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Prospective pour la Tunisie 2019-2020, sombre

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par la Tunisie pour donner les premières perspectives 2019 que nous donnons chaque année à cette époque à un certain nombre de pays.

Pourquoi la Tunisie ?

Parce que c’est le pays qui me tient le plus à cœur, et qu’il y a urgence avec les nouveaux comportements de la classe politique tunisienne. Je suis très en colère et je vais essayer de ne pas qualifier ces personnages, et rester dans le cadre macro-économique. C’est aussi avec le cœur brisé, et des larmes aux yeux que je rends hommage aux quatre victimes des inondations d’hier, les deux sœurs Insaf et Thouraya à Bouargoub. Les autorités, les politiciens corrompus sont entièrement responsables, honte à vous !

La Tunisie aujourd’hui, et je le souligne régulièrement, se trouve dans une situation de quasi-faillite comme l’ont été l’Argentine des années 2000, le Portugal, ou la Grèce de 2010, à l’exception près que la Tunisie n’a aucune richesse comme ces pays.

Le pronostic vital de la Tunisie est engagé avec une inflation sauvage à plus de 7.8 % avec la hausse de base du transport, de la nourriture, de l’électricité, de l’habillement, et celle des loyers. Cela aggrave la situation des consommateurs. En rythme annualisé l’inflation ressentie est à 16 %. Une course incontrôlable, car les sources qui alimentent cette inflation sont intarissables avec le commerce parallèle, la fraude, la corruption et le détournement de fonds publics. Cela ne laisse aucune chance de relance économique, qui est inexistante.

La Tunisie est 8e dans le classement des pays arabes des plus bas taux de salaires, il n’y a aucune chance de relance économique. Le déficit courant à 10.6 % du PIB, le déficit commercial à 18.9 % du PIB et un taux de chômage à 15.8 % de la population active. La croissance molle est à 1.6 % seulement portée par le tourisme qui ne profite pas aux Tunisiens, et par des manipulations de comptes publics. Seule aussi l’agriculture dont l’huile d’olive et les dates apportent un plus à cette croissance.

L’autre critère aggravant pour la Tunisie, ce sont les augmentations de salaire dans le privé et le secteur public par des politiciens et l’UGTT qui ne connaissent rien à la macro-économie. Une politique de rigueur oblige à geler tous les salaires, car les caisses de l’État sont vides avec seulement 69 jours de réserve en devise, mais ces irresponsables font le contraire. Ils accélèrent l’inflation, et la chute du dinar dans le pays où les consommateurs veulent consommer. Donc la Banque centrale de Tunisie ne peut que faire tourner la planche à billets pour payer les salaires des fonctionnaires et les dépenses courantes de l’État.

L’autre chose aggravante est l’état de faillite dans lequel se trouvent toutes les entreprises publiques. Je dis bien faillite, car elles sont à ce stade seulement sous perfusion de de l’État. Par exemple les quatre premières banques tunisiennes qui affichent des comptes positifs en réalités sont des écritures bancaires frauduleuses, alimenté par des prêts de l’État qui lui-même qui emprunte de l’étranger.

La situation bancaire tunisienne est comparable à la situation des banques de Maltaises qui ont conduit le pays a faillite, ou encore la Grèce et son système bancaire qui était frauduleux. 3 dinars pour 1 euro, et ce n’est pas la fin de cette chute en 2019. Il n’y a aucun autre moyen que de baisser le dinar pour contenir l’inflation.

L’endettement est aussi le point critique avec 86 % du PIB et 81. 8 % à la fin de cette année. Ce qui veut dire que chaque Tunisien à une dette de 7800 dinars alors que sous Ben Ali en 2011 la dette par Tunisien était de 2600 dinars. La dette tunisienne gonfle de 21.9 % par an et aujourd’hui c’est la faillite d’État.

Les capacités de remboursement sont quasi nulles pour le pays avec 30 % de services de la dette par rapport aux recettes budgétaires.

Quelles sont les perspectives pour la Tunisie ?

Il n’y a pas de budget ambitieux de relance et de rigueur, pas de projets d’investissements de grands travaux et de modernisation. Perspectives très sombres pour 2019. Les hommes politiques qui disent lors de leurs sorties d’inaugurations d’usines ou d’hôtels que l’économie redémarre sont des menteurs comme des arracheurs de dents, des boulangers qui tournent le peuple dans la farine et autres magouilleurs. Personne ne veut restructurer les entreprises publiques, et l’administration publique, surtout pas l’UGTT. Restructurer c’est réduire de moitié les fonctionnaires et les salariés comme : Tunisair, Sonede, Steg, la poste, les ministères, les administrations… L’autre moitié des salariés qui restent doivent être formés pour un travail basé sur le résultat, les accompagner à la retraite et les remplacer par des jeunes plus aptes au travail productif. Mais personne ne veut le faire.

Autre chose, le commerce parallèle qui plombe les recettes publiques et la rentabilité des commerçants légaux ne va pas s’arrêter, car le commerce illégal est détenu par des politiciens, des députés de l’ARP, des fonctionnaires, des partis politiques, notamment par Ennardha qui se finance par ses marchands de rues, et qui sert aussi au financement du terrorisme.

Le système mafieux tunisien est six fois plus important que sous le régime Ben Ali, car aujourd’hui il est généralisé alors qu’avant il était détenu que par un clan bien déterminé.

Plusieurs solutions existent pour sortir le pays de ce rythme diabolique, mais c’est inutile de les proposer.

Premièrement, ils ne comprennent rien et ne veulent rien changer à la situation actuelle pour préserver la corruption. En novembre prochain à la conférence de Tunis en présence des experts français et européens, nous présenterons ces solutions, même que c’est trop tard et inutiles tant que ces voleurs comme Ennardha, une bonne majorité de députés, les partis politiques et l’UGTT seront aux commandes du pays.

Le temps où la Tunisie était le pays des hommes intègres et respectés comme sous le Père de la nation (que j’admire) Habib Bourguiba, Président d’un pays qui était une des toutes premières puissances dans le monde, reçu à Paris (photo 1) sur les Champs Élysées fermées pour l’occasion le 15 décembre 1973 ou encore à New-York (photo 2) le 11 mai 1961 par Kennedy au 5ème, avenue avec la foule en liesse et des tonnes de confettis. Aujourd’hui la Tunisie est la risée du monde, de Paris à Washington.

Habib Bourguiba aux champs Élysée
Habib Bourguiba à New York avec Kennedy

J’étais au symposium des banquiers mondiaux en août dernier à Jackson Hole dans le Wyoming, j’ai questionné le directeur des Affaires nord-africaines du FMI sur la Tunisie et il m’a répondu « oh ! Vous savez, la Tunisie c’est la même chose… » Inutile de raconter ses propos qui sont les mêmes que ceux du gouvernement français. Un avenir sombre, c’est la faillite.

Dommage pour cette jeunesse talentueuse qui veut travailler, mais peut-être vaut-il mieux cela pour nettoyer le pays de cette pourriture.

Je dédie cette prospective à Insaf et Thouraya, ces deux belles jeunes filles qui ont perdu la vie hier dans les inondations. Ce n’est pas l’eau qui les a noyés, mais les voleurs de toute la classe politique. Je n’oublierais jamais leurs beaux visages et pour elles, je vous hais au plus profond de moi, vous, les politiciens corrompus.

Alain Polomack

 

 

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