neveu du maquisard Si El Houas ? Yahia Benyahia, ophtalmologue à Ain Temouchent ?

C’est pour dire le non sérieux dans le choix des membres de cette académie. J’imagine que le président Mohamed Djellaoui a choisi lui-même quelques collaborateurs comme Zahir Meksem, Abdelaziz Berkai et Moussa Imarazene, mais tout indique que les autres lui sont imposés d’en haut. Sinon pourquoi ne figurent pas dans cette liste :

– Des noms très connus dans le domaine de la recherche en Tamazight comme Salim Chaker, Kamal Nait Zerrad, Ramdane Achab, Muhand Tilmatine, …

– Des noms au long parcours militant, professionnel ou académique comme Hend Sadi, Mouloud Lounaouci, Abdenour Abdesslam, Iddir Ahmed Zaid, Mokrane Chemime, Mustapha ben khemmou, Malika Ahmed Zaid, Amar Zentar, …

– Des enseignants et chercheurs en langue amazighe connus dans le milieu universitaire actuel en Kabylie comme Kamel Bouamara, Allaoua Rabhi, Said Chemakh, Salim Lounissi, Mohand Akli Salhi, …

– Des pratiquants de la langue ou des militants associatifs qui ont fait leurs preuves dans l’enseignement de Tamazight surtout à Oran et Alger comme Hamid Oubagha, Djamel Benaouf, Bessai Houari, Youcef Achouri, Smail Abdenbi, Omar Mouffok, …

– Auteurs de lexiques ou dictionnaire comme Mohamed Zakaria Benramdane, Idres Abdelhafidh, Madi Rabah, ….

– Des enseignants et des inspecteurs académiques prolifiques comme Zidane Yacine, Yahia Bellil, Abdel Malek Meniche, …

– Des écrivains et des critiques littéraires connus comme Nasserdine Aït Ouali, Salem Zenia, Mohand Ait Ighil, Amar Mezdad, Malek Houd, Brahim Tazaghart, Aumer Ulamara, Lynda Koudache, Abdenbi Ramdane, …

Pourquoi ?

  1. Est-ce que ces personnalités académiques, militantes et littéraires ont été approchées et ont refusé par la suite ?
  2. Sinon la politique des quotas selon les variantes amazighes, l’équilibre régional et linguistique, la proximité avec le pouvoir et l’acceptation de l’arabisme n’ont-ils pas pris le dessus sur les critères de compétence, d’expérience et de lutte ?

En tous les cas toutes ces remarques ont été plus ou moins soulevées ou prédites lors du débat TQ5 avec nos invités sur le thème de l’académie de Tamazight.

En conclusion, tout indique que ceux qui ont douté de la bonne foi du pouvoir algérien à faire les choses correctement ont raison. L’académie de Tamazight connaîtra donc le même sort que l’officialisation de Tamazight, il y’a 3 ans déjà.

Il reste maintenant aux Kabyles (et les autres peuples amazighs aussi) de tirer les conclusions et se prendre en charge seuls. Ils doivent continuer leur lutte jusqu’à ce que « la réappropriation totale de leur destin » suivra.

L’espoir est vraiment permis quand je vois l’énorme travail fait par la nouvelle génération « digitale » ou numérique des jeunes kabyles qui font :

– De merveilleuses choses avec les nouvelles technologies d’information de plus en plus kabylisées.

– Les outils de localisation des logiciels de toutes sortes en langue kabyle.

– Une production littéraire de plus en plus florissante.

– Des productions cinématographiques et audiovisuelles kabyles malgré l’absence de l’État.

– Un engouement grandissant en termes d’articles de presse ou de postes Facebook en langue kabyle et en grand nombre.

Tous ces efforts consentis, pourtant sans grands moyens financiers, prépareront un avenir florissant à nos enfants et arrière-petits-enfants qui auront leurs propres institutions étatiques entièrement fonctionnelles avec leur langue maternelle, le kabyle, et non pas avec celles des étrangers.

Racid At Ali uQasi

 

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